Ca y est, ça me reprend. L'estomac qui se noue, les mains
moites. La rentrée des classes est proche. Et elle tombera
un lundi. Le lendemain d'un dimanche qui sera sans doute pluvieux
et gris. Un en mot: moche comme le fut dans l'ensemble cet été.
Bien sûr il reste encore une semaine avant le jour J. Mais
ce lundi plein de grisaille est comme une répétition
générale. C'était bien le jour de me demander
d'écrire un "Coin"
J'ai beau me répéter que cela ne me concerne plus
depuis quand même 22 ans maintenant je ne compte pas
les années d'unif', car à cette époque j'étais
plutôt pressé de rentrer pour enfiler ma casquette
et mon tablier de guindaille c'est plus fort que moi, je
stresse et je déprime. Ma rentrée au boulot me laisse
en général parfaitement indifférent, mais
la rentrée des classes, je la revis comme si j'y étais.
Je me rappelle cette peur de l'inconnu quand on découvrait
le nouvel instituteur, la nouvelle classe et les nouveaux visages.
Forcément, ce serait plus dur que l'année précédente.
Brrr
Lundi prochain, ce sera pire quand j'irai conduire mon fiston
pour son premier jour d'école. J'essaye de me convaincre
que la troisième maternelle ce n'est tout de même
pas le bagne.
Mais bon, je sens que la veille de cette rentrée, je serai
mal à sa place et qu'il me faudra beaucoup de courage pour
le mettre au lit avec deux heures d'avance sur l'horaire d'été.
Je me demande si je ne vais pas avoir recours au remède
que je m'appliquais quand j'étais gamin pour surmonter
le "blues" de la rentrée.
Rassurez-vous, rien que de très naturel. Tout se passait
dans mes pensées. J'imaginais que j'habitais la rue plus
triste de mon patelin dans une maison trop petite avec onze frères
et surs dont je devais m'occuper parce que Papa et Maman
travaillaient dur toute la journée.
Je n'arrêtais jamais: je préparais les repas, nettoyais
la maison, faisais la lessive, donnais le bain aux plus jeunes
et tout ça avant de faire mes devoirs. Dans cette vie imaginaire,
il pleuvait tout le temps et faisait froid. Je devais marcher
deux kilomètres jusqu'à la gare où je prenais
un train qui m'emmenait à cinquante kilomètres de
chez moi. Arrivé à destination, je devais encore
prendre deux bus et marcher dix minutes pour rejoindre l'école.
Selon l'ampleur
de mon cafard, j'ajoutais des ingrédients au scénario.
Ainsi, j'imaginais qu'en plus de jouer les Cendrillons, je me
tapais l'école en
pension.
Quand je me réveillais de ce cauchemar, croyez-moi, je
me disais "vivement l'école au bout de la rue et le retour
à l'heure du goûter pour regarder Maman recouvrir
mes cahiers."
Roger