jeudi 2 mai 2024

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L’école et les inégalités sociales

Dans nos sociétés, l’école éduque tous les individus. En principe, cette éducation aide chacune et chacun à choisir librement sa vie, son métier, à avoir des opinions, etc. L’école doit permettre de favoriser l’égalité sociale. Malheureusement, dans la pratique, l’école ne fonctionne pas comme ça