|
Après-guerre
Le sort de l’Irak entre les mains des
Etats-Unis

La coalition anglo-américaine veut capturer les anciens proches
de Saddam pour les empêcher de revenir au pouvoir (Photo:
Belga) |
Le 2 mai, le président américain George
W. Bush a annoncé la fin des “principales opérations
militaires en Irak”. Mais ce n’est pas pour autant
la fin officielle de la guerre. Les Etats-Unis et le Royaume-Uni
ont obtenu de l’ONU qu’elle leur laisse pratiquement
les mains libres pour organiser la reconstruction de l’Irak.
Le 2 mai, le président américain n’a pas annoncé la
fin officielle de la guerre. Et ce n’est pas innocent. S’il
l’avait fait, les Etats-Unis et le Royaume-Uni auraient dû libérer
tous les prisonniers et renoncer à pourchasser les dirigeants
de l’ancien régime. C’est ce que prévoit
la Convention de Genève. Or la coalition anglo-américaine
veut attraper tous les proches de Saddam Hussein pour qu’ils
ne puissent pas revenir au pouvoir.
Pendant ce temps, la reconstruction
de l’Irak se poursuit
lentement. Les difficultés sont nombreuses. La prise de
Bagdad a eu lieu le 9 avril. Un mois plus tard, de nombreux quartiers
de la capitale n’avaient toujours ni électricité,
ni eau courante. Par ailleurs, à cause de la délinquance
qui règne dans les rues, de nombreux commerçants
ne rouvrent plus leurs volets.
Des fosses communes mais pas d’armes
interdites
Autre signe qui montre que la situation n’évolue
pas beaucoup. Début mai, le gouvernement américain
a nommé un nouvel envoyé spécial pour administrer
l’Irak. Paul Bremer a pris la place du premier administrateur
Jay Garner. Un civil a remplacé un militaire. Paul Bremer
a poursuivi les tâches de son prédécesseur.
Il a continué à nettoyer l’Irak des restes
de l’ancien régime. Ainsi, plusieurs anciens collaborateurs
de Saddam ont été arrêtés ou se sont
rendus. De nombreuses institutions ont aussi été démantelées.
C’est le cas des forces armées, du ministère
de l’Intérieur ou de celui de la défense. Désormais,
les militants du parti Baas ne peuvent plus avoir accès à des
fonctions publiques.
On a continué à révéler
les horreurs de l’ancien régime. Le Congrès
national irakien a annoncé la découverte dans la
ville de Babilonia, d’une fosse commune composée de
près de 15
000 cadavres. Ces habitants auraient été exécutés
par le régime de l’ancien dictateur. En revanche,
on n’a découvert aucune arme de destruction massive.
C’était pourtant à cause de ces armes que l’intervention
militaire des Etats-Unis et du Royaume-Uni avait été décidée.

Photo: Belga Levée
des sanctions économiques
Outre le nettoyage de l’ancien
régime, l’Irak
commence à se normaliser sur le plan politique. La ville
de Kirkouk a élu un maire et des conseillers municipaux.
L’administration de la ville d’Um-Kasr a été confiée
par les troupes britanniques à un conseil de douze civils
irakiens. Um-Kasr est le seul port en eaux profondes d’Irak
et la seule voie de passage maritime pour l’aide humanitaire
et le pétrole. Malgré ces quelques avancées,
la pleine autonomie de l’Irak n’est pas pour demain.
En effet, le Conseil de sécurité de l’ONU a
confié la reconstruction du pays aux Etats-Unis et au Royaume-Uni.
L’ONU a bien nommé un représentant spécial
en Irak : le Brésilien Sergio Vieira. Mais ses pouvoirs
sont assez limités.
La coalition anglo-américaine
a décroché une
autre victoire diplomatique. Les sanctions économiques ont été levées
et les Américains ont désormais la mainmise sur le
pétrole irakien. Jusqu’à présent, le
plan “ pétrole contre nourriture ” permettait à l’Irak
de financer ses achats d’aliments et de biens de première
nécessité grâce au pétrole. Ce plan
va disparaître d’ici six mois. Le pétrole, lui,
est à nouveau régi par les lois du marché.
95% des revenus engendrés par ce produit vont désormais
alimenter un Fonds de développement de l’Irak. Les
5% restants iront au Fonds de compensation instauré au lendemain
de la première guerre du Golfe en 1991 pour rembourser au
Koweït les pertes occasionnées par l’invasion
irakienne. Les exportations de pétrole, interrompues par
la guerre, devraient reprendre vers la fin juin. Les robinets sont
ouverts…
Olivier Brouet
|