Au printemps, de quoi rêves-tu ?


 Cahiers  Mai, mai Paris Mai
Le 15 mai 2018 | Mise en ligne : Thierry Verhoeven
Auteur : Thierry Verhoeven

En 1969, Jean Ferrat chante "Au printemps, de quoi rêvais-tu ?", une très belle chanson sur Mai 68. Une chanson qui dit la joie, la liberté, l’espoir de Mai 68. Elle dit aussi que Mai 68 s’est terminé trop tôt. Elle dit les difficultés d’agir ensemble pour changer la société, pour changer ce vieux monde "clos comme une orange". Mais elle dit aussi l’espérance "d’un printemps ininterrompu". Quelques explications.


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Au printemps de quoi rêvais-tu ?
Vieux monde clos comme une orange,
Faites que quelque chose change,
Et l’on croisait des inconnus
Riant aux anges
Au printemps de quoi rêvais-tu ?

En Mai 68 (« Au printemps… »), la société était fermée, il n’y avait pas de libertés (« Vieux monde clos comme une orange, »). Un souhait que ça change (« Faites que quelque chose change, »), souhait symbolisé par des nouveaux venus, nouveaux « acteurs sociaux » qui sont plein d’enthousiasme et de rêverie, une jeunesse (« Et l’on croisait des inconnus Riant aux anges »).

Au printemps de quoi riais-tu ?
Jeune homme bleu de l’innocence,
Tout a couleur de l’espérance,
Que l’on se batte dans la rue
Ou qu’on y danse,
Au printemps de quoi riais-tu ?

En Mai 68, il y avait de la gaité (« Au printemps de quoi riais-tu ? »). Beaucoup de jeunes manifestaient pour la première fois (« Jeune homme bleu de l’innocence, »). Il y a donc de l’enthousiasme et de l’espoir (« Tout a couleur de l’espérance, »). La rue, c’est parfois violent (« Que l’on se batte dans la rue »), c’est parfois la fête (« Ou qu’on y danse, »). L’important, c’est cette occupation de la rue, c’est cela qui est gai (« Au printemps de quoi riais-tu ? »).

Au printemps de quoi rêvais-tu ?
Poing levé des vieilles batailles,
Et qui sait pour quelles semailles,
Quand la grève épousant la rue
Bat la muraille
Au printemps de quoi rêvais-tu ?

Mai 68, c’est un mouvement de la jeunesse, un mouvement étudiant et aussi un mouvement ouvrier. Un mouvement ouvrier plus ancien qui a déjà lutté avant pour gagner des droits. (« Poing levé des vieilles batailles »). Cette union de la jeunesse, des étudiants et des travailleurs a-t-elle un avenir ? Cela va-t-il créer quelque chose de nouveau, qui germera demain ? (« Et qui sait pour quelles semailles, »).

Le moyen traditionnel de protestation des ouvriers, c’est la grève. En Mai 68, le mouvement ouvrier, symbolisé par la grève, rejoint la nouveauté du mouvement de Mai, symbolisé par la rue (« Quand la grève épousant la rue »). Cette union de la grève et de la rue fait que l’on ne sait pas dans quelle direction cela va aller (« Bat la muraille », en argot parisien, l’expression « battre la muraille », c’est être soul au point de se cogner contre les murs). Cette union est belle mais c’est un rêve aussi, est-ce réaliste ? (« Au printemps de quoi rêvais-tu ? »).

Au printemps de quoi doutais-tu ?
Mon amour que rien ne rassure
Il est victoire qui ne dure,
Que le temps d’un Ave, pas plus
Ou d’un parjure,
Au printemps de quoi doutais-tu ?

Une allusion au romantisme de Mai 68 qui participe au doute sur les effets du mouvement de Mai 68 (« Au printemps de quoi doutais-tu ? Mon amour que rien ne rassure »). On peut avoir l’illusion d’avoir gagné, mais cela ne dure pas, pas plus le temps qu’une prière (« Il est victoire qui ne dure, que le temps d’un Ave, pas plus ou d’un parjure, »). L’Ave, c’est la prière catholique Ave Maria, « Je vous salue Marie », une prière très courte.
Pire que le temps d’une prière, le temps d’un parjure. C’est une allusion au fait que toutes les organisations et tous les manifestants n’étaient pas toujours d’accord sur ce qu’il fallait faire. Par exemple, arrêter ou continuer la grève. Les syndicats ont eu les accords de Grenelle accords de Grenelle Accords entre le gouvernement, les patrons et les syndicats pour augmenter le salaire et les droits des travailleurs, accords obtenus dans un ministère, rue de Grenelle à Paris, le 26 mai 1968. et gagné par mal de choses pour les ouvriers avec ces accords. Ils ont donc demandé aux ouvriers d’arrêter la grève.

Au printemps de quoi rêves-tu ?
D’une autre fin à la romance,
Au bout du temps qui se balance,
Un chant à peine interrompu
D’autres s’élancent,
Au printemps de quoi rêves-tu ?
D’un printemps ininterrompu

On est au présent (« Au printemps de quoi rêves-tu ? »). Il y a toujours le romantisme et une déception (« D’une autre fin à la romance »), mais ce n’est pas fini (« Au bout du temps qui se balance, »). C’est la fin d’un Mai 68 (« Un chant à peine interrompu ») , mais déjà d’autres mouvements peuvent naitre et même naissent (« D’autres s’élancent, ») pour pour un nouveau mouvement qui sera aussi incertain que Mai 68, mais continue à faire rêver, à donner l’espoir (« D’un printemps ininterrompu »). Mai 68 n’ a pas donné ce qu’on espérait, mais il donne encore l’espoir (au présent) pour un avenir, un futur meilleur.


Auteur : Thierry Verhoeven
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