| Compétence universelle
Une
loi pour faire la loi
|

La loi de compétence universelle fait beaucoup
parler d'elle en Belgique comme à l'étranger.

La décosop, de la Cour de Cassation a fait
plaisir aux adversaires de Charon
(Photos: Belga)
|
La loi belge de "compétence universelle" est pratiquement
unique au monde. Elle fait à nouveau beaucoup parler delle,
en Belgique, comme à létranger.
En 1993, les parlementaires belges ont voté la loi de "compétence
universelle" qui était une première mondiale. Ce
texte permet à des juges belges de poursuivre et de juger,
en Belgique, des personnes coupables de génocide,
de crimes contre lhumanité et de crimes
de guerre. Et celaquel que soit lendroit où ces
crimes ont été commis. Grâce à cette
loi, notre pays est désormais à la pointe de la justice
internationale et du respect des Droits de lhomme. Depuis
son apparition, des Rwandais ont déjà été jugés
chez nous pour le génocide des Tutsi en 1994. Par ailleurs,
des enquêtes sont toujours en cours contre dautres
Rwandais. Récemment, plusieurs autres pays ont voté des
lois fort proches de la nôtre.
Cependant, dès 1993, cette loi a été critiquée.
En effet, la justice belge a reçu de multiples plaintes
contre des personnalités du monde entier. Or, beaucoup de
ces plaintes se basaient surtout sur des motifs politiques et pas
vraiment sur des crimes. Pour en revenir à lesprit
de départ, cette loi a donc été modifiée
en 1999.
Respecter limmunité de fonction
Malgré cette modification, la loi de "compétence
universelle" fait à nouveau beaucoup parler delle
en Belgique, comme à létranger. Pourquoi? Notamment
parce quune plainte a été déposée
contre le Premier ministre israélien, Ariel Sharon. Elle
concerne le massacre de Palestiniens aux camps de Sabra et Chatila
au Liban en 1982. A lépoque, le général
Ariel Sharon commandait les troupes israéliennes. Comme
il est désormais Premier Ministre, cet homme est amené à voyager,
notamment en Belgique. En principe, un homme politique élu
dispose dune immunité tant quil est en
fonction. Mais si on se base sur la loi belge de "compétence
universelle", Ariel Sharon risque dêtre interpellé par
la justice belge sil est en voyage en Belgique.
Compétence universelle et diplomatie
En juin 2002, la Cour dappel de Bruxelles avait rejeté la légalité de
la plainte contre Sharon. Elle expliquait que la loi ne pouvait
sappliquer que si linculpé se trouvait dans
notre pays. Mais le 12 janvier dernier, la Cour de cassation a
annulé cet arrêt. Elle considère que la plainte
est valable et quAriel Sharon pourra être poursuivi
lorsquil ne sera plus protégé par son immunité de
ministre. Or, les décisions de la Cour de cassation font
jurisprudence. Cela signifie que pour la justice, elles ne peuvent
plus être annulées et quelles deviennent même
la règle pour toutes les affaires semblables.
Deux propositions
Cette décision de la Cour de Cassation a évidemment
provoqué la colère du gouvernement israélien.
Mais elle a aussi provoqué un débat en Belgique.
En effet, tous les hommes politiques ne sont pas daccord
avec cette loi de "compétence universelle". Certains politiciens
veulent la transformer en lui ôtant son sens premier. Ils
soutiennent dailleurs une proposition de loi dite "modificative" qui
rendrait, dans les faits, les poursuites impossibles. Cela ruinerait
aussi les enquêtes finies et en cours sur le Rwanda. Par
contre, la décision de la Cour de Cassation satisfait ceux
qui se battent pour maintenir lesprit de la loi. Ces derniers
défendent une proposition de loi dite "interprétative".
Elle permettrait toujours de juger des personnes, même si
elles sont à létranger.
Ces deux propositions contradictoires doivent encore passer à la
commission "Justice" de la Chambre, puis en séance plénière.
On pense que cest la proposition "interprétative" qui
passera. Mais il y a des tensions dans la majorité à ce
propos. Les patrons belges font aussi pression pour que les députés
ne votent pas la proposition "interprétative". Ils craignent
des mesures de représailles à létranger
Marc Vandermeir
|