Un CETA mauvais pour le climat

Thierry Verhoeven

 Cahiers  L’Europe défaite ?
Le 21 février 2017 |  Lydia Magnoni

Le 15 février, les députés européens ont voté pour le CETA. Le CETA est un grand accord de commerce entre le Canada et les 28 pays de l’Union européenne. Pour les associations qui défendent l’environnement, le CETA est pourtant mauvais pour le climat.


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L’Union européenne est le plus grand marché du monde. L’UE est le 2e exportateur   de biens au Canada, derrière les États-Unis. Et le Canada est le 14e importateur   dans l’UE. Depuis longtemps, les pays de l’Union européenne et le Canada font donc du commerce, s’achètent et se vendent des marchandises. Les députés européens viennent de voter un accord pour rendre le commerce encore plus facile entre l’Union et le Canada. C’est le CETA. Pour les associations qui défendent l’environnement, le CETA est mauvais pour le climat.

Le pour et le contre

Pour les défenseurs du CETA, pas de problème ! Cet accord est bon pour l’emploi. Il n’abaissera pas les règles européennes qui protègent l’environnement ou certains droits sociaux. Pour les opposants au CETA, c’est une autre affaire. En 2015, les États se sont engagés à limiter le réchauffement du climat à 2 degrés d’ici 2100. Dans le texte du CETA, rien ou presque n’est prévu pour lutter contre le réchauffement. Si le CETA augmente les échanges commerciaux, cela augmente les transports entre le Canada et l’UE : il y a donc augmentation de gaz à effet de serre.

Les fermes canadiennes sont plus industrielles que les fermes européennes. Comme on ouvre le marché européen au porc et au bœuf canadiens, les fermiers européens risquent de produire aussi de façon plus industrielle. Quoi qu’on dise, le CETA sera mauvais pour le climat. Mais sera-t-il une catastrophe ? « Non », disent les défenseurs du CETA. Par exemple, l’Union européenne a réussi à interdire l’importation de bœuf et de porc aux hormones ou de produits OGM. Il n’y aurait donc aucun problème pour la santé et l’environnement des Européens. C’est à voir.

Pour beaucoup d’associations qui défendent l’environnement, le CETA va surtout servir les grosses entreprises, les multinationales. Elles ont beaucoup d’argent et beaucoup de pouvoir, elles pourraient détourner certaines règles prévues dans l’accord. Et surtout il y a les fameux tribunaux privés. Une entreprise privée pourrait attaquer un État qui l’empêche de vendre certains produits pourtant mauvais pour la santé et l’environnement.

L’exemple de l’oléoduc

Pour comprendre, prenons un exemple. Les États-Unis et le Canada sont déjà liés par un traité commercial du même type que le CETA. En 2015, le président américain Barack Obama avait bloqué un projet d’oléoduc entre le Canada et les États-Unis. L’entreprise privée canadienne qui devait construire l’oléoduc avait attaqué les États-Unis devant un tribunal privé. L’entreprise réclamait 15 milliards de dollars de dommages et intérêts ! Finalement, le nouveau président Donald Trump a accepté le projet. Si Obama l’avait bloqué, c’est parce que l’oléoduc est mauvais pour le climat et l’environnement.

En effet, cet oléoduc va transporter des sables bitumineux du Canada vers les États-Unis. Les sables bitumineux sont des sables qui contiennent du pétrole. Quand on extrait les sables bitumineux, on risque de polluer les nappes d’eau souterraines et on produit beaucoup de gaz à effet de serre. C’est donc mauvais pour l’environnement. Ensuite, cet oléoduc est un énorme tuyau de 3 500 km. Il abime le paysage et en cas de fuite, il pollue la nature. Enfin, quand on utilise du pétrole et d’autres énergies fossiles, on pollue plus et on dépense souvent moins d’argent pour développer les énergies renouvelables, plus propres. Avec le CETA, une entreprise canadienne pourrait attaquer un pays européen qui a des règles pour protéger l’environnement et la santé de sa population.

Tout n’est pas perdu

Les députés européens ont quand même voté le CETA, mais pas tous : 408 députés ont voté pour, 254 contre et 33 se sont abstenus. Le CETA va donc être appliqué, mais seulement pendant un certain temps. Le temps que les parlements nationaux des 28 pays membres de l’Union européenne et 10 parlements régionaux votent eux aussi le CETA. Pour les défenseurs du climat et de l’environnement, tout n’est donc pas perdu. Il est fort possible que des parlements nationaux et régionaux refusent le traité tel qu’il a été signé et voté par les responsables européens.


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