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Grâce à des caméras placées
un peu partout dans l'appartement, les téléspectateurs
peuvent observer leurs faits et gestes quotidiens. Les téléspectateurs
votent pour exclure une personne du loft, jusqu'à ce qu'il
ne reste plus qu'un couple idéal.
Ce couple aura la possibilité de gagner
une maison. Pour en devenir propriétaires, ils seront obligés
de vivre ensemble, pendant six mois, toujours sous l'oeil des caméras.
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Voyeurs et exhibitionnistes
a nouvelle émission de M6 fait un tabac. Elle atteint par
moments 10 millions de téléspectateurs.
Ceux qui regardent le plus l'émission sont les spectateurs
de 15 à 34 ans. De l'autre côté de la caméra,
les onze enfermés volontaires ont été sélectionnés
parmi trente-huit mille candidats. 4000 de ces candidats ont été
auditionnés.
Les critères
de sélection sont édifiants. Ce qui était recherché,
ce n'était pas de briller dans un
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domaine ou un autre, mais plutôt d'être dans la moyenne.
Pour que les jeunes spectateurs puissent s'identifier facilement
à l'un ou l'autre de ces "prisonniers volontaires".
Vous avez dit médiocrité? Voyeur d'un côté,
exhibitionniste de l'autre, Loft story fait appel à des pulsions
que nous avons tous en chacun de nous, à des degrés
divers: le désir de voir et celui de se montrer.
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Loft story et ses soeurs
oft story est une révolution dans le paysage audiovisuel
français. Pourtant, ce type d'émission existe déjà
dans une vingtaine d'autres pays: de la Pologne au Brésil,
en passant par les Etats-Unis...
Tout près de chez nous, aux Pays-Bas, une émission
du même genre: Big
Brother est diffusée depuis septembre 1999. Le principe
est toujours le même: le téléspectateur est
placé en situation de dominer des cobayes qu'il peut observer
dans leurs gestes les plus quotidiens et les plus intimes. Ces cobayes
sont prêts à tout montrer d'eux en échange d'argent
et surtout de célébrité...
On sentait venir ce type d'émission depuis un moment.
En effet, depuis quelque temps déjà, des émissions
proposent à des anonymes de livrer une partie d'eux-mêmes
aux caméras. Et en échange, de gagner une heure de
gloire. "C'est mon choix", "Ca se discute", "Qui veut gagner des
millions?" sont des exemples de cette tendance de la télévision.
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Loft story est "seulement" un pas
plus loin.
Patrick Le Lay, patron de TF1, programme ce genre d'émissions
sur sa chaîne.
Pourtant, il a donné une leçon de morale audiovisuelle
à M6. Il a même parlé de "Télé
Poubelle"! Mais ce qui fait mal à Patrick Le Lay, c'est surtout
le manque à gagner.
Loft story bat tous les records d'audience à une heure où
TF1 diffuse le Bigdil de Lagaf'. M6 a triplé ses tarifs publicitaires
durant les dernières semaines.
La télévision, cette merveilleuse machine à
apprendre, à montrer, cette "fenêtre sur le monde"
n'est-elle plus qu'une machine à faire du fric à tout
prix? On est loin d'une télé qui rend un peu plus
malin... et un peu plus humain...
Nicolas Simon
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LEssentiel: Monsieur Miller, vous êtes Ministre
des Arts et des Lettres de la Communauté française.
Vous avez aussi laudiovisuel dans vos compétences.
Vous êtes donc le ministre responsable de la RTBF. Que pensez-vous
dune émission comme Loft Story?
Richard Miller: Avec Loft Story, on arrive à un extrême.
La télé peut être un outil extraordinaire. Par
le divertissement, elle peut faire connaître beaucoup de choses.
Mais elle peut aussi devenir, comme dans Loft Story, un outil qui
déstructure du point de vue social et personnel. Cest
pour lutter contre ce type de dérive que jai opté
résolument pour une télévision de service public.
Je pense que les télés privées peuvent se développer;
cest la loi du marché. Mais dun autre côté,
pour assurer la présence de certaines valeurs, une télé
de service public me paraît indispensable.
LEssentiel: Aucune tentation donc de programmer
une émission comme Loft Story sur la RTBF?
R.M : Aucune. Le nouveau contrat de gestion de la RTBF
est en train dêtre renégocié. Ce contrat
fixe les missions que la RTBF, radio télévision de
service public, doit remplir pour la Communauté française.
En échange de ces missions, la RTBF reçoit de largent
public: sa dotation. Ce contrat est discuté tous les cinq
ans, entre trois personnes: ladministrateur général
de la RTBF, la présidente du Conseil dadministration
de la RTBF et moi-même. La discussion nest pas terminée.
Mais jai demandé dinscrire dans ce contrat de
gestion, linterdiction pour la RTBF de programmer une émission
du type de Loft Story.
La formule sur laquelle nous nous sommes mis daccord est:
"la RTBF ne peut développer aucun concept démission
qui puisse porter atteinte à la dignité humaine."
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On parle vraiment du concept démission.
Il pourrait arriver quune séquence dans une émission
porte accidentellement atteinte à cette dignité humaine.
Quand le contrat de gestion sera approuvé, il sera donc
impossible de réserver une place pour ce genre démission
dans la grille de programme de la RTBF.
Les raisons de la RTBF sont des raisons éthiques.
Eddy De Wilde, le directeur des programmes de RTL-TVI, a déclaré
quil ne programmerait pas non plus ce type démission
sur sa chaîne. Pour dautres raisons. Pour lui, cette
émission est le degré zéro de la télévision.
Faire ce type démission, ce nest plus faire de
la télé.
LEssentiel: Pourquoi cette émission, a-t-elle
un tel succès, à votre avis?
R.M:Je ne comprends pas ce qui pousse les habitants du Loft
à participer à ce jeu.
Un psychanalyste écrivait dans Le Monde quil y a une
volonté dêtre placé sous lil
protecteur de ses parents. A linverse, Sartre dit que "lenfer,
cest les autres". Etre observé en permanence est
invivable: ceux qui participent à cette émission doivent
dailleurs être suivis psychologiquement.
Pourquoi regarde-t-on ce genre démission? Je crois
que cela répond à notre envie de surprendre une image
interdite. Comme si on allait voir plus que ce que lon peut
voir. Ceux qui regardent Loft Story sont peut-être en attente
de cette image interdite?
Mais peut-être le sommes-nous tous un peu quand nous regardons
les images télévisées.
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