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Elections législatives
La Turquie à lheure de lislamisme
modéré

Le 3 novembre, le parti islamiste a gagné
les élections législatives en Turquie (Photo:
Belga) |
Le 3 novembre dernier, lAKP
de Recep Tayyip Erdogan a gagné les élections législatives
en Turquie. Ce parti a obtenu la majorité absolue au parlement.
Il a balayé tous les anciens partis au pouvoir. Cependant,
les résultats obtenus par ce parti islamiste "modéré"
inquiète la société turque et le reste de lEurope.
Cest un véritable raz-de-marée. LAKP
a convaincu 34,2% des électeurs et conquis 363 des 550 sièges
du parlement. Au sein de ce parlement, le CHP
sera désormais le seul parti dopposition, avec 178
sièges. Les neuf derniers sièges reviennent à
des candidats indépendants. Le paysage politique turc est
bouleversé. Les partis de la précédente coalition
ne seront plus représentés au parlement. Les électeurs
nont pas voté pour eux. Ils ont choisi un gouvernement
fort alors que le pays traverse une grave crise économique.
En effet, le PIB est en recul et le chômage augmente.
Limportance de larmée
Suite à ces élections, lAKP a un important
soutien populaire mais il ne sera pas seul maître du jeu.
Il devra, avant tout, tenir compte de larmée. Parce
quen Turquie, larmée a un pouvoir considérable.
Elle est le véritable gardien du régime turc. Ce régime
est fondé sur le kémalisme.
Cette idéologie défend notamment le principe dun
État laïc
où la religion et le pouvoir politique doivent être
clairement séparés. Lorsque ce principe est menacé,
larmée nhésite pas à intervenir
pour imposer sa loi. Elle la fait tout au long de lhistoire
récente de la Turquie. En 1997, par exemple, elle avait forcé
le gouvernement dErbakan à démissionner parce
son parti était islamiste. Or, cest aussi le cas de
lAKP. Et larmée est dautant plus puissante
que la Turquie est un élément important de lOTAN.
Cette crainte de larmée vis-à-vis des islamistes
a déjà eu une conséquence directe sur la mise
en place du nouveau pouvoir. En effet, Erdogan, qui est le chef
de lAKP et le grand vainqueur des élections, nest
pas devenu premier ministre. Il ne peut pas non plus devenir député.
Il a été déclaré inéligible
parce quil avait prononcé un poème religieux
lors dune manifestation politique. Cest donc le numéro
deux de lAKP, Abdullah Gül, qui occupe le poste de premier
ministre.
Une entrée dans lUnion?
Pour linstant, lAKP adopte une attitude de compromis.
Le discours se veut rassurant. Premier geste: le gouvernement reprend
des personnalités non liées directement à lAKP.
Sur le plan économique, lAKP a annoncé quil
ne remettrait pas en cause les directives du FMI
qui a prêté 31 milliards de dollars à la Turquie
pour laider à sortir de la crise. Des mesures seront
aussi prises pour limiter les dépenses de lÉtat.
Mais la priorité des priorités pour la Turquie, cest
lentrée dans lUnion européenne. Tout comme
douze autres pays, la Turquie a été reconnue officiellement
candidate à ladhésion. Cependant, aucune date
na encore été fixée pour débuter
les négociations. Pour les Turcs, lEurope ne doit pas
manquer ce rendez-vous. Si elle refuse douvrir les négociations,
cela créerait une grande déception. Cela limiterait
aussi les chances de coexistence entre démocratie et islamisme.
Pour les Quinze, la Turquie doit dabord respecter les règles
européennes en matière de droits de lhomme et
de liberté dexpression, notamment. Entre-temps, lancien
président français Valery Giscard dEstaing a
déclaré que ladhésion de la Turquie à
lUnion serait une erreur. Pour lui, ce pays ne fait pas partie
de lEurope, ni culturellement, ni géographiquement.
Les gouvernements européens, eux, laissent venir sans prendre
de décision
pour le moment.
Olivier Brouet
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