EDITION DE NOVEMBRE 2003/ Agenda et Culture

Cinéma
Petits moments de bonheur à l’école

" Etre et avoir " est un film documentaire touchant sur l’art d’apprendre et d’enseigner. Un moment de bonheur qui vous réconcilie avec l’institution scolaire.

En s’installant devant l’écran on ne peut s’empêcher de se demander : "vais-je tenir le coup ? " Parce qu’à priori, un documentaire de 1 heure 48 sur huit mois de la vie d’un instituteur et de ses élèves quelque part en Auvergne est moins divertissant qu’un film de fiction avec des vedettes. Après avoir vu " Etre et avoir " rien n’est moins sûr. Bien au contraire…

Un film passionnant

Ce documentaire de Nicolas Phillibert sur le quotidien d’une classe unique nous tient en haleine du début à la fin. Les 13 élèves âgés de 5 à 12 ans et l’instituteur Georges Lopez nous font passer du rire aux pincements au cœur. On assiste aux pitreries du petit Jojo, aux disputes d’Olivier et Julien, au mutisme de Nathalie… Plusieurs ingrédients rendent ce film savoureux: l’atmosphère de sérénité et de solidarité qui se dégage de ce microcosme et surtout la personnalité attachante de l’instituteur. Ce dernier, tout en étant ferme et peu démonstratif, est passionné par son métier et toujours à l’écoute de ses élèves.

Depuis sa sortie au début du mois de septembre, 500 000 Français sont déjà allés découvrir ce film. Il s’agit d’un énorme succès pour un film documentaire. Le distributeur belge, Progrès Films, aimerait bien susciter un tel engouement chez nous… avant de fermer boutique après plusieurs décennies au service des films documentaires.

L’art d’apprendre

" Etre et avoir " n’est pas un catalogue des activités que l’on réalise dans un classe. Ce film est une interrogation filmée sur la difficulté d’apprendre et d’enseigner. Certains passages du film sont à ce sujet de véritables scènes d’anthologie. Dans l’une d’elles, irrésistible, on découvre Julien, assis à la table de la cuisine, essayant péniblement de terminer un devoir d’arithmétique. Toute sa famille vient lui donner un coup de main. Mais personne ne parvient à résoudre le calcul… C’est très drôle.

Dans une autre scène, on voit toute la détresse d’une petite fille qui se fait chiper sa gomme-jouet. On a l’impression que tout le malheur du monde vient de s’abattre sur ses jeunes épaules. Car la caméra ne suit pas que l’instituteur, elle montre aussi ce qui se passe dans son dos : les complicités, les mauvais " coups ", les instants de détresse devant la difficulté, les sourires, les crayons dans le nez… Nicolas Philibert filme également magnifiquement les paysages d’Auvergne et les changements de saison. Le réalisateur et son équipe sont restés dix semaines sur place pour capter toutes les variations d’humeur des écoliers et de la nature qui les entoure.

Sa plus belle inspection

L’instituteur de cette classe unique a pris beaucoup de plaisir à participer à ce film. Au point qu’actuellement, il le présente dans de nombreuses villes de France et de Belgique. Aujourd’hui retraité, Georges Lopez estime que ce documentaire est sa plus belle inspection. A tous les spectateurs qui saluent la qualité de son travail auprès des enfants et l’interrogent sur son secret, il répond qu’il est très facile de faire la même chose. Il suffit d’être attentif aux élèves et de créer une ambiance de solidarité et de respect entre les écoliers. Georges Lopez est persuadé que cette méthode peut aussi bien fonctionner dans une école rurale réunissant treize enfants d’âges variés que dans une école de banlieue. Zut, alors… après avoir vu ce film, on n’a plus qu’à regretter de ne pas avoir eu ce maître comme instit.

Vincent Thomasson

 

" Etre et avoir est programmé " depuis le 25 septembre au cinéma Vendôme (Bruxelles)) et depuis le 2 octobre au Parc-Churchill (Liège) et Plaza-Art (Mons).

Site : http://www.etreetavoir.com

 

 

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