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Loi de compétence universelle
De moins en moins universelle
Le 7 mai dernier, une plainte pour
crimes de guerre était
déposée à Bruxelles à l’encontre
du général américain Tommy Frank. La réaction
des Américains devant cette “plainte grotesque” ne
s’est pas fait attendre. Ils ont prié le gouvernement
belge de la trouver irrecevable. Et ainsi fut fait…
Les Américains
commencent à en avoir assez de cette
petite Belgique qui se prend pour le juge du monde. Quatre fois
déjà, une plainte a été déposée
chez nous contre un représentant américain. Après
George Bush, (le père, puis le fils) et Colin Powell, c’est
au tour de Tommy Franks d’être pris à partie.
Durant la récente guerre en Irak, cet homme a dirigé les
forces armées américaines et britanniques. L’avocat
belge Jan Fermon a déposé une plainte contre lui
pour crimes de guerre. Il l’a fait au nom de dix-sept Irakiens
et deux Jordaniens. Cette plainte s’appuie sur une vingtaine
de faits. Tommy Franks aurait permis d’utiliser des bombes à fragmentation
dans des zones civiles. Il aurait laissé attaquer des ambulances
et couvert le pillage d’un centre culturel.
Cette accusation
a été déposée en Belgique
au nom de la loi dit de “compétence universelle”.
Depuis 1993, cette loi unique au monde permet de juger les auteurs
présumés de crimes de guerre, de génocide
ou de crimes contre l’humanité. Et ce, peu importe
l’endroit où les faits ont été commis
et la nationalité des auteurs ou des victimes. Ces dernières
années, plusieurs dirigeants étrangers ont déjà dû répondre à de
telles accusations. C’est notamment le cas d’Augusto
Pinochet, de Fidel Castro, d’Ariel Sharon ou des responsables
du génocide au Rwanda.
De quoi je me mêle ?
Cette loi de compétence universelle
a déjà été fortement
critiquée. Par les accusés, d’une part, qui
reprochent à la Belgique de se mêler de choses qui
ne la regardent pas. D’autre part, à l’intérieur
du pays, certains trouvent que la Justice belge est déjà assez
débordée comme cela. Par ailleurs, cette loi peut
rendre les relations internationales difficiles. En effet, il est
compliqué d’établir des relations commerciales
avec un pays quand on accuse son dirigeant d’être l’auteur
de crimes contre l’humanité…
Pour répondre à ces critiques, la loi de compétence
universelle a déjà été modifiée
plusieurs fois. La nouvelle version du texte permet au gouvernement
belge de se débarrasser d’une plainte “encombrante” en
transférant directement l’affaire au pays d’origine
de la personne mise en cause. Pour cela, le parquet général
doit donner son avis. Et c’est précisément
ce qui vient de se passer avec la plainte concernant Tommy Franks.
Refiler la patate chaude Juste avant les élections, le gouvernement
de Guy Verhofstadt a en quelque sorte refilé la “patate
chaude” aux
Américains. La raison avancée pour justifier cette
décision était de permettre un procès équitable pour les accusés et les plaignants. L’avocat des victimes,
lui, a accusé le gouvernement belge de bloquer la procédure
judiciaire et de ne pas respecter la séparation entre les
pouvoirs exécutif et judiciaire. Il faut reconnaître
que la pression des Etats-Unis sur le gouvernement belge a été énorme
dans cette affaire.
Comme c’est le cas avec la plainte concernant Tommy Franks,
les amendements récents apportés à la loi
de compétence universelle vont permettre de contourner les
plaintes fantaisistes et vexatoires. La belle idée défendue
par cette loi semble donc définitivement impraticable. Elle
devient donc de moins en moins universelle…
Vincent Thomasson
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