L’Alpha a les boules

Lydia Magnoni

 Cahiers  L’alphabétisation, ici et maintenant
Le 8 septembre 2014 | Mise en ligne : Lydia Magnoni
|  1 messages


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Ce 8 septembre 2014, Lire et Ecrire a organisé une manifestation devant la gare centrale à Bruxelles. Plus de 1000 personnes y étaient : des travailleurs, des apprenants, des sympathisants de Lire et Écrire et des associations du secteur de l’alphabétisation (Collectif Alpha de Bruxelles, Funoc FUNOC Formation pour l’université ouverte de Charleroi de Charleroi, Déclic Emploi de Tournai, Envol d’Andenne, etc.). Toutes ces personnes sont venues à Bruxelles, carrefour de l’Europe pour dire à quel point elles étaient inquiètes pour l’alphabétisation.

Pourquoi cette colère ?

Quand elle a été créée en 1983, l’association Lire et Ecrire avait un objectif principal « Que toute personne puisse trouver près de chez elle, une offre d’alphabétisation de qualité. »
Mais en 2014, beaucoup de personnes n’ont toujours pas accès à des cours d’alpha. Il y a d’abord le manque de moyens financiers pour ouvrir des groupes d’alpha dans tous les endroits où il y a une demande. Mais il y a d’autres problèmes. Par exemple ? Il n’y a souvent pas de garde pour les enfants des apprenants. Et les conditions de vie des apprenants sont de plus en plus difficiles. Occupés à survivre au jour le jour, ils n’ont plus de temps pour se former à long terme.

Jongler avec les politiques publiques différentes

De plus, les moyens financiers des associations d’alphabétisation dépendent de beaucoup de politiques publiques différentes. Et ces différentes politiques s’adressent à différentes catégories de publics. Elles ne sont pas toujours bien coordonnées entre elles. Par exemple, ici, on consacre des moyens à la formation des jeunes. Et là, à l’alphabétisation des demandeurs d’emploi. Résultat : des catégories de publics sont oubliées. Ces personnes ne trouvent pas de place en formation. Par exemple, les plus de 50 ans ou ceux qui ne sont pas demandeurs d’emploi
Et les associations doivent jongler avec ces données diverses. Elles y perdent du temps, et de l’argent qui serait bien plus utile pour développer leurs formations.

Il faudrait donc mettre un peu d’ordre dans ces politiques pour que les différentes catégories de personnes puissent suivre une formation.
Et puis, enfin et surtout, l’alpha est inquiète à cause de toutes les politiques d’activation des demandeurs d’emploi. Ces mesures empêchent souvent les associations d’alphabétisation de faire leur travail comme elles le voudraient. Et d’offrir « une alphabétisation de qualité pour tous »

Etat social actif

En Belgique, on a changé les règles du droit au chômage. Les allocations de chômage diminuent de plus en plus vite. Et les jeunes qui sortent de l’école ne touchent des allocations d’insertion que pendant 3 ans.

Depuis 10 ans, on active aussi de plus en plus les chômeurs de longue durée. Ils doivent donner de plus en plus de preuves écrites de leurs recherches de travail. Il y a de plus en plus de contrôles de l’ONEM ONEm abréviation de l’Office national de l’Emploi . Et si les preuves de recherche d’emploi ne conviennent pas, l’ONEM sanctionne ces chômeurs et ils perdent leurs allocations.

Toutes ces mesures touchent directement les demandeurs d’emploi. Elles ressemblent plus à une chasse aux chômeurs, qu’à un accompagnement vers un emploi. C’est un peu comme si on soupçonnait les personnes qui n’ont pas réussi à trouver un emploi ou une formation d’être responsables de leur situation. Alors que les emplois manquent pour tous et encore plus pour les publics peu qualifiés.
Les demandeurs d’emploi qui ont des difficultés avec l’écrit sont encore plus durement touchés par les mesures d’activation. Comment en effet faire son dossier de preuves écrites quand on ne maîtrise pas bien l’écrit ?

Une alphabétisation de qualité pour tous ?

De plus, à cause de cette activation, de plus en plus de chômeurs sont envoyés dans des formations d’alphabétisation. Mais les moyens financiers des associations d’alphabétisation, eux n’augmentent pas.
Les associations vont-elles devoir abandonner le public qui est déjà en formation chez elles pour accueillir ces nouveaux publics envoyés par l’ONEM ?
Le risque est qu’on abandonne à leur sort les apprenants les plus faibles, parce qu’ils n’entrent pas dans les bonnes catégories. Le risque bien réel est d’exclure encore davantage ceux qui souffrent déjà de toutes sortes d’exclusions…
Il y a, c’est sûr, de quoi avoir les boules !!!

L’alphabétisation s’adresse à toute personne adulte, sans distinction d’âge, de race, de sexe, de religion, de culture et d’origine sociale, ne sachant pas ou peu lire et écrire, ou ne maitrisant pas, et ce dans aucune langue, les compétences et savoirs de base correspondant au niveau de fin d’étude primaires Primaires processus qui consiste à désigner le candidat d’un parti à une élection .

Voir le site de Lire et écrire, cliquez ici
L’alphabétisation, c’est apprendre à lire, écrire et calculer. Mais c’est aussi, pour Lire et Écrire, acquérir des outils pour comprendre le monde et y agir socialement, culturellement, politiquement.

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Vos commentaires

  • Ilaria

    Le 1er octobre 2014 à 23:05

    C’est infernal, cette obligation de rentabilité que l’on impose à des personnes. Trop jeune, trop vieux, trop éloigné de l’emploi ? Pas de formation pour vous... A la poubelle les pas rentables, les pas recasables, les pas dans les cases qu’il faut. Circulez y’a rien à voir pour vous. Allez vous cacher pour mourir en silence ! L’important, ce sont les bons chiffres qu’il faut faire pour être élu ou réélu...

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