EDITION DE NOVEMBRE 2003/ Agenda et Culture

Livre-Film
Samia ou
l'entre-deux

Samia est un film-portrait, sensible et toujours juste, d’une jeune fille à la recherche de son identité. Ce film de Philippe Faucon est tiré d’un livre autobiographique "Ils disent que je suis une beurette ".

O

n pourrait croire que Samia n’est qu’un film social de plus sur l’immigration en France. Pourtant, ce n’est pas un film comme les autres. Parce qu’il n’y a ni victimes ni bourreaux. Il n’y a que des personnes qui


Photo: Progrès film

font ce qu’elles peuvent avec leur vie, leurs sentiments, leur morale ou leur violence. Samia est un film où les membres d’une même famille vivent entre deux cultures.

Un film, pas une caricature

Le personnage principal est Samia, une jeune fille de quinze ans. Elle est entre l’âge adulte et l’enfance. Elle est marseillaise d’origine algérienne. Samia respecte sa culture algérienne et musulmane. Mais elle ne veut pourtant pas renoncer à sa liberté de choix. La sœur de Samia a choisi un Français pour compagnon. Mais elle ne veut pas perdre l’amour de sa mère à cause de ce choix. Le frère est violent avec ses sœurs au nom du respect des traditions. C’est le rôle que sa famille lui a donné et que la société lui a laissé. Et puis, il y a une mère qui est fatiguée de toujours devoir apaiser les conflits familiaux. Le tout se déroule dans la ville de Marseille. Cette ville est pleine à la fois d’espoirs et de désespoirs. On y rencontre le chômage, le racisme, la colère mais aussi le partage et les fêtes multiculturelles.

Samia, c’est tout cela. Ce film est bien à l’image de notre société, avec ses difficultés et ses choix. Mais aussi avec ses contradictions, ses préjugés, ses peurs. Bref, une société où l’on ne peut plus juger ce qui est le bien ou le mal car tout dépend de quel côté on se place.

Un film tiré d’un livre

Philippe Faucon a surtout réalisé des films pour la télévision. Il s’intéresse aux personnages en décalage par rapport à leur milieu familial. Ainsi, dans Muriel fait le désespoir de ses parents, il parlait de l’homosexualité d’une adolescente. Dans Samia, il fait le portrait d’une jeune fille qui étouffe entre deux cultures.

L’histoire de Samia est inspiré du roman autobiographique de Soraya Nini "Ils disent que je suis une beurette". Philippe Faucon et Soraya Nini ont adapté le livre ensemble pour créer le film. Cette collaboration donne au film un ton encore plus juste. Les personnages sont tous joués par des acteurs non-professionnels. On a l’impression d’une réalité documentaire. Lynda Benahouda est étonnante dans le rôle de Samia. Elle est à la fois fermée par sa colère et ouverte à la vie qui se découvre à elle.

Un film plein d’espoir

Samia est un film réaliste et nuancé. Il nous donne sans cesse la sensation d’être indécis, entre deux. Entre deux âges: enfant et adulte. Entre deux cultures: française et algérienne. Entre deux rôles: victime et bourreau. Philippe Faucon propose au spectateur d’être témoin de cette réalité. Mais le réalisateur, lui se retire et se fait discret. A aucun moment, on ne sent la mise en scène.

Ce film nous laisse aussi un espoir. L’espoir de changer les choses et de se faire comprendre. Même si cette lutte de tous les jours est épuisante. Ce film nous propose enfin d’oser dire qui on est et ce que l’on veut tout en respectant l’identité de l’autre. Samia est, avant tout, un film à voir, revoir et faire voir.

Anne Hérion

 

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