Arno, rocker belge et européen


 Articles |  Ceci n’est pas un pays >  Cahiers Le 10 mai 2022 | Mise en ligne : Lydia Magnoni
Auteur : Lydia Magnoni
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Ce 14 mai, plusieurs centaines de personnes étaient présentes sur la jetée d'Ostende pour rendre un dernier hommage à Arno avant que ses cendres soient dispersées en Mer du Nord. Car, le 23 avril 2022, Arno, notre Arno national, le plus belge des "blues rockers" nous a quittés. La nouvelle a secoué notre petit pays, mais pas seulement. Car Arno, c’était un immense artiste. Un artiste dont le talent est reconnu partout et par tous. Un artiste immense mais humble et attachant. Et "putain", "putain", c’était aussi un sacré européen!

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Des cheveux en bataille, un accent rocailleux, un humour décalé, absurde, une voix qui bute sur les mots. Arno était un chanteur attachant, singulier. C’est aussi un des artistes qui ont le mieux représenté l’âme belge. Et pendant un demi-siècle. Il a marqué le rock européen. On l’a parfois surnommé « Le Tom Waits belge ».

Arno est né à Ostende, le 21 mai 1949. Il s’appelle alors Arnold Charles Ernest Hintjens. Il est né, comme beaucoup d’entre nous d’un beau mélange : un grand-père anglais, un autre français, sa famille a résisté contre les nazis pendant la guerre. Il ne faut pas chercher bien loin les raisons pour lesquelles Arno veut, comme il dit, «  vivre dans un monde, où les chiens embrassent les chats et où ils dansent, ils dansent une rumba. »

Arno choisit d’abord le métier de cuisinier. Mais il s’intéresse très tôt à la musique, au blues. Sa mère est fan de Juliette Gréco et de rock ’n’ roll.
Avec le groupe TC Matic qu’il crée à l’âge de 21 ans , il chante en 1983 un hymne européen décalé en trois langues.

« Putain, putain, C’est vachement bien, Nous sommes quand même Tous des Européens »
Arno parle plusieurs langues et se sent profondément européen. Et même citoyen du monde. Arno a d’abord chanté en anglais mais aussi en français et en flamand. Arno vivait depuis longtemps à Bruxelles, capitale de la Belgique… et de l’Union européenne. Tout un symbole symbole Personne ou chose qui représente bien un sentiment, une idée, qui sert d’exemple ..

50 ans de chansons

A 36 ans, Arno commence sa carrière solo. Il ne se prend jamais au sérieux. Il se voit comme ce que l’on appelle en anglais un "untertainer", une petite pilule que les gens prennent pour tout oublier pendant 1 heure. Ce qu’il veut offrir à son public, c’est de l’énergie, du rythme et des émotions. Arno avait fait de l’Ancienne Belgique, une salle de concert du centre de Bruxelles, son « deuxième salon ».
En 50 ans de carrière, il a proposé des chansons comme Bathroom Singer, Elle adore le noir, Je veux nager, Chic et pas cher. Et la superbe Les Yeux de ma mère, une chanson qui dit comme personne le lien intime et particulier entre une mère et son enfant : « C’est elle qui sait que mes pieds puent. C’est elle qui sait comment je suis nu. L’amour je trouve ça toujours dans les yeux de ma mère. »
Arno a aussi proposé des reprises originales de chansons françaises. il a une interprétation très personnelle et décalée des Filles du bord de mer, une chanson d’Adamo. Il a interprété d’autres chansons classiques francophones : Le Bon Dieu de Jacques Brel, Comme à Ostende de Jean-Roger Caussimon et Léo Ferré, Elisa de Serge Gainsbourg, Sarah de Georges Moustaki, Pauvres Diables (Vous les femmes) de Julio Iglesias. Il a aussi donné des interprétations de plusieurs chansons anglaises à succès.

Génial touche-à-tout

Arno a aussi été acteur de cinéma . En 1996, il a joué le rôle d’Harry dans le film Camping Cosmos de Jan Bucquoy. Il y incarnait un sauveteur homosexuel, indifférent aux avances de Lolo Ferrari, la pulpeuse femme du propriétaire du camping. En 2006, il a tenu le rôle principal dans Komma, un film de Martine Doyen. Et en 2008, il a tenu un rôle dans le film « J’ai toujours rêvé d’être un gangster  » de Samuel Benchetrit, où il joue une scène avec Alain Bashung.

Arno reconnu par ses pairs pairs personnes qui sont dans la même situation sociale, qui ont le même statut

Arno était reconnu par ses pairs. Il avait noué une belle complicité avec des artistes comme Adamo et Stromae, qui l’appelait affectueusement : Tonton Arno. Ils avaient récemment joué ensemble sur scène à l’AB pour chanter avec lui Putain, Putain de TC Matic.

Le jour de la mort d’Arno, Stromae était tête d’affiche au festival californien de Coachella aux Etats-Unis, un des plus grands festivals du monde. Sur scène, ce jour-là, il a rendu un hommage hommage geste de respect à Arno : « Je voulais dédier ce concert à un artiste que j’aime. Il est décédé aujourd’hui, un artiste belge. Je voulais juste dédier ce concert à Arno. S’il vous plaît, faites du bruit pour lui. »

Hommage et testament

Arno est mort le 23 avril 2022 des suites de sa maladie, à l’âge de 72 ans. Comme il le voulait, il a été incinéré, et ses cendres ont été répandues en mer du Nord au large d’Ostende.
Le roi Philippe de Belgique a salué « une icône de la scène musicale belge ». Et le 25 avril, la Commission européenne a rendu hommage à Arno, « l’un des plus grands artistes belges » "Arno, surnommé ’le plus beau’, nous a quittés ce week-end. Avec lui, aujourd’hui et plus que jamais, nous sommes quand même "tous des Européens", a déclaré la porte-parole de la Commission européenne.
Arno nous laisse avec ces mots qui résonnent aujourd’hui comme un testament.

Je veux vivre dans un monde sans cholestérol
Avec une overdose de rock’n’roll
Je veux vivre dans un monde
Où on ne doit pas chercher
Chercher la beauté, chercher la vérité

Putain, putain Arno , Nous aussi on en veut de ce monde-là …


Auteur : Lydia Magnoni
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Vos commentaires

  • Stéphane

    Le 20 mai à 12:14

    Ah ! Arno... Quel personnage ! Je suis bruxellois et j’habitais dans le même quartier que lui. Dans le quartier Dansaert, près de l’Ancienne Belgique, on le croisait souvent. Un grand artiste, mais un bonhomme tout simple. Sa dégaine va me manquer. Ses concerts aussi. Suis vraiment très triste de son départ. Heureusement qu’il y a toutes ses chansons.

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