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Quarante ans
Le jour de mes quarante ans, je me suis inspecté sous
toutes les coutures dès mon lever. Jai dabord
regardé ma " tronche " dans le
miroir. Les yeux étaient cernés et le front
plissé. Mais bon, cétait le matin
Jai refait lexpérience le lendemain. En
plus des yeux cernés et du front plissé, mes
cheveux ressemblaient à une brosse à rue. Mais
bon, la veille javais quarante ans et javais quand
même fêté un peu ça
Je vous épargnerai la description du reste de mon
anatomie. La légère petite bouée qui
mentoure labdomen
aurait pu prendre le large pour loccasion, histoire
de me faire passer une belle journée. Ben tiens! Elle
était là pour me rappeler quà 40
" balais ", on ne doit pas faire moins
attention à ce quon mange et à ce quon
boit quà 39. Tant quà faire, je
suis passé sur la balance. Elle non plus navait
manifestement rien à faire de mon anniversaire. Pas
de cadeau! Les 3 kg superflus
étaient même devenus 3,2 kg à cause des
excès de la veille.
Ensuite, je me suis assuré que je ne perdais pas mes
cheveux. Et surtout que je savais encore ramasser mes chaussettes
qui traînent par terre sans avoir besoin dun treuil
pour me relever. (On vous dira que je ne les ramasse jamais,
mais cest totalement faux
). Jai alors décidé
que cétait fini dobserver ma quarantaine
sur le plan du physique.
Il fallait maintenant passer à lexamen de ma
manière dêtre et de penser. Mais cest
moins facile que de regarder lévolution de son
ventre ou de son double menton. En effet, comment penser normalement
quand vous êtes en train de penser à ce que vous
pensez? On est toujours moins naturel dans ses gestes quand
on se sait regardé.
Exemple: le petit cogne la cuillère de son yaourt
sur sa tasse de lait pendant que je lis mon journal et ça
me tape sur le système. A 39 ans, 364 jours,
23 heures, 59 minutes et 58 secondes, je lui aurais certainement
demandé darrêter ce bruit. En ce jour privilégié,
je le regarde en souriant et dit: " Tu fais du tambour?
Que cest beau!"
Est-ce que jai réagi ainsi parce que ma pensée
était sous surveillance de ma propre pensée.
Je me suis peut-être dit que ça faisait " vieux
con" de râler pour un peu de bruit. Cest
possible. Mais ce nest pas impossible non plus quavec
mes quarante printemps, je sois devenu très " cool ".
Ou plutôt " trop cool ", pour parler
comme dans les cours de récré.
Arrivé au travail, jai bien sûr dû
essuyer les traditionnels " alors, comment se sent-on? "
et autres " bienvenue au club
"
Jai joué celui qui savait à peine quil
soufflait ses quarante bougies. Et pourtant, jétais
en train de me demander comment ma première journée
de quadragénaire
au boulot allait se dérouler.
Je ne vous cache quà un moment, jai éprouvé
les pires craintes. Ma main droite sest mise à
remettre le téléphone bien droit sur mon bureau,
tandis que la gauche en chassait quelques poussières.
A l heure où jécris, je suis
rassuré. Je métais promis de rédiger
ce " Coin de Roger " vendredi matin. Je
ne my suis pas tenu: nous sommes dimanche soir...
Roger
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