| Cockerill-Sambre
Liège soppose à la mort
de ses hauts-fourneaux
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Les métallos manifestent contre les
pertes de l'emploi(Photo: Belga)
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En 1984, Jean Gandois était le patron de
Cockerill-Sambre. A lépoque, la question suivante lui
fut posée: "Que va-t-il rester de la sidérurgie wallonne
dans 25 ans?" Il répondit: "A mon avis, pas grand-chose".
Ses prévisions semblent malheureusement se réaliser
Depuis deux ans, Cockerill-Sambre appartient à Arcelor.
En janvier dernier, les responsables de ce groupe ont annoncé
quils allaient arrêter d'investir dans les deux hauts-fourneaux
de Liège. Or, ces outils doivent être régulièrement
modernisés. Si ce nest pas fait, ils doivent sarrêter,
un jour ou lautre. Cette décision signifie donc que
dans quelques années, probablement en 2006, les activités
sidérurgiques "à
chaud" devraient avoir disparu à Liège. Cela
représente la moitié des activités de Cockerill-Sambre
à Liège.
Des sites moins rentables
La décision prise par Arcelor est un choc pour la région.
Un peu moins de 2000 personnes sont directement employées
par Cockerill à Liège dans les métiers du "chaud".
A ce chiffre, il faut ajouter 5 000 autres personnes qui travaillent
comme sous-traitants. Par exemple: les employés de la SNCB
qui conduisent les trains remplis de fonte ou ceux de Carmeuse qui
fournissent la chaux quon emploie dans les hauts-fourneaux.
Au total, lemploi de 7 000 personnes est donc menacé.
Les ouvriers de Liège ne sont pas les seuls concernés
par les décisions dArcelor. Dautres sites, en
France et en Allemagne, sont aussi menacés. Pourquoi? Parce
que le groupe sidérurgique estime que produire de la fonte
dans des usines
continentales coûte trop cher. Il ne veut donc conserver
que les hauts fourneaux de Gand, Dunkerque, Fos sur Mer (France)
et Aviles (Espagne) qui, eux, sont situés près de
la mer. Tous ces sites sont proches dun port et peuvent donc
être plus facilement approvisionnés en minerais et
en charbon.
La Région wallonne impuissante
La Région wallonne est également secouée par
ce dossier. En effet, jusquen 1998, elle était le principal
actionnaire de Cockerill. Cette année-là, elle
a vendu la plupart de ses actions "Cockerill" au groupe français
Usinor qui avait promis de continuer à investir à
Liège. Mais trois ans plus tard, Usinor se mariait avec les
Espagnols dAceralia et le groupe luxembourgeois Arbed. Ensemble,
ils allaient former Arcelor, un des plus grand groupe sidérurgiste
du monde. La Région wallonne avait encore son mot à
dire chez Usinor. Mais aujourdhui avec Arcelor, ce nest
plus le cas.
A côté de cette promesse non tenue de réinvestir
de les hauts-fourneaux liégeois, le comportement d'Arcelor
est aussi choquant. Tout dabord parce que le groupe nest
pas menacé. Ensuite parce que les ouvriers liégeois
avaient accepté d'être moins payés pendant plusieurs
années afin que l'on puisse conserver l'activité. Aujourdhui,
ils ont l'impression d'avoir été roulés et
se disent quaprès, la phase à "chaud", la phase
à "froid"
va peut-être aussi être supprimée.
Petit espoir
Pour ne pas avoir tenu sa promesse, Arcelor devra sans doute payer
20 millions d'euros à la Région wallonne. Lentreprise
dépensera aussi beaucoup dargent pour nettoyer les
terrains sur lesquels ces hauts-fourneaux étaient bâtis.
On parle de 150 millions deuros. Malgré tout, à
Liège, on ne veut pas baisser les bras. La Région
wallonne a nommé des experts, parmi lesquels un certain Jean
Gandois. La Région veut répondre aux études
qui désignent Liège comme le site le moins rentable
et donc avoir des arguments pour forcer Arcelor à tenir sa
parole. Quant aux syndicats, ils sont aussi décidés
à mener toutes les actions possibles pour faire reculer Arcelor...
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Et Charleroi ?
On ferme les hauts fourneaux de Liège. On tremble
aussi à Charleroi. Pourtant, pour linstant, Arcelor
a décidé dinjecter de largent dans
la région. Le groupe va en effet agrandir Carlam. Carlam,
à Chatelineau, est spécialisé dans les
aciers inoxydables. Arcelor devrait investir 250 millions
deuros et y créer 400 emplois.
Mais cette décision ne rassure quà moitié.
On se pose des questions sur deux autres sites: et Carsid
et Industeel.
Le haut fourneau de Carsid fournit les laminoirs de Duferco
à La Louvière et à Clabecq. Et laciérie
alimente le laminoir de Carlam. Mais Duferco nest pas
en très bonne santé. Et on ne sait pas si Arcelor
va rester dans Carsid
Industeel est le nouveau nom qui a été donné
à la Fafer, la Fabrique de fer de Charleroi. La Fafer
a été vendue par la famille Boel à Usinor
en 1997. Elle fait partie dArcelor aujourdhui.
Cette entreprise emploie un peu moins de mille personnes.
Industeel regagne un peu dargent depuis lan dernier.
Mais Arcelor veut la vendre.
A Charleroi aussi, on a donc de quoi être inquiet.
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Pierre Henri Thomas
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