mardi 25 juin 2024

L’ESSENTIEL L’information simple comme bonjour

Merci lecteur, du fond du cœur

Ce qu’en dit Pierre-Henri Thomas

Au début, je n’étais pas très fier. Va-t’en expliquer, toi, l’actualité économique en
3 500 signes ! Les économistes eux-mêmes ont du mal à retrouver leurs veaux dans ces champs tout en courbes statistiques et pentes indiciaires. Un exemple de la complexité du maquis ? En 2013, le comité du prix Nobel d’économie (ce n’est pas un vrai Nobel, le milliardaire norvégien inventeur de la dynamite n’avait que du mépris pour les économistes, mais on ne va pas entrer dans les détails) avait consacré trois auteurs dont deux, Eugene Fama, et Robert Shiller, avaient des vues diamétralement opposées.

L’un, Fama, était un fervent défenseur de l’efficience des marchés financiers, lieux paisibles dans lesquels des êtres rationnels et posés échangeaient des biens et des services sous l’œil protecteur de l’immuable loi de l’offre et de la demande. L’autre, Shiller, montrait que les marchés, étant peuplés d’opérateurs hystériques et émotifs, allaient dans tous les sens et étaient soumis à des mouvements erratiques et irrationnels.

Bref, qu’ils faisaient n’importe quoi. On sent bien que Shiller a raison quand on voit les soubresauts de la bourse et des marchés financiers. Mais on sent bien aussi que, hormis la période des soldes dans certains magasins, on ne se bat pas chez Colruyt (ou Delhaize ou Carrefour, ou Lidl, ou Cora, ….) quand on va faire ses courses pour acheter un paquet de biscottes.

On est inconsciemment d’accord sur le prix, le produit, le moyen de payer…
Pour le profane, l’économie est donc un pays aussi mystérieux qu’ennuyeux, peuplé d’hommes bizarres (oui des hommes : seules deux femmes ont été couronnées par le Nobel d’économie depuis sa création en 1969), rarement guidés par un romantisme échevelé. Quelqu’un comme l’Américain Gary Becker, qui a passé son temps à étudier le « capital humain », estimait par exemple que le mariage c’était comme créer une entreprise. Si deux partenaires décident de se marier et vivre ensemble, c’est pour éviter les « coûts de transaction » (sic) tels que, par exemple, perdre chaque jour une demi-heure dans les bouchons pour aller voir son ou sa partenaire dans son appartement. Ah, l’amour selon Gary Becker (prix Nobel d’économie, lui aussi, tiens)!

Et puis il y a ce langage. Les économistes s’affrontent en se lançant à la tête les concepts les plus incompréhensibles au commun des mortels : « coûts marginal zéro », « ancrage
des anticipations d’inflation », « maximisation de l’utilité »
(mais personne n’a encore réussi
à définir vraiment ce qu’est l’utilité pour les gens) …. et celui que je préfère :
« modèle d’équilibre général stochastique ». Tout cela pour décrire en gros comment les entreprises, vous, moi, essayons de faire au mieux avec ce que nous avons…

Allez expliquer tout ça dans un vocabulaire de quelques centaines de mots et des phrases contenant le moins d’adverbes possible et normalement pas de phrases subordonnées ! « Tu te bornes à la séquence sujet – verbe – complément » m’avait dit Lydia (oui, je sais Lydia, dans ce texte-ci, il y a bien trop de subordonnées, d’adverbes, de mots et de phrases compliquées).

Non je n’étais pas fier. Et puis, attends : pas question de se réfugier dans des théories fumeuses. Il fallait parler de la vraie vie, celle des gens. Pourquoi je paie l’essence plus cher, est-ce que l’euro change ma vie, etc…

J’en ai sué, des gouttes. Et j’ai retiré deux grandes leçons de l’aventure. La première, c’est que, quel que soit le sujet dont nous parlions, nous n’avons le plus souvent pas besoin de prendre des mots compliqués pour expliquer les choses.

La seconde, c’est que finalement, dans tout bon apprentissage, celui qui est censé enseigner apprend autant que celui qui est censé recevoir l’enseignement. Ce sont les lecteurs de L’Essentiel qui, au final, en me forçant à faire un peu de rangement dans ma tête, m’ont énormément appris. Car pour simplifier un sujet, il faut plonger dedans bien plus profondément qu’on ne croit. Alors pour tout cela, et pour la rencontre aussi avec une formidable équipe, merci lecteur, du fond du cœur !

