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Vote des femmes
Au nom des grandes peurs

Centre d'Archives pour l'Histoire des
femme |
Le 18 mai, les femmes de nationalité belge
iront voter tout comme les hommes. Personne aujourd’hui n’oserait
remettre en question ce droit obtenu en 1948. Et pourtant, il n’a
pas été facile à obtenir. En Belgique, ce
sont plus les événements que les combats qui ont
permis aux femmes d’avoir ce droit de vote.
Les Anglais ont
eu des suffragettes. C’était le nom
donné aux femmes qui se battaient dès 1903, pour
le droit de vote. Elles ne faisaient pas que des manifestations
et des meetings. Par exemple, Winston Churchill a été fouetté au
visage par une suffragette en 1909. Une autre s’est jetée
sous le cheval qui portait les couleurs du Roi d’Angleterre:
elle en est morte. Beaucoup de suffragettes étaient emprisonnées.
Ce combat des femmes britanniques a payé. Les femmes de
plus de 30 ans ont le droit de vote en 1918. 1918, c’est
aussi la fin de la Première Guerre mondiale. Une période
où l’on voulait aussi récompenser les femmes
pour leurs efforts pendant la guerre. Les suffragettes ont gagné aussi à cause
des événements de l’époque.
Vote “ récompense ”

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En Belgique, ce sont surtout
les événements qui ont
favorisé le droit de vote des femmes. Pas tellement
les combats. Dans notre pays, le suffrage ne devient universel
qu’en 1948. Le principe “un homme, une voix” avait
déjà été acquis en 1919. Les femmes étaient
exclues du droit de vote. Mais pas toutes les femmes. Certaines
femmes pouvaient voter: les veuves de soldats morts à la
guerre 14-18 ou de civils tués par les Allemands. Les femmes
votaient donc à la place de leur mari ou de leur fils. Ce
droit est resté dans notre histoire sous le nom de “vote
des morts”. A l’époque, la plupart des femmes
ne pouvaient pas voter, mais les hommes pouvaient voter pour des
femmes. Elles pouvaient être candidates. Entre 1920 et 1940,
il y a eu en Belgique trois députées et trois sénatrices.
En tout et pour tout…
Pour récompenser les femmes pour
leur patriotisme pendant la guerre, elles auront quand même
le droit de vote aux élections
communales de 1921. Sauf les prostituées. Aux élections
communales, des femmes seront élues conseillères.
Quelques-unes seront échevines ou bourgmestres. A condition,
si elles sont mariées, que leur cher époux soit d’accord.
En 1948, les femmes ont enfin le droit de vote à toutes
les élections. Donc, après la Seconde Guerre mondiale.
Pour les spécialistes de l’histoire politique des
femmes, c’est aussi un vote “ récompense ”.
Comme après la première guerre. On les reconnaît
citoyennes, mais pas au nom de l’égalité. L’égalité est
pourtant une vieille idée portée par des partis politiques.
Les grandes peurs
Les grands partis politiques avaient peur du
vote des femmes. Pour le parti catholique, la femme devait être
bonne mère
de famille, s'occuper des pauvres... Elle perdrait son âme
en entrant dans la vie politique. La famille et la société seraient
désorganisées. Ces idées étaient moins
présentes au parti libéral et au parti socialiste.
Ces partis avaient surtout peur que beaucoup de femmes ne votent “ catholique ”.
Le combat de femmes courageuses, l’évolution des mentalités
mais surtout deux guerres mondiales ont vaincu ces peurs.
C’est
aussi le cas pour le droit de vote pour tous les hommes. Il y a
eu des manifestations et des grèves pour le suffrage
universel masculin. Le droit de vote plural de 1894 est accordé après
des émeutes ouvrières. Le principe “un homme,
une voix” est né après des grèves générales,
après la Première Guerre mondiale et la Révolution
russe. Car c’est aussi, par peur du “rouge”,
de la révolution ou de l’explosion sociale, que le
pouvoir en place a permis aux hommes et aux femmes belges de devenir
citoyens et citoyennes.
Thierry Verhoeven
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