Visages, villages et beau langage

Thierry Verhoeven

 Cahiers  Le pouvoir des mots
Le 13 juillet 2017 | Mise en ligne : Thierry Verhoeven
|  2 messages

Une vieille cinéaste punk qui perd la vue et un jeune photographe aux lunettes noires vont à la rencontre de "gens" dans les villages de France. Ils les photographient et affichent leur image. Cela fait d’immenses portraits sur des murs de maisons, de hangars, d’usines, sur des wagons. Cela fait le film « Visages, villages » : les gens y parlent peu mais le langage est ailleurs.


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Deux visages d’abord. Le premier visage, c’est celui d’Agnès Varda et ses cheveux en couleurs : un blanc et un indéfinissable orange-rose-roux. Agnès Varda est une cinéaste et une photographe française de 89 ans. Une « punk de 89 ans » comme elle aime le dire. Elle perd la vue. Le deuxième visage, c’est celui de JR et son chapeau toujours sur la tête. JR est un photographe et artiste français de 34 ans. Il porte toujours des lunettes noires qui cachent son regard.

Agnès Varda et JR

Agnès Varda et JR se rencontrent et décident de parcourir la France et ses villages. Agnès et JR vont vers les autres, ils écoutent leur histoire, ils les photographient et ils les affichent en très grand sur des murs de maisons, de wagon, de hangar, d’usine… Cela donne des visages, des villages et aussi de beaux langages.
Il y a le langage oral avec les dialogues entre Agnès Varda et JR : ce sont souvent des phrases très courtes, des taquineries, de l’humour. Il y a le langage de l’image avec les immenses portraits affichés sur les murs qui en disent long sur la société, sur la beauté des gens et des choses, un langage de poésie.

Le facteur

La poste française vient de proposer un service à la population. Si vous voulez que le facteur s’assure que vous n’êtes pas malade, vous payez les visites du facteur de 40 à 140 euros selon le nombre de visites par semaine. Avant, les facteurs jouaient gratuitement ce rôle de « gardien » parce qu’ils avaient le temps de parler avec les gens et ils les connaissaient. C’est celui-là le facteur d’Agnès Varda et de JR.
« Le facteur un personnage très important dans un village » comme le dit… le facteur dans le film « Visages, villages ».
On le voit marcher au pied de sa photo, photo sur laquelle ses mains ne tiennent plus un paquet, mais semble tenir les volets de la maison.

La femme de docker

Agnès Varda et JR ont rencontré beaucoup de gens et peu parlent beaucoup. Mais ils ont d’autres langages et Agnès Varda et JR nous les montrent. Ainsi, ces femmes de dockers, timides disent en quelques mots seulement comment elles soutiennent leur mari en grève. Les immenses photos collées sur les conteneurs du quai sont plus parlantes : on les voit volontaires, certaines même guerrières.

La veuve du mineur

On veut démolir les maisons d’une rue d’un coron. Une veuve de mineur affirme qu’elle ne s’en ira pas : elle a trop de souvenirs dans cette maison d’ouvriers. Son visage affiché en grand sur la façade de sa maison montre la dureté d’une vie. Il montre aussi qu’elle ne se laissera pas faire.

La femme en robe à fleurs

« Visages, villages », c’est le langage de la bienveillance, de la beauté. Comme quand Agnès Varda fait porter à cette mère de famille une robe à fleurs, une ombrelle et la photographie sur un muret. JR l’affichera en grand au mur. Les enfants de la femme en robe à fleurs viendront chatouiller les pieds de l’image et faire un « selfie ». Et ils sont tout heureux de voir leur mère, belle.

Le langage du cinéma

Certains reprochent au film « Visages, villages » d’être trop naïf naïf trop simple, trop naturel, qui découvre des choses évidentes , même niais niais bête parce que trop simple . Certains regrettent que les gens photographiés et ainsi affichés parlent si peu de leur vécu, de leurs émotions, de leur ressenti. Mais quoi de plus parlant que ces images de complicité entre la vieille cinéaste qui devient aveugle et le jeune photographe aux lunettes noires ? Quoi de plus parlant que ce film où l’on parle peu ? Le langage du cinéma n’a pas toujours besoin de dialogues : le cinéma n’a-t-il pas d’abord été muet ?
Le langage de « Visages, villages », ce sont des gestes vers l’autre, des pauses, des portraits géants et passagers, même certains éphémères. Le langage de « Visages, villages » est bien un langage de cinéma. Agnès Varda fait d’ailleurs souvent appel à ses souvenirs de cinéaste. Tout le film est traversé par le cinéma. La fin bouleversante et cruelle nous le montre assez.

La bande annonce du film


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Vos commentaires

  • Inès

    Le 27 août 2017 à 16:30

    Film émouvant

    Répondre à ce message

  • chantal

    Le 26 août 2017 à 11:04

    Mon intention était d’aller voir ce film dans un p’tit cinéma de Bruxelles qui nous fait découvrir des pépites ! Je passerai donc de l’intention à l’action !
    L’auteur de cet article m’en a convaincue par toute la sensibilité de son appréciation !
    Chantal

    Répondre à ce message

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