Hommes-femmes, pas le même salaire

Céline Téret

 Cahiers  Tant de violences contre les femmes...
Le 6 mars 2018 | Mise en ligne : Lydia Magnoni
Auteur : Céline Teret |  1 messages

Le 8 mars, c’est la journée des droits des femmes. C’est l’occasion de souligner les inégalités entre les hommes et les femmes et, entre autres, l’inégalité de salaire.
En Islande, une nouvelle loi permet de mieux lutter contre l’écart de salaire entre les hommes et les femmes. En Belgique, les femmes gagnent 21 % de moins que les hommes. Pourquoi encore un tel écart en 2018 ?


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Si un homme et une femme occupent le même poste et font le même travail, ils doivent gagner le même salaire. C’est la loi « à travail égal, salaire égal ». Dans la réalité, ce n’est pas le cas. En Islande, il y a une nouvelle loi depuis janvier 2018 pour mieux appliquer l’égalité de salaire entre les hommes et les femmes. En effet, toutes les entreprises islandaises de plus de 25 salariés doivent maintenant prouver qu’elles paient à égalité les hommes et les femmes. Et si une entreprise ne donne pas les preuves, elle devra payer une amende. En Islande, les femmes gagnent 16 % de moins que les hommes sur une année. Et en Belgique ?

En Belgique
En Belgique, l’écart de salaire entre les hommes et les femmes est de 21 %. Ce chiffre représente l’écart salarial entre hommes et femmes calculé sur une année. Si on se base sur une heure de travail, cet écart est moins élevé. A l’heure, les femmes gagnent 8 % de moins que les hommes. Mais le calcul sur base d’une heure de travail ne tient pas compte du travail à temps partiel souvent occupé par des femmes. Or, le travail à temps partiel renforce les inégalités salariales. Il faut donc aussi en tenir compte.

La loi belge
Si on n’est pas encore à l’égalité salariale, la situation s’améliore avec le temps. En effet, en 2009, l’écart de salaire entre les hommes et les femmes était de 23 % en Belgique. En 1972, il était de 43 %. Différentes lois existent, au niveau belge et européen, pour appliquer le principe « à travail égal, salaire égal ». En Belgique, une loi sur l’égalité salariale est d’application depuis 2012, mais il est difficile de contrôler l’application de la loi. Les entreprises qui ne respectent pas la loi ont rarement des sanctions. En Islande, avec la nouvelle loi, ce sont les entreprises qui doivent prouver qu’elles respectent l’égalité. Ce n’est pas encore le cas chez nous.

Rôle social
Mais au-delà du principe « à travail égal, salaire égal », les femmes sont en moyenne moins bien payées que les hommes. Pourquoi ? Dans notre société, on donne un rôle social aux filles et aux femmes et un autre rôle social aux garçons et aux hommes. On croit qu’une femme est faite pour telle ou telle chose, un homme pour telle ou telle autre. C’est ce que l’on appelle les stéréotypes de genre. Et c’est souvent le genre masculin, l’homme qui a le « beau » rôle, le rôle le plus avantageux. La société est organisée ainsi et cela a des conséquences sur la vie professionnelle et donc sur le salaire. Les femmes travaillent souvent à temps partiel, font des métiers moins bien payés et ont de moins belles carrières que les hommes. Voyons cela d’un peu plu près.

Temps partiel
80 % des emplois à temps partiel sont occupés par des femmes en Belgique. Or, si on travaille moins, on gagne moins. Une question de choix ? Pas tant que ça. Environ 1 travailleur(euse) sur 5 qui est à temps partiel est à temps partiel « involontaire ». Cela veut dire, par exemple, que l’entreprise ne propose qu’un temps partiel à la personne. Ou encore que la personne prenne un temps partiel pour pouvoir organiser sa vie familiale : garder ses enfants, par exemple. Les femmes travaillent le plus souvent dans des secteurs qui proposent beaucoup de travail à temps partiel : les grands magasins, par exemple.

Métiers moins bien payés
Il y a encore une autre explication à l’écart de salaire entre les hommes et les femmes : de nombreuses femmes occupent des emplois qui sont moins valorisés et moins bien payés que ceux vers lesquels se dirigent les hommes. Un exemple est celui des métiers dits de « soin » : infirmière, aide-soignante, aide à domicile, puéricultrice... Ces métiers sont évidemment essentiels. Pourtant, ils sont moins bien payés et les conditions de travail y sont souvent difficiles : tâches pénibles, horaires décalés, temps partiel... Les femmes, plus que les hommes, sont orientées vers ce type de formations et de métiers. Il est donc important de donner plus de valeur à ces métiers. Il est important aussi de retrouver des hommes et des femmes dans tous les secteurs d’activité de la société. Pour y parvenir, il faut, une fois encore, lutter contre les stéréotypes de genre et ne pas dire : « tel métier est fait pour les femmes, tel métier est fait pour les hommes. »

Carrières interrompues
Les femmes interrompent leur carrière plus souvent que celle des hommes. Par exemple, il y a la grossesse et le congé de maternité. Prendre un congé parental ou arrêter de travailler pour s’occuper des enfants a d’ailleurs aussi des conséquences sur la pension : la différence des revenus de pension entre hommes et femmes peut monter jusqu’à 35 % ! Interrompre sa carrière a aussi des conséquences sur la vie professionnelle des femmes : elles n’ont pas souvent la possibilité de se former ou de postuler à une fonction supérieure.

Carrières moins « belles »
Les postes à responsabilité et mieux payés sont occupés principalement par les hommes. Comme les femmes sont « censées » s’occuper du ménage et des enfants, elles ont ou pourraient avoir moins le temps pour s’investir dans leur travail. Certains employeurs ne veulent alors pas « risquer » de leur proposer un poste à responsabilité. Parfois, les femmes elles-mêmes préfèrent ne pas postuler par crainte de ne pas avoir assez de temps pour s’occuper de leur famille.

Sortir du stéréotype stéréotype idée reçue, cliché, manière simpliste de voir les choses
Enfin, dans certains secteurs, certains travailleurs négocient une augmentation de salaire avec leur patron. Or, il semblerait que les femmes soient moins habituées à négocier que les hommes. Parce qu’elles sont « censées » être plus conciliantes. On l’aura compris, la manière dont les filles et les garçons sont élevés, puis évoluent dans la société, joue un rôle dans cette affaire. Lutter contre l’écart salarial, c’est donc aussi tordre le cou aux stéréotypes de genre. Alors… au boulot !

Plus d’informations sur les inégalités de salaire
sur le site de l’ Institut pour l’égalité des femmes et des hommes

A lire aussi sur notre site
L’histoire de la journée du 8 mars
Notre cahier sur les droits des femmes


Auteur : Céline Teret
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Vos commentaires

  • Roberta

    Le 17 juin à 20:43

    Voilà un combat qui m’intéresse vraiment. A travail égal salaire égal... On en est encore loin.
    Pour le reste, si on laissait aux personnes la possibilité de se comporter comme elles le sentent et pas selon leur genre. Moi je déteste le rose et j’aime faire de la musculation. Je gagne ma vie en faisant un métier que j’aime plutôt bien et j’élève ma fille et mon fils en faisant attention de ne pas les enfermer dans des rôles traditionnels. Je pense que c’est l’éducation qui va tout changer...

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