EDITION DE JUIN 2003/ Agenda et Culture

Expo
"Le beau corps de la mémoire"

" Le beau corps de la mémoire " est le titre de la seconde exposition présentée au Mac’s (Musée des Arts Contemporains), sur le site du Grand Hornu. Cette expo est une réflexion sur la transmission de la mémoire, vue par quinze artistes d’aujourd’hui. Petite visite guidée…


Deux cires de José Maria Sicilia

 

On dit souvent que la mémoire et le souvenir sont les seuls moyens de vivre éternellement. Ils permettent de transmettre à ceux qui nous suivront sur cette terre, les connaissances que nous avons acquises durant notre existence. Pourtant, la mémoire peut, elle aussi, se perdre ou s’altérer avec les effets du temps. La nature se sert donc de certains de ses éléments pour conserver cette mémoire. Ainsi les glaces des régions polaires racontent l’histoire climatique de la Terre. Les arbres portent les traces des siècles qui les ont vus grandir. Et les pierres emprisonnent les silhouettes fossilisées d’animaux anciens. Les hommes ont, eux aussi, imaginé les reliques et les archives qui symbolisent cette mémoire qu’ils veulent transmettre à leurs descendants.

Arbres, reliques et archives

Les arbres, les reliques et les archives, voilà précisément les trois thèmes de l’exposition présentée actuellement au Mac’s. Ils sont évoqués par une quinzaine d’artistes. Par exemple, les photographies de Joachim Koestler montrent des forêts primitives où l’homme semble n’avoir jamais été présent. Elles racontent les premiers âges de l’humanité. Patrick Corillon, lui, a conçu une forêt imaginaire. Il s’agit d’arbres à échelles dont les barreaux forment la trame d’histoires humaines vécues à des âges différents de la vie.

Plus loin, le visiteur s’arrête devant une énorme pièce de verre, qui représente un ongle de verre sur un lit de laurier. L’ongle est une partie du corps, qui avec les cheveux, pousse encore après notre mort. En réalisant cette œuvre, Giuseppe Penone a donc voulu montrer une relique. L’artiste a rendu cet objet sacré. Il a même voulu lui donner une dimension mythique car c’est peut-être l’ongle qu’un géant aurait perdu au cours d’une fantastique bataille…

Des œuvres qui intriguent

Plus loin encore, les douze cires de José maria Sicilia parlent d’elles mêmes. De cette cire qui protège des attaques du temps émergent des fragments d’un texte ancien, des insectes pétrifiés ou encore des traces de feuilles fossilisées. Le tout est superbe et intrigue le visiteur qui tente déchiffrer les mots emprisonnés qui semblent vouloir s’échapper de leur cercueil de cire. C’est à la fois simple et complexe, beau et troublant. Tout comme l’œuvre de Marie-José Burki. Avec une caméra qui tourne 300 images à la seconde, cette artiste a filmé des scènes de la vie quotidienne dans les rues de New York. Projeté à 24 images à la seconde, le film semble ralenti à l’extrême. Il montre des images inattendues que l’on ne percevrait pas en vitesse normale. Cela donne une étrange poésie à ces scènes plutôt banales. Cette autre façon de voir et d’enregistrer le monde est aussi de la mémoire.

Ces quelques exemples démontrent que tout ce qui est à voir dans cette exposition intrigue, émeut et parfois dérange. " Le beau corps de la mémoire " ne laisse donc pas le visiteur indifférent. En espérant qu’elle restera dans leur mémoire…

Thierry Vangulick

Le beau corps de la mémoire

Jusqu’au 29 juin 2003
Ouvert tous les jours sauf le lundi, de 10 à 18 heures
Site du Grand Hornu, près de Saint Ghislain.

Info: 065/65 21 21

 

 

 

 

 

 

 

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