| Serbie
Un
assassinat qui menace la paix
Le 12 mars dernier, le Premier ministre serbe
Zoran Djindjic est tombé sous les balles dun tireur aujourdhui
arrêté. Lenquête prouve que la mafia
est partout. Mais ce vide du pouvoir pourrait aussi profiter
aux extrémistes et menacer une paix bien fragile
Zoran Djindjic se savait menacé. Il avait dailleurs
déjà échappé à un premier attentat.
Le Premier ministre était notamment en danger parce quil
avait pris la décision de sattaquer à la mafia.
Comme dans toute la région des Balkans, cette mafia
a une énorme influence sur la vie économique et même
politique du pays. Cette mafia est dailleurs aussi connue
chez nous puisquelle a réussi à saccaparer le
marché de la prostitution dans nos pays. Il sagit
de filles enlevées et vendues ou bien à qui on a
fait croire quelles allaient trouver un travail chez nous.
Lorsquelles tombent dans les mains de la mafia, ces filles
deviennent véritablement des esclaves. Elles sont aussi
violées, battues et même torturées. La violence
est une des caractéristique de cette mafia des Balkans.
Et cest avec cette violence que cette mafia sest aussi
imposée dans le trafic darmes et de drogue.
Après léclatement de la Yougoslavie
La mafia des Balkans sest développée au début
des années 1990, lors de léclatement de lex-Yougoslavie.
Le terreau de cette mafia a été la guerre
ethnique et religieuse entre les différentes régions
(Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, Serbie, Monténégro
et Macédoine). Cette guerre a fait des dizaines de milliers
de morts et des centaines de milliers de réfugiés.
La mafia a recruté ses hommes surtout dans larmée
où des milices para-militaires se sont créées
pour faire régner la terreur.
Lancien président serbe, le dictateur Slobodan Milosevic,
a aussi utilisé la mafia pour tenter de rester au pouvoir.
Cest entre autres grâce au mouvement dopposition
mené par Zoran Djindjic que Milosevic a été renversé en
2000, sous la pression de la population. Le dictateur a été arrêté puis,
plusieurs mois après, livré au Tribunal pénal
international de La Haye, aux Pays-Bas. Actuellement, il y est
jugé pour crimes contre lhumanité.
Etat durgence
Après lassassinat de Zoran Djindjic, son successeur,
Zoran Zivkovic, a lancé une énorme opération
contre la mafia. Le 25 mars, les autorités ont annoncé larrestation
du meurtrier présumé. Il sagit de Zvezdan Jovanovic,
un commandant dune unité délite de la
police. Au total, plus de 1 000 personnes ont été arrêtées.
Parmi elles, se trouvent des hauts responsables de la police et
de la justice. Les autorités affirment que lenquête
montre des liens entre la mafia, le pouvoir juridique et même
le monde du spectacle. Dimportantes quantités darmes
et de drogue ont été saisies. On a aussi découvert
des prisons privées et du matériel de torture. Par
ailleurs, certains dirigeants disent aussi que les responsables
de lassassinat du Premier ministre sont des ultra-nationalistes.
Ces derniers seraient aussi très liés avec la mafia.
Ils voulaient que Djindjic disparaisse afin déviter
quil ne continue à remettre à la justice internationale
les Serbes qui ont commis des atrocités pendant la guerre.
Un vide inquiétant
La situation en Serbie est grave et explosive.
Le pays est sans président depuis lautomne dernier:
deux votes ont été annulés par manque de participation
des électeurs. Les partis démocratiques narrivent
pas à sentendre. De plus, il y a une crise économique
terrible. La situation pourrait donc profiter aux extrémistes.
Et toute la fragile paix des Balkans se trouver à nouveau
menacée
Marc Vandermeir |