EDITION DE NOVEMBRE 2003/ Agenda et Culture

Amen
Un silence assourdissant

On ne peut pas l’ignorer. Ne serait-ce qu’à cause de son affiche. Amen., le film de Costa Gavras et Jean-Claude Grumberg parle de l’attitude de l’Eglise face au génocide juif. Il reparle aussi d’un pape très controversé: Pie XII.

 

L

affiche du film, signée Oliviero Tuscani a fait scandale. Elle montre en effet la croix chrétienne qui se superpose à la croix gammée. Déjà avant la sortie du film, les évêques de France ont réagi à cette affiche. Ils jugent intolérable cette " identification du symbole de la foi avec celui de la barbarie nazie "

Mais cette affiche résume bien le propos du film. Elle montre que le Vatican et l’Eglise ont eu une responsabilité dans le génocide des juifs et des tziganes, par leur silence, parce qu’ils ont été passifs. L’Eglise de France a d’ailleurs reconnu cette responsabilité dans une " Déclaration de repentance " en 1997. L’Eglise déclarait alors que " des évêques avaient pu acquiescer, par leur silence, à des violations des droits de l’homme et laisser le champ libre à un engrenage mortifère " .


Un film, une pièce

L

e scénario d’Amen. est basé sur le canevas d’une pièce de Rolf Kochhuth, le Vicaire. Cette pièce avait fait scandale dans les années 60. Le génocide est vu à travers deux personnages. Ces deux personnages, chacun à leur manière, essaient de changer le cours de l’histoire. Ils pensent que le Pape, s’il est mis au courant du génocide, le dénoncera et pourra l’arrêter.



Mais Pie XII ne réagira pas. Amen. oppose la folie meurtrière des nazis à l’inaction et au silence du Vatican. Pendant que les wagons amènent 10 000 personnes par jour au four crématoire, au Vatican, les responsables religieux parlent pour ne rien dire et n’en finissent pas de ne pas réagir. Dans Amen., Pie XII apparaît comme un lâche plutôt que comme un complice d’Hitler.


Entre fiction et réalité

L

e film mêle réalité et fiction. Le premier personnage a réellement existé: Kurt Gerstein était un scientifique protestant engagé dans les SS. Ce gradé SS essaie de témoigner de ce qu’il avait vu pour l’empêcher. L’autre personnage, Riccardo Fontana est imaginaire. Fontana est un jeune prêtre qui essaie d’alerter le Vatican pour qu’il condamne publiquement le génocide.



Sans succès. Pour Amen., pas de " happy end ". Le film souligne à quel point il est difficile de réagir quand on est pris dans une tragédie tellement énorme qu’elle en devient incroyable. Comment croire, en effet que 10 000 personnes meurent chaque jour dans des chambres à gaz ?


Pourquoi ce silence?

I

l n’a pas fallu attendre le film de Costa Gavras pour que Pie XII soit remis en cause.

D’après les historiens, le pape Pie XII était au courant du génocide depuis 1942. Plusieurs évêques l’avaient alerté et lui demandaient de prendre clairement position pour arrêter le massacre. Pourquoi ne l’a-t-il pas fait ? Peut-être parce que l’Eglise est traditionnellement neutre. Prendre ouvertement position pour défendre les Juifs aurait été une attitude trop anti-allemande.



Mais par son silence, Pie XII s’est rendu complice de crimes contre l’humanité. Encore aujourd’hui, le Vatican n’aime pas que l’on parle de ce pape. Jusqu’à aujourd’hui, les archives du Vatican d’après 1929 étaient restées fermées au public.

Aujourd’hui, le Vatican a décidé d’ouvrir une partie de ses archives. Mais les archives d’après 1939, elles, resteront secrètes.

 

Nicolas Simon

 

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