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Coin de Roger
Méditation
Je ne suis pas croyant et je peux facilement tenir
un mois privé de
nouvelles du Palais royal sans être en manque. Cependant,
comme des milliers de mes compatriotes sans doute, la “méditation” prononcée
par l’abbé Gilbert à l’occasion du mariage
du Prince Laurent m’a “scotché” au divan.
Pour être tout à fait franc, je crois même avoir écrasé une
petite larme en cachette. Et moi qui avais répété à qui
voulait l’entendre que ce genre de conte de fée larmoyant
n’était pas ma tasse de thé… Mais en
lisant les commentaires de la presse sur l’émotion
suscitée par les mots de ce prêtre des loubards, je
me suis tout de même demandé la raison de tout ce
ramdam.
Bien sûr tout le monde l'a compris, le “speech” de
Guy Gilbert a fait mouche parce qu’il n’était
pas un sermon moralisateur commandé par le trône pour
servir au bon peuple. Il était plutôt un message à usage
interne pour le Palais. Ce curé pas comme les autres a osé mettre
les “ pieds dans le plat ” en faisant allusion au comportement
rebelle de Laurent, que le Palais royal désapprouve.
Mais
pour le reste, l’hymne à l’amour, à la
fidélité, à l’amitié à et
au pardon, chanté par l’homme d’église était-il
si original pour faire un tel tabac et peut-être même
pour entrer dans l’histoire médiatique? Car vous verrez,
on n’a pas fini de parler de ce curé et de sa méditation.
On créera peut-être bientôt des comités
de soutien à Guy Gilbert, un peu comme la Marche blanche
et les comités blancs.
Mais pourquoi? Est-ce le langage de
l’homme plus proche de
celui de Renaud que de l’Evangile qui a fait la différence?
Il doit y avoir de cela. Imaginez le cardinal Danneels dire la
même chose sur fond de chants grégoriens… Cela
passerait beaucoup moins bien. Mais bon sang, pourquoi faut-il
que l’on nous caresse les oreilles pour qu’on entende?
Sommes-nous donc incapables de monter sur une échelle pour
cueillir un fruit? Faut-il toujours que nous n’ayons qu’à le
ramasser? Ne serions-nous pas devenus un peu paresseux du ciboulot?
J’ai l’impression que certains d’entre nous ont
découvert le goût des valeurs vantées par l’abbé Gilbert
comme d’autres découvrent le goût du bœuf
en mangeant un Big Mac au Mac Do! Est-il vraiment indispensable
de porter un blouson de cuir à clous pour rappeler à une
population que l’amour, l’amitié et le pardon
sont des valeurs fondamentales?
Je suis certain que chaque jour,
des aumôniers ou des conseillers
laïques tiennent ce langage d’espoir au parloir d’une
prison ou au chevet d'un mourant. Il doit même se trouver
des parents, des enseignants et pourquoi pas des femmes ou des
hommes politiques pour parler de la même manière.
Et ils se font traiter de ringards ou de démagogues.
Tout
n'est décidément qu'une question d'image.
Roger
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