mercredi 29 mai 2024

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Inégalités sur le pavé

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Tout le monde utilise l’espace public au quotidien. Marcher en rue, se rendre à l’épicerie à pied ou à vélo, s’installer à la terrasse d’un café, attendre le bus, prendre le métro, s’asseoir sur un banc, se promener dans un parc… Tout le monde y a accès librement. Du moins en théorie, car dans la pratique, ce n’est pas tout à fait pareil. La rue est rarement adaptée pour les personnes âgées ou les personnes en chaise roulante. Quant aux jeunes et aux sans-abris, tout est fait pour les empêcher de trop « traîner en rue ».
Et les femmes ? À première vue, on pourrait croire qu’elles occupent l’espace public de la même manière que les hommes, à égalité et librement. Dans les faits, de nombreuses études montrent que c’est loin d’être le cas…

Observons nos rues

Arrêtons-nous tout d’abord en rue et observons… Les rues et les places portent en grande majorité des noms d’hommes. Les statues représentent le plus souvent des hommes qui ont marqué l’histoire ou la ville. Cela a pour effet de renforcer l’idée (pourtant fausse !) que les avancées politiques, économiques, scientifiques ou sociales sont réalisées uniquement par des hommes.
Quand les femmes sont visibles dans l’espace public, c’est la plupart du temps sur des panneaux publicitaires. De la femme fatale à la femme au foyer, ces images véhiculent la plupart du temps de nombreux stéréotypes sexistes.

Sentiment d’insécurité

En rue ou dans les transports en commun, les femmes ne se sentent pas toujours en sécurité, parce qu’elles sont accostées par des hommes, elles subissent des remarques sexistes, des regards insistants, et parfois des violences sexuelles. Les risques de viols existent même s’ils sont faibles.
Il n’empêche que les femmes ont peur. Alors, elles s’adaptent. Elles changent leurs habitudes et leur comportement pour se sentir plus en sécurité dans leurs déplacements, surtout le soir et la nuit. Elles changent leurs itinéraires, elles évitent de porter certains vêtements, elles s’organisent pour ne pas rentrer seules. En rue, les femmes sont donc moins libres de leurs mouvements que les hommes.

Utilisation de l’espace

Les femmes représentent 70% des usagers des transports en commun. En effet, la voiture est souvent réservée aux hommes. Quand il y a une seule voiture dans un couple, c’est le plus souvent l’homme qui l’a choisie et qui l’utilise. Même chose pour le vélo : seulement 25 à 30% des cyclistes sont des femmes. Parce que lorsqu’elles étaient petites, elles ont moins appris à rouler à vélo que les garçons, parce qu’elles se sentent en insécurité, parce qu’elles craignent le regard des autres, parce qu’elles doivent aller déposer les enfants et que deux enfants sur un vélo, ce n’est pas simple.

Les femmes utilisent donc souvent les transports publics ou vont à pied de la maison à l’école ou la crèche, au travail, chez le médecin ou à la pharmacie… 70% des personnes qui font les courses et 75% des personnes qui accompagnent des enfants et des personnes âgées sont des femmes.. Par conséquent, les femmes sont confrontées à des soucis de trottoirs trop étroits ou d’escalator en panne alors que ce sont elles qui la plupart du temps manient la poussette. Quant aux toilettes publiques accessibles aux femmes, il n’en existe presque plus.

Un autre exemple frappant, ce sont les espaces réservés au sport en rue : terrains de foot ou de basketball, skatepark… Ces endroits sont la plupart du temps fréquentés par des garçons. Quelle place est laissée aux filles, aussi bien celles qui aiment jouer au foot que celles qui préfèrent sauter à la corde ? En général, les garçons occupent bien plus d’espace pour leurs loisirs dehors que les filles. Et même dans les cours de récréation… Le prétexte : ils ont besoin de se défouler. Les filles, elles, n’ont qu’à bien se tenir…

Pour que ça change

Différentes initiatives sont prises pour faciliter la vie des femmes lors de leurs déplacements dans l’espace public. En Belgique et ailleurs, certaines associations organisent des ateliers d’autodéfense pour les filles et les femmes. En France, dans la ville de Nantes, les bus de nuit s’arrêtent à la demande pour rapprocher les femmes (et les hommes) au plus près de leur domicile. A Malmö, en Suède, les skateparks sont réservés aux filles un jour par semaine.
Certaines associations, comme l’asbl Garance en Belgique, proposent aussi des « marches exploratoires ». Lors de ces promenades en rue, des groupes de femmes observent et notent ce qui leur paraît dangereux, les aspects positifs et négatifs des aménagements. Ensuite, elles remettent une liste de propositions aux autorités publiques et aux urbanistes avec des améliorations possibles : ajouter ou changer les éclairages publics, réparer les trottoirs, etc.
Pour avancer, des changements plus en profondeur sont aussi nécessaires. Les autorités publiques et les urbanistes devraient tenir compte dès le début de leurs projets de la place des femmes (et des personnes âgées, à mobilité réduite, etc.) dans l’espace public. Et pour que les femmes soient davantage à la manœuvre, il faudrait aussi qu’elles soient plus à des postes à responsabilité, en politique notamment. On n’y est pas encore…
Pourtant, des aménagements conçus par et pour les femmes auraient des répercussions positives sur d’autres, comme le souligne Irene Zeilinger, de l’asbl Garance : « Un espace public plus agréable pour les femmes le sera pour tout le monde. »

Nos sources pour en savoir plus

« La place des femmes dans la ville : une question politique », Sylvette Denèfle, janvier 2009.
« La place des femmes dans l’espace public », Nicole Van Enis, Barricade, 2016.
« La domination masculine dans l’espace public », Perséphone, 23 février 2017.
Article « La ville, une affaire d’hommes », Victoire, Le Soir, 15 novembre 2014

Une réponse

  1. Inégalités sur le pavé
    C’est la fin de l’année à l’école et dans ma classe de deuxième, j’ai félicité une gamine de 15 ans qui a fait un gros effort pendant les examens.
    Elle est roumaine et a de grosses difficultés de langue. La famille est connue: ses frères et soeurs sont aussi dans l’école. Comme je l’encourageais pour l’année prochaine, elle m’a dit qu’elle ne reviendrait pas. Elle va se marier pendant les vacances. Madame, j’ai déjà quinze ans, me dit-elle, je suis contente de me marier… Et je la regarde s’éloigner, toute petite. Et j’ai envie de pleurer, en mesurant le chemin qui reste à parcourir avant qu’une fille soit vraiment l’égale d’un garçon… Et ce soir-là, je vais embrasser ma fille avec un peu plus de force que d’habitude.

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