L’aventure de l’avant-garde


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Le 1er novembre 2005 |


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Ah, ces artistes ! Des individualistes, hors du temps, du monde,
de la société, du peuple ? Pas toujours. C’est ce que montre l’exposition « La Russie à l’avant-garde, 1900-1935 » au Palais des Beaux-Arts
de Bruxelles jusqu’au 22 janvier 2006.


Europalia/Fonds Mercator

On entre dans le grand hall. On n’a pas encore pris son ticket mais
la vraie première salle de l’exposition est déjà visible,
en partie. C’est le bas d’un grand écran de cinéma.
En noir et blanc, un landau dévale un interminable escalier. Elle est
tirée du film « Le Cuirassé Potemkine », tourné en
1925. C’est une des séquences historiques du cinéma. Historique
par le réalisateur : Eisenstein, cinéaste révolutionnaire.
Historique par le sujet du film. « Le Cuirassé Potemkine »,
c’est le symbole symbole Personne ou chose qui représente bien un sentiment, une idée, qui sert d’exemple de la révolution russe, manquée en 1905
mais réussie en 1917. Au début du 20e siècle, beaucoup
de Russes ne supportent plus le pouvoir du Tsar, l’empereur. Au début
du 20e siècle, en Russie, comme ailleurs en Europe, les artistes se
posent aussi des questions. Ils se révoltent contre un art ancien. Les
artistes peuvent-ils rester indifférents à la société dans
laquelle ils vivent, qu’ils le veuillent ou non ? L’exposition
donne une réponse : non !

A cette époque, la révolution des arts est visible dans d’autres
pays d’Europe. Mais la Russie est le lieu de toutes les révolutions :
sociale, politique, artistique. Un peintre disait : « Je suis le peintre
de l’épanouissement mondial, et par conséquent un prolétaire ».
Voyons plutôt.

L’art au carré


Europalia/Fonds Mercator

Une toile présentée est le « Carré noir sur fond
blanc » de Malévitch. Symbole de l’art moderne au 20e siècle.
On raconte que Malévitch n’était pas content d’une
toile qu’il venait de peindre. Alors, il la recouvre de noir. Ensuite,
il encadre le noir d’une large bande de couleur blanche. Le « Carré noir
sur fond blanc » est né. Pas d’objet sauf un carré noir,
entouré d’un autre carré blanc. Le carré blanc est
le seul encadrement de la peinture. Plus de figure du réel mais une
figure géométrique. Voilà, la peinture moderne. Elle ne
représente plus des objets, personnages et situations historiques...
Elle se montre telle qu’elle est... C’est la révolution
 !

Révolution aussi car Malévitch, comme beaucoup d’autres
artistes de l’avant-garde russe, enseigne et discute avec d’autres
artistes. Il s’intéresse à tous les arts, crée des
décors de théâtre, des objets pour la vie de tous les jours,
une théière par exemple. Les artistes veulent un art nouveau
partout. A l’époque, l’avant-garde russe c’est « un
art créateur et non un art de reproduction », comme le dit Olga
Rozanova, une des grandes artistes de l’époque. Une des nombreuses
femmes artistes de l’avant-garde.

Les amazones

Dans d’autres pays d’Europe, les artistes connus et reconnus sont
surtout des hommes. En Russie, beaucoup d’artistes de l’avant-garde
sont des femmes. Ne les appelle-t-on pas les amazones de l’avant-garde ?
Voyez ce plateau décoratif. La courbe du plateau devient la courbe des
corps. Au fond, les cheminées d’usine. Les bannières rouges
règlent la marche. Ce n’est pas le « Carré noir sur
fond blanc », c’est le peuple uni porteur d’espoir et de temps
nouveaux.

Tour de la révolution


Europalia/Fonds Mercator

L’espoir ? Le sculpteur et architecte Tatline a voulu le construire. Un
bâtiment de plus de 400 mètres de haut, 1,5 fois la Tour Eiffel
 ! Il devait être le centre de l’organisation mondiale du mouvement
ouvrier, ce qu’était alors la 3e Internationale. Un monument révolutionnaire
fait de fer et de verre. Un monument transparent qui montre, à chaque étage,
ce qu’il est et ce qui s’y fait. Chaque étage est une figure
géométrique qui tourne, suspendue par des câbles d’acier.
Le cube, par exemple, est une salle de réunion où devait se retrouver,
une fois l’an, les représentants des partis, syndicats et associations
ouvrières adhérant à l’internationale. Et ce cube
devait tourner sur lui-même et faire une révolution en un an.
Il aurait ainsi rythmé les périodes de réunion.

Au sommet, on distingue une demi-sphère, un lieu pour les services de
la propagande. Cette demi-sphère devait tourner sur elle-même
en une heure, rythmant ainsi la communication des idées de l’internationale
du mouvement ouvrier. Cette Tour de la Révolution ne sera jamais construite
qu’en... maquette. Il n’en reste que des photos. Dans l’exposition,
elle apparaît sur un écran transparent. Car la Révolution
russe, communiste, a pris, elle aussi un autre tour.

Thierry Verhoeven


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