Le « mystère » du prix du pétrole


 Cahiers  Cher pétrole
Le 19 juin 2009 | |  1 messages


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En juin 2009, le prix du baril de pétrole tourne autour des 70 dollars. Il coûte moitié moins qu’il y a un an. Il coûte 2 fois plus qu’il y a 6 mois. Il y a un an, on criait « au scandale » quand le pétrole augmentait. Aujourd’hui, on en parle peu. Cela fait sans doute partie du « mystère » qui entoure le prix du pétrole.


Photo : Belga

Le pétrole, c’est 38% de la consommation d’énergie dans le monde. Le pétrole est une matière première fondamentale pour toutes les économies. Son prix influence donc beaucoup la situation économique et sociale de tous les pays. Beaucoup de choses expliquent le cours du pétrole. Il y a l’offre et la demande. Des pays comme la Chine ou l’Inde par exemple, ont une demande de plus en plus forte. Il y a aussi la situation politique internationale : en Irak ou en Iran, par exemple. Il y a encore l’état des réserves disponibles. Il y a enfin le cours du dollar et la spéculation. Le pétrole s’achète en dollar. Quand le dollar baisse, les investisseurs et les spéculateurs ont tendance à acheter plus de pétrole. Tous les spécialistes sont d’accord. La spéculation ne provoque pas, à elle seule, une hausse ou une baisse des cours du pétrole mais elle augmente la hausse ou accentue la baisse. ».

Un mystère ?

Ces dernières semaines, le pétrole augmente. Et on en parle peu. Cela fait partie du « mystère ». Il y a un an, c’était la panique. Le baril de pétrole coûtait 145 dollars en juillet 2008. Et beaucoup d’experts étaient d’accord, ça n’allait pas s’arrêter là. Le pétrole serait de plus en plus cher. Certains prédisaient que le prix du baril monterait à 200 dollars. En décembre 2008, le prix du pétrole s’effondre : 32 dollars le baril. Et tout le monde oublie vite les prévisions catastrophes. C’est la crise des « subprimes », la crise financière puis la crise de « l’économie réelle ». On a d’autres choses en tête que le prix bas du pétrole. La crise économique a d’ailleurs favorisé la baisse. Le pétrole est un produit très utilisé dans tous les secteurs de l’économie. Et si l’économie est à la baisse, la consommation de pétrole baisse aussi. Et donc, logiquement les prix. C’est une des lois fondamentales du marché, disent les économistes : la loi de l’offre et de la demande. Très bien. Depuis quelques semaines, le prix du pétrole remonte. Il est autour de 70 dollars de baril. Et donc si l’on suit la loi fondamentale de l’offre et de la demande, ce serait une bonne nouvelle. Cela voudrait dire que l’économie redémarre et donc que le plus fort de la crise est derrière nous. Pourtant, quand on est, comme vous et moi, le nez dans « l’économie réelle », on n’a pas l’impression que ça va mieux. Voyons donc les spécialistes.

Que disent les spécialistes ?

Les analystes du très sérieux « Petroleum Economist » disent que la hausse des cours du pétrole est en « contradiction avec les fondamentaux du marché » (et donc notamment en contradiction avec la loi de l’offre et de la demande).

Un autre spécialiste, cité par le journal Le Monde est très prudent. Il pense que si le pétrole est en hausse, c’est « plus une anticipation de la reprise économique qu’un reflet de la réalité physique du marché. » Autrement dit : la crise économique n’est pas derrière nous mais on sait que cela ira mieux demain. Et le marché prévoit ce mieux. Donc, comme le pétrole est le carburant de notre économie, il coûte déjà plus cher. Donc, c’est une mauvaise nouvelle pour nos portefeuilles d’aujourd’hui. Mais c’est une bonne nouvelle pour nos portefeuilles de demain.

Une analyse, parue dans Le Monde, le 29 mai éclaire plus directement le « mystère » du prix du pétrole. Sous le titre La prochaine crise économique a déjà commencé, l’auteur de l’article pose la question : pourquoi le prix du pétrole a-t-il doublé, en quelques mois ? Il y répond : En grande partie parce que dans les salles de marché, les traders se remettent à spéculer sur l’or noir, le pétrole. Comme au début de l’année 2008, quand les prix des matières premières avaient atteint des niveaux record en grande partie à cause de la spéculation.

Plus près de nous, dans le magazine belge Trends-Tendances du 11 juin, Philippe Ledent, économiste à la banque ING trouve que 70-80 dollars est un prix normal pour le baril de pétrole.Mais il conclut : « 90 ou 100 dollars le baril, cela signifierait qu’on est à nouveau entré dans la zone dangereuse, surtout dans la période actuelle, où les fondamentaux ne justifient pas de tels prix. La consommation de pétrole est en très nette diminution, ce qui n’était plus arrivé depuis longtemps. Mais rien n’exclut que les investisseurs retrouvent de l’appétit pour l’énergie et les matières premières, un phénomène qui avait déjà fait flamber les prix mi-2008. »

Pétrole cher, attention, danger !

Et l’économiste signale aussi que le danger peut venir de ce pétrole trop cher : « Le problème d’un tel scénario ? Une remontée supplémentaire des prix du pétrole relancerait l’inflation. Or jusqu’à présent, si le pouvoir d’achat se maintient sur le plan macro-économique, c’est parce que l’inflation est en forte baisse grâce au recul des prix de l’énergie, tandis que les salaires et les allocations ont été indexés. Le retour de l’inflation risque fort de plomber la consommation, alors que le marché du travail européen commence seulement à subir de plein fouet les effets de la crise. « On s’attend à la perte de 60 000 à 80 000 emplois nets cumulés en Belgique en 2009, précise Philippe Ledent. Les plus pessimistes évoquent même 100 000 emplois. »

Le « mystère » du prix du pétrole, c’est donc aussi la prudence avec laquelle on aborde la question. Sans doute parce que prix du pétrole peut augmenter ou baisser très vite sans que l’on puisse déterminer une cause précise. Sans doute aussi parce qu’avec la crise, nous nous sentons impuissants. Trop parler du prix du pétrole pourrait accentuer encore ce sentiment d’impuissance.

Thierry Verhoeven

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Vos commentaires

  • Polo

    Le 19 juin 2009 à 08:07

    J’espere que le petrole va pas monter encore. Avec la crise c’est dur, si l’essence monte alors ce sera encore plus dur

    Répondre à ce message

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