Merci lecteur, du fond du cœur

Il y a 4356 caractères et 750 mots dans ce texte

Ce qu’en dit Pierre-Henri Thomas

Au début, je n’étais pas très fier. Va-t’en expliquer, toi, l’actualité économique en
3 500 signes ! Les économistes eux-mêmes ont du mal à retrouver leurs veaux dans ces champs tout en courbes statistiques et pentes indiciaires. Un exemple de la complexité du maquis ? En 2013, le comité du prix Nobel d’économie (ce n’est pas un vrai Nobel, le milliardaire norvégien inventeur de la dynamite n’avait que du mépris pour les économistes, mais on ne va pas entrer dans les détails) avait consacré trois auteurs dont deux, Eugene Fama, et Robert Shiller, avaient des vues diamétralement opposées.

L’un, Fama, était un fervent défenseur de l’efficience des marchés financiers, lieux paisibles dans lesquels des êtres rationnels et posés échangeaient des biens et des services sous l’œil protecteur de l’immuable loi de l’offre et de la demande. L’autre, Shiller, montrait que les marchés, étant peuplés d’opérateurs hystériques et émotifs, allaient dans tous les sens et étaient soumis à des mouvements erratiques et irrationnels.

Bref, qu’ils faisaient n’importe quoi. On sent bien que Shiller a raison quand on voit les soubresauts de la bourse et des marchés financiers. Mais on sent bien aussi que, hormis la période des soldes dans certains magasins, on ne se bat pas chez Colruyt (ou Delhaize ou Carrefour, ou Lidl, ou Cora, ....) quand on va faire ses courses pour acheter un paquet de biscottes.

On est inconsciemment d’accord sur le prix, le produit, le moyen de payer...
Pour le profane, l’économie est donc un pays aussi mystérieux qu’ennuyeux, peuplé d’hommes bizarres (oui des hommes : seules deux femmes ont été couronnées par le Nobel d’économie depuis sa création en 1969), rarement guidés par un romantisme échevelé. Quelqu’un comme l’Américain Gary Becker, qui a passé son temps à étudier le « capital humain », estimait par exemple que le mariage c’était comme créer une entreprise. Si deux partenaires décident de se marier et vivre ensemble, c’est pour éviter les « coûts de transaction » (sic) tels que, par exemple, perdre chaque jour une demi-heure dans les bouchons pour aller voir son ou sa partenaire dans son appartement. Ah, l’amour selon Gary Becker (prix Nobel d’économie, lui aussi, tiens)!

Et puis il y a ce langage. Les économistes s’affrontent en se lançant à la tête les concepts les plus incompréhensibles au commun des mortels : « coûts marginal zéro », « ancrage
des anticipations d’inflation », « maximisation de l’utilité »
(mais personne n’a encore réussi
à définir vraiment ce qu’est l’utilité pour les gens) .... et celui que je préfère :
« modèle d’équilibre général stochastique ». Tout cela pour décrire en gros comment les entreprises, vous, moi, essayons de faire au mieux avec ce que nous avons...

Allez expliquer tout ça dans un vocabulaire de quelques centaines de mots et des phrases contenant le moins d’adverbes possible et normalement pas de phrases subordonnées ! « Tu te bornes à la séquence sujet – verbe - complément » m’avait dit Lydia (oui, je sais Lydia, dans ce texte-ci, il y a bien trop de subordonnées, d’adverbes, de mots et de phrases compliquées).

Non je n’étais pas fier. Et puis, attends : pas question de se réfugier dans des théories fumeuses. Il fallait parler de la vraie vie, celle des gens. Pourquoi je paie l’essence plus cher, est-ce que l’euro change ma vie, etc...

J’en ai sué, des gouttes. Et j’ai retiré deux grandes leçons de l’aventure. La première, c’est que, quel que soit le sujet dont nous parlions, nous n’avons le plus souvent pas besoin de prendre des mots compliqués pour expliquer les choses.

La seconde, c’est que finalement, dans tout bon apprentissage, celui qui est censé enseigner apprend autant que celui qui est censé recevoir l’enseignement. Ce sont les lecteurs de L’Essentiel qui, au final, en me forçant à faire un peu de rangement dans ma tête, m’ont énormément appris. Car pour simplifier un sujet, il faut plonger dedans bien plus profondément qu’on ne croit. Alors pour tout cela, et pour la rencontre aussi avec une formidable équipe, merci lecteur, du fond du cœur !

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