Mission presque impossible à ne pas rater


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Le 27 août 2007 |


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Depuis des semaines, en Belgique, on tente de former le futur gouvernement fédéral. Mais les négociations   sont en panne. Le formateur, Yves Leterme, a démissionné. Pour tenter de sortir de cette crise communautaire, Albert II devrait nommer deux « co-médiateurs ». Leur mission est presque impossible. Mais ils ne peuvent pas la rater.


Photo : Belga

Le Roi devrait nommer, ce lundi 27 août, deux « co-médiateurs » pour essayer de sortir notre pays de la grave crise qu’il traverse actuellement. Ces « co-médiateurs » devraient permettre de relancer les discussions pour former le prochain gouvernement fédéral de la Belgique. Le Roi n’a pas encore fait connaître sa décision. Mais on pense à Raymond Langendries, social-chrétien francophone (CDH) et à Herman De Croo, libéral flamand VLD. Tous deux ont été d’anciens présidents de la Chambre.

Blocage et drame

La semaine dernière, déjà, les négociations étaient bloquées. Les partis autour de la table ne parvenaient pas à s’entendre sur les questions communautaires. Les partis flamands exigeaient une régionalisation beaucoup plus poussée. Les partis francophones n’en voulaient pas. Depuis, le blocage s’est maintenu. Il s’est même aggravé avec la démission, mercredi, du formateur, Yves Leterme.

Qu’est-ce qui a provoqué la démission d’Yves Leterme ? Beaucoup disent qu’il a démissionné à cause du « non » de la présidente du CDH, Joëlle Milquet, aux exigences flamandes. Mais c’est un peu trop facile de faire « porter le chapeau » à Mme Milquet. Car la responsabilité de cet échec est très partagée.

Tout le monde admet en effet que le formateur Yves Leterme était brouillon, imprécis, désorganisé. Et, surtout, pour lui, les questions communautaires étaient les plus importantes. Il a défendu avant tout les exigences flamandes. Il a aussi commis   certaines gaffes qui ont fait pas mal de bruit. En un mot, comme nous le disions déjà la semaine dernière, le formateur n’a pas pu se mettre dans la position d’un futur Premier ministre. Un Premier ministre doit en effet être au-dessus des partis. Il doit pouvoir trouver l’équilibre entre toutes les positions. Et on a l’impression que M. Leterme n’a pas vraiment cherché cet équilibre. Il est vrai qu’il est aussi fort coincé par l’alliance de son parti, le CD&V (les sociaux-chrétiens) avec les nationalistes flamands de la NVA  .

Mais même s’il a échoué dans sa mission de formateur, Yves Leterme sera probablement le futur Premier ministre. Il a en effet récolté 800 000 voix de préférence.

Les deux tiers, oui. Mais comment ?

Côté francophone, le président du MR   (parti libéral), Didier Reynders, critique beaucoup Joëlle Milquet. Ces deux responsables politiques ont des personnalités très différentes et se détestent cordialement. Ensuite, politiquement, tout oppose les positions du MR et du CDH. M. Reynders « oublie » ce que tous les partis francophones avaient dit et redit avant les élections de juin et encore plus juste après. Ces partis étaient d’accord pour refuser toute nouvelle régionalisation. C’était une position difficile à tenir : tout le monde savait qu’il faudrait faire quelques concessions en espérant tirer le maximum d’avantages. Donc, en refusant, Joëlle Milquet respecte l’engagement qu’elle a pris devant les électeurs. De plus, dans deux ans, ce sont les élections régionales.

Donc, la présidente du CDH « soigne » aussi ses électeurs. Ceux-ci apprécieront qu’elle respecte sa parole. Mais, surtout, tout le monde fait semblant d’ignorer que le CDH ne dit pas un « non » catégorique à tout. Car, en réalité, le CDH ne s’oppose pas à certaines avancées dans la régionalisation. Mais il y met des conditions strictes. Ce qui est très différent.

Pour faire certaines réformes, il faut modifier la Constitution. Or, pour modifier la Constitution, il faut que deux tiers des députés votent cette modification. Mais les négociateurs de la coalition   « orange – bleue » (chrétiens et libéraux) n’ont pas cette majorité des deux tiers. Cela veut dire qu’ils sont obligés de négocier en même temps au moins avec l’opposition socialiste (car les Ecolos à eux seuls ne permettraient pas d’arriver aux deux tiers). Ils doivent être sûrs que cette opposition votera avec la majorité lorsque le futur gouvernement abordera ces points.

Sur cette question, Joëlle Milquet dit qu’elle ne veut pas que la majorité des deux tiers soit atteinte grâce au vote de tous les partis flamands et pas grâce au vote des francophones. Car ce serait la porte ouverte à toutes les revendications flamandes, même les plus extrêmes. Joëlle Milquet veut donc que l’accord pour le prochain gouvernement donne à ce niveau toutes les garanties aux francophones. Et elle attaque à son tour le MR : elle affirme que Didier Reynders a très vite accepté de rentrer dans le jeu des exigences flamandes, simplement pour rester au pouvoir.

L’avenir incertain

Tout le monde sait que Didier Reynders rêve d’être un jour Premier ministre. Il dit et redit que son parti est devenu le premier des partis francophones. Mais c’est uniquement grâce à la défaite socialiste. Car, en réalité, le MR n’a pas progressé. Il a même perdu quelques plumes. Et nombreux sont aussi ceux qui commencent à s’interroger sur le poids important de Didier Reynders au palais royal.

On le voit, les responsabilités de l’échec sont complètement partagées. Et les positions paraissent plus que jamais inconciliables.
Reste à voir si les co-médiateurs arriveront à remettre tout le monde autour de la table et à dégager un certain équilibre. Ils repasseront ensuite la main à un formateur, sans doute de nouveau M. Leterme. Un formateur dont, en réalité, ils auraient alors fait le boulot. Mais pour l’instant, tout cela est de la politique-fiction.

Marc Vandermeir


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