Un décret qui fait couler beaucoup d’encre


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Le 3 décembre 2007 | |  1 messages


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L’inscription des enfants en première secondaire a fait couler beaucoup d’encre ces dernières semaines. Il y a eu des files d’attente devant certaines écoles. En cause ? Un décret   de la Communauté française voulu par la ministre de l’Enseignement, Marie Arena. Ce décret a été voté le 28 février 2007.

Premier arrivé, premier servi

Avec ce décret, les écoles ne peuvent plus inscrire les élèves avant le 30 novembre de l’année qui précède leur entrée en première secondaire. Les inscriptions doivent se faire par ordre d’arrivée des parents. L’école ne peut pas refuser l’inscription sauf s’il n’y a plus de place. Quand l’école affiche « complet », elle doit faire une liste d’attente selon l’ordre d’arrivée des demandes des parents. C’est donc pour être sûr d’envoyer les enfants dans l’école de leur choix en septembre 2008, que certains parents faisaient la file devant cette école, dès le premier jour possible, soit le 30 novembre 2007.

Pourquoi ce décret ?

Avec ce décret, la ministre Marie Arena veut lutter contre les inégalités et encourager la mixité sociale. Elle veut, dit-elle, donner à tous les mêmes chances de choisir son école. Elle veut aussi éviter les écoles « ghettos », ces écoles qui rassemblent surtout les élèves d’une même catégorie sociale. Notre système scolaire permet aux familles de choisir l’école pour leurs enfants. Et jusqu’à présent, certains parents bien informés inscrivaient leurs enfants plusieurs années à l’avance dans certaines écoles. D’autres parents, moins bien informés, se retrouvaient le 30 juin devant des écoles qui affichaient complet en septembre. Ils étaient alors obligés de faire un autre choix.

De plus, certains établissements « choisissaient » leurs élèves. Les critères étaient variables (résultats scolaires en primaire, niveau social et professionnel des parents, etc.) Certaines écoles allaient même jusqu’à demander aux parents de payer un droit d’inscription. Et cela est interdit pour les écoles qui reçoivent de l’argent de la Communauté française.

Avec ce nouveau décret, les pouvoirs publics veulent empêcher de telles situations. La date de début des inscriptions est la même pour tout le monde. Tous les parents ont été avertis par courrier. Et les médias ont largement diffusé l’information. Les écoles ne peuvent plus refuser d’élèves pour d’autres motifs que le manque de place. Chacun reçoit un numéro d’inscription en fonction de son ordre d’arrivée. La situation semble donc plus juste.

Une bonne intention mais est-ce la bonne solution ?

Certains se demandent pourtant si cette mesure a bien rempli sa mission. Certaines écoles qui ont très bonne réputation ont rapidement affiché complet. La nouvelle procédure a semé la panique dans beaucoup de familles. Les médias ont fait monter la pression en annonçant plusieurs jours à l’avance un scénario catastrophe. Les parents les mieux informés, les mieux équipés aussi, se sont rendus plusieurs heures ou même plusieurs jours à l’avance pour inscrire leurs enfants dans l’école de leur choix. Certains ont même payé des étudiants pour faire la file à leur place. Dans certaines régions du pays comme à Bruxelles et dans le Brabant Wallon, plus de la moitié des écoles affichent déjà complet. Aujourd’hui donc, pour pouvoir inscrire son enfant dans l’école de son choix, il ne faut plus être riche et avoir de bons résultats scolaires, il faut être rapide et bien informé. Mais que deviennent les familles qui n’ont pas compris la lettre de la Ministre ou l’information ? Que deviennent les familles qui ignorent les rouages de la machine scolaire et les réalités des différentes écoles ? Ou les parents qui travaillaient et qui n’avaient pas le temps de faire la file ? Ou encore les mères, seules avec leurs enfants, qui n’ont pu partir assez tôt pour arriver dans les premières devant l’école ?

Marie-Luce Scieur

La poule et l’œuf ou les questions que le décret pose

Peut-on créer la mixité sociale par une simple procédure d’inscriptions ?
Le décret peut aider à favoriser la mixité sociale à l’école, le mélange d’élèves venus de milieux différents. Mais le décret n’est pas suffisant pour que la mixité sociale existe vraiment. Car la mixité sociale est difficile à installer dans des sociétés comme la nôtre. Les sociétés capitalistes sont basées sur la logique des classes sociales. Et comme l’école est le reflet de la société…

C’est quoi, une bonne école ?
Pour la majorité des familles, une bonne école, est une école qui permettra à leurs enfants de réussir socialement et professionnellement dans la vie. La crise économique crée de l’angoisse dans les familles. Les familles veulent toutes le meilleur pour leurs enfants. Elles se raccrochent alors à l’Ecole pour que les enfants réussissent à avoir la meilleure place possible dans la vie.

Certaines écoles sont étiquetées « bonnes » et d’autres, à l’autre extrême, « poubelles ». Est-ce que l’enseignement y est pour autant moins bon ? L’étiquette de l ‘école vient du type d’études qu’elle propose et surtout de la réussite des élèves dans les études supérieures. Mais c’est surtout le niveau social et professionnel des familles qui fait que des enfants poursuivent ou non des études supérieures. Cela ne dépend pas vraiment, ou pas seulement de la qualité des cours de l’école secondaire. En effet, les cours suivent, en principe, le même programme scolaire dans chaque école de la Communauté française.

Quelles sont les clés pour réussir ?
Les parents qui connaissent le système scolaire ou qui ont un bon niveau professionnel et social donnent à leurs enfants plus de clés de réussite que les familles moins favorisées. Seule l’école peut changer cela, en offrant à tous les élèves les mêmes chances de réussite.

Seulement voilà, les familles favorisées ont tendance à se rassembler et à inscrire leurs enfants dans les mêmes écoles. A l’inverse, certaines écoles de quartiers plus pauvres reçoivent beaucoup d’élèves défavorisés. Ces élèves connaissent sans doute moins bien la culture scolaire et les clés de réussite. Les enseignants risquent d’adapter leurs contenus et leur vitesse de travail aux élèves qu’ils ont devant eux. Ils alimentent ainsi sans le vouloir le phénomène de ghettos.

Lire aussi l’article dans notre dossier Egalité des chances : 

 

 


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Vos commentaires

  • Belge

    Le 4 décembre 2007 à 13:15

    Notre pays est vraiment un pays surréaliste : pas de gouvernement, les parents font la file pour inscrire leur enfant, je crois que l’on fonce droit vers un mur, si on continue sur cette pente.

    Répondre à ce message

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