Compañero Salvador Allende, presente !

Josy Dubié, Sénateur Honoraire

 Cahiers  2013 dans le rétro
Le 11 novembre 2013 |  Lydia Magnoni |  1 messages

11 septembre !
Cette date, pour une majorité de gens aujourd’hui évoque, avant tout, les spectaculaires attentats qui, en 2001, aux Etats Unis, ont détruit les tours du World Trade Center. Mais il existe un autre 11 septembre qui, malheureusement, s’enfonce doucement dans l’oubli. C’est celui du sanglant coup d’Etat militaire qui mit fin, le 11 septembre 1973, au Chili, au gouvernement d’Unité populaire dirigé par le président Salvador Allende, qui y trouva la mort en héros.


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J’ai personnellement vécu les derniers jours de cette expérience unique. Journaliste, correspondant de guerre, j’ai, avec mon équipe, tenté d’illustrer pour la RTBF, l’immense espoir suscité au Chili, mais aussi ailleurs dans le monde, par cette tentative de changement radical, en profondeur, d’une société, par la voie des urnes, et en respectant scrupuleusement les Droits de l’Homme. J’ai eu la chance et l’honneur de rencontrer longuement, quelques jours avant sa mort tragique, le président Allende, qui, dans une longue interview, nous a expliqué quels étaient les buts de l’expérience politique qu’il dirigeait.

A cette époque la tension était immense dans le pays où attentats, et grèves patronales, en particulier celle des « gremios » les petits patrons camionneurs, tentaient de paralyser le Chili et de saboter l’expérience en cours. Il s’agissait en effet, bel et bien de sabotage organisé, et payé par les services secrets américains, comme l’a confirmé, officiellement, quelques années plus tard une commission d’enquête du sénat US. Dès avant même l’intronisation officielle comme président de Salvador Allende, arrivé démocratiquement en tête lors du scrutin présidentiel, une tentative de coup d’état, appuyée par la CIA a eu lieu. La tentative de soulèvement militaire coûta la vie au général Schneider, commandant en chef de l’armée chilienne, resté fidèle à la constitution de son pays.

La longue grève des camionneurs, dont j’ai filmé les milliers de camions sabotés par leur propriétaires autour de Valparaiso, a, effectivement, eu des conséquences dramatiques pour l ‘économie chilienne, entrainant de nombreuses pénuries ou restrictions, notamment alimentaires. Relayé par les « concerts de casseroles » des bourgeoises des beaux quartiers de Santiago, le but était de mécontenter le peuple et le pousser à se détourner de l’Unité Populaire. Cependant, en dépit de ces difficultés fabriquées, mais réelles, un sondage a montré que les partis regroupés dans l’expérience d’Unité Populaire gagneraient les élections qui se profilaient. S’en était trop pour les possédants et leur sponsor US. A peine quelques jours après une gigantesque manifestation de soutien de plus d’un million de citoyens chiliens au régime, que j’ai filmée à Santiago, l’armée a écrasé dans le sang cette expérience unique, dont, comme me l’a expliqué Salvador Allende, les accomplissements dans les domaines de l’éducation, de la redistribution des terres, du logement pour les plus pauvres, de la nationalisation des principales richesses nationales, (dont le cuivre), l’augmentation du pouvoir d’achat des catégories défavorisées, la maitrise du commerce extérieur etc … étaient remarquables et uniques en Amérique latine.

Les premières victimes de ce sanglant coup d’état militaire furent les soldats et officiers restés fidèles à leur serment constitutionnel. Des milliers d’autres, ouvriers, syndicalistes, démocrates, battus, torturés, massacrés, allaient bientôt remplir les fosses communes de la dictature   de Pinochet et de sa clique, soutenus sans vergogne par tout ce que le monde comprenait alors de réactionnaires, les EU en tête. Les « Chicago boys » ont pu alors déployer, comme dans un laboratoire, sans syndicats, sans opposition, leur modèle économique, « l’ultra libéralisme » qui, comme partout, a enrichi une petite minorité et réduit l’immense majorité du peuple à la misère.
Aujourd’hui Pinochet, le traitre, le félon, qui s’est aussi révélé être un voleur et un escroc, est mort. Son cadavre a rejoint les poubelles de l’histoire, où il pue encore.

Salvador Allende est lui, aujourd’hui, plus grand mort que vivant.
Son expérience, son courage, son exemple, sa fidélité envers les plus faibles et les plus démunis, irriguent les millions de latinos qui se lèvent et combattent pour leurs droits au Venezuela, en Equateur, au Brésil, en Bolivie, partout dans ce sous-continent qui représente aujourd’hui un espoir pour le reste du monde. A quelques jours du 40ème anniversaire de sa mort il est indispensable de se rappeler et de poursuivre son combat et celui de tous les « compañeros » qui l’ont soutenu pour que demain nous vivions, enfin, dans un monde plus juste, plus solidaire et plus fraternel.

Publié dans le Drapeau Rouge d’octobre 2013


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Vos commentaires

  • Salvatore

    Le 6 mars 2014 à 22:50

    Un monde plus juste plus solidaire et plus fraternel ? On en est encore loin, mais c’est vrai, il faut garder cela comme but à atteindre. Un peu comme l’inaccessible étoile que chantait Brel.
    Il a fallu et il faudra encore pas mal de héros et de martyres comme Allendé pour que l’on approche de ce but qui semble s’éloigner de jour en jour.

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