jeudi 25 juillet 2024

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Attention à la marge!

En Belgique depuis 1996, une loi empêche les syndicats de négocier vraiment avec les patrons des augmentations de salaire des travailleurs et des travailleuses. Les syndicats sont donc pour que la loi change, mais c’est compliqué. Essayons de faire simple.
Une personne qui doit vendre sa force de travail pour vivre, qu’elle aît un emploi ou pas, a différents droits sociaux. Que l’on soit ouvrier ou employé, on a un salaire quand on travaille. Sans travail, on peut toucher une indemnité de chômage. Et tous et toutes reçoivent en cas de maladie un remboursement des soins de santé ou une indemnité maladie. À l’âge de la retraite, une pension. Au total, la sécurité sociale couvre 7 domaines de la vie [1]<*>pensions; chômage; soins de santé; allocations familiales; assurance accidents du travail; assurance maladie professionnelle; vacances annuelles..

Partage de richesse

Ces assurances sociales ne sont pas tombées du ciel. Il y a eu des luttes ouvrières pendant plus de 100 ans, car c’est seulement après la guerre 40-45 qu’il y a eu ce système d’assurances sociales. À l’époque, les travailleurs ont pu imposer aux patrons un certain partage de la richesse économique. Pour faire ce partage, on a mis en place une négociation collective entre travailleurs et patrons. On y discute de la sécurité sociale et des salaires, car l’un ne va pas sans l’autre.

Qu’est-ce qu’il y a dans un salaire ?

Dans un salaire, il y a le salaire direct et indirect. C’est ce que l’on appelle le salaire brut. Dans un salaire, il y a l’argent que reçoit directement le travailleur. On l’appelle salaire net ou encore salaire   »poche ». Il y a aussi de l’argent que le travailleur ne reçoit pas directement. C’est un salaire indirect ou en encore salaire « socialisé ». C’est un salaire, car il s’agit bien d’argent pour payer le travailleur. C’est un salaire socialisé, car l’argent sert à satisfaire les besoins sociaux de l’ensemble des travailleurs et de la collectivité. Cet argent, ce sont les cotisations sociales payées par le travailleur et le patron, l’employeur. Il va dans les caisses de la sécurité sociale pour financer, entre autres, les soins de santé, la pension, le chômage.

Compétitivité

Le système a assez bien marché jusqu’à la grande crise économique des années 1970. À partir des années 1970 et surtout à partir des années 1980, on parle de compétitivité. La compétitivité ? C’est un mot fort utilisé dans le débat économique et social depuis presque 40 ans avec l’ouverture des marchés économiques et la mondialisation. Nos entreprises doivent être compétitives. C’est-à-dire qu’elles doivent pouvoir vendre leurs marchandises sur le marché économique malgré la concurrence d’entreprises d’autres pays.

Les « charges » sociales

Pour être compétitif, on se dit que le plus simple est de diminuer les coûts de production. Comme dans les coûts de production, il y a les salaires, on diminue les salaires. Mais pour que ça se voie moins, on diminue le salaire indirect. On commence à appeler les cotisations sociales des « charges » sociales. Et on allège les charges surtout pour les patrons : ils paient moins de cotisations sociales. L’idée qui domine alors est : on diminue les charges aujourd’hui. Et comme ça, demain, il y aura des investissements qui créeront des emplois ,après-demain. Bon, ça n’a pas très bien marché.

L’index

Il faut donc faire autre chose surtout qu’en Belgique, les salaires bruts augmentent automatiquement de 2 % quand on voit que les prix augmentent de 2 %. C’est ce que l’on appelle l’indexation automatique. Quand il y a indexation, les salaires coûtent plus cher. Et pour les patrons : comment être compétitifs avec cette indexation ?

La marge

On garde l’indexation, mais on a inventé en 1996 un système compliqué. C’est la loi pour « la promotion de l’emploi et la sauvegarde préventive de la compétitivité. » Depuis cette loi, le gouvernement fixe à l’avance l’augmentation maximum possible des salaires. C’est la marge ou la norme salariale. Elle est calculée pour que les entreprises belges soient compétitives comparées aux entreprises des 3 pays voisins : l’Allemagne, la France et les Pays-Bas.

Plus de liberté

Les travailleurs et les patrons ne peuvent pas négocier une augmentation de salaire supérieure à la norme salariale. Pour 2021 et 2022, la norme est de 0,4 % d’augmentation du salaire brut. Cela arrange les patrons, cela n’arrange pas les travailleurs et leurs syndicats. Ces syndicats réclament d’ailleurs que cette loi soit moins stricte pour pouvoir négocier plus librement les salaires.

Lire aussi notre article: 0,4%, une norme normale?

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L’indexation des salaires

En Belgique, il y a un système particulier : l’indexation automatique des salaires et des allocations sociales. Comment ça marche ? Au ministère de l’économie, on évalue l’évolution des prix des marchandises et des services. C’est l’indice des prix à la consommation appelé aussi « index ». Quand on voit que les prix augmentent de 2%, que l’index donc est de 2%, on augmente les salaires et les allocations sociales de 2%. C’est une indexation automatique.
L’index est un calcul compliqué et l’indexation n’est pas parfaite, mais cela permet de garder un certain pouvoir d’achat. Quand iI y a une indexation automatique, les salaires augmentent, ils coûtent donc plus cher. Les patrons et le gouvernement remettent parfois en question l’indexation des salaires. La loi de 1996 sur la marge salariale était d’ailleurs une manière de « calmer » certains patrons qui demandaient la suppression de l’indexation des salaires.
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1 <*>pensions; chômage; soins de santé; allocations familiales; assurance accidents du travail; assurance maladie professionnelle; vacances annuelles.