Un Noël au goût d’oranges… amères

Thierry Verhoeven

 Cahiers  Partir quand même...
Le 22 décembre 2016 |  Lydia Magnoni |  1 messages

En fruits, en jus, en sodas, les oranges sont partout. C’est une véritable industrie. Dans certaines régions du monde, les travailleurs qui cultivent et cueillent ces oranges sont traités comme des esclaves. Et cela se passe aussi chez nous, en Europe. C’est le cas en Calabre, une région d’Italie.


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Autrefois, c’était une tradition : pour Noël, les parents offraient aux enfants une orange. L’orange était un fruit rare donc un fruit cher. L’orange était le signe de richesse, de promesse d’une vie meilleure. Aujourd’hui, on trouve des oranges, en fruit ou en jus, partout et pour pas cher. Les oranges viennent d’Afrique du Sud, d’Israël ou d’Afrique du Nord. En Europe, elles sont cultivées, entre autres, en Espagne et en Italie. En Italie, les oranges sont surtout produites dans la région de Calabre. Ces oranges sont souvent cueillies par des travailleurs migrants. Des travailleurs migrants qui sont presque des esclaves.

Coca cola

La Calabre est une région située à la pointe de l’Italie, tout au sud du pays. On y cultive les agrumes comme dans les environs de Rosarno, une ville de 15 000 habitants. Dans la région, presque 70 % des oranges servent à faire du jus ou du concentré d’orange pour l’industrie. Les multinationales, comme Coca Cola, San Pellegrino ou San Benedetto, imposent aux agriculteurs un prix d’achat souvent très bas : environ 7 centimes le kilo. Selon un syndicat d’agriculteurs, il y aurait 3 centimes d’orange dans une bouteille de soda de 1,5 litre vendue 1, 30 euros ! Tout bénéfice pour les multinationales.

Face à cette situation, les agriculteurs ne peuvent pas faire grand-chose. Ils cultivent seulement 1 ou 2 hectares et n’ont pas de réel syndicat. Ils ne peuvent donc pas négocier avec les grosses entreprises. Certains agriculteurs courageux ont décidé de cultiver des légumes, de vendre directement leurs oranges comme fruits frais. Et ils ne travaillent plus pour les multinationales. Mais la plupart acceptent ce qu’un syndicat italien appelle « la chaîne de chantage imposée par l’industrie de l’orange. » Sans compter le rôle important joué dans la région par la mafia calabraise, organisation criminelle.

La mafia

Les agriculteurs sous-paient donc les cueilleurs. Avant, les cueilleurs étaient des gens de la région. Depuis une vingtaine d’années, ce sont des migrants. Souvent, ceux-ci ont traversé en clandestins la Méditerranée et ont débarqué en Italie sur l’île de Lampedusa. La Calabre n’est pas loin de l’île. Pendant les mois d’hiver, à Rosarno, ils sont entre 4 et 5 mille à cueillir les fruits. Que font-ils le reste de l’année ? Au printemps, beaucoup d’entre eux partent cueillir les tomates dans une autre région d’Italie, la Campanie. En septembre, ils ramassent les pommes de terre et cueillent le raisin en Sicile.

A Rosarno, pour 10 heures de travail, ces migrants gagnent maximum 25 euros par jour, souvent moins. Certains patrons préfèrent payer à la caisse : 1euro par caisse, c’est le même salaire qu’il y a 20 ans ! Les migrants cueilleurs sont engagés au jour le jour par des « contremaîtres » que l’on appelle dans la région de Rosarno des « caporaux ». Ce sont des intermédiaires entre l’agriculteur propriétaire et les travailleurs. Ils choisissent les migrants les plus costauds et les plus dociles. Les migrants engagés la journée doivent payer ces intermédiaires (le plus souvent 5 euros). Ils doivent aussi payer leur transport jusqu’aux vergers : 2 ou 3 euros pour être entassés dans des camionnettes. Ils paient aussi ces intermédiaires pour d’autres services : les bottes et les gants de travail, l’eau potable, un logement souvent délabré. Les lois sur le travail et la protection des travailleurs ne sont pas respectées dans cette région. C’est un vrai esclavage. Les migrants sont victimes d’un système économique et social brutal et des réactions racistes de la population.

Oranges amères

Les migrants sont originaires du Niger, du Ghana, du Sénégal, du Togo, du Mali. En 2010, ils s’étaient révoltés suite à un acte raciste contre un jeune togolais. Dans la presse, on avait parlé de véritables émeutes. Aujourd’hui, la situation des migrants esclaves de Rosarno n’a pas vraiment changé. Sauf que des mouvements de solidarité se créent.
Des syndicats italiens luttent pour faire avancer les droits des migrants. Des agriculteurs créent de vraies coopératives qui ne traitent pas les migrants en esclaves. Des associations s’engagent pour plus de justice sociale et économique comme SOS Rosarno. Des personnes engagées alertent la population en Italie et ailleurs sur la situation des migrants de Rosarno. En Belgique, le syndicat FGTB   présente une exposition qui explique la situation des migrants et organise des débats sur le sujet. La situation des migrants de Rosarno n’est pas la seule en Europe. Mais elle est un exemple, parce qu’elle est peut-être la plus violente, de ce que vivent beaucoup de migrants en Europe.

Lire aussi Bitter oranges, oranges amères

Un article de l’association Oxfam qui explique comment les migrants sont expolités

Le site Bitter Oranges (en anglais)

Le site de l’association SOS Rosarno (en italien)


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Vos commentaires

  • richard

    Le 11 avril à 14:22

    ils prennent les gens en otage exactement comme los santos où si on commence par les utiliser on est pris à la gorge, tout est contaminé dans l’alimentation même le saucisson a un goût chimique et ils vont pas faire le boulot eux-mêmes pour nous empoisonner alors ils prennent toutes les richesses et créé de l’esclavage car comme l’Afrique un pays aussi riche en ressource peut avoir autant de pauvre

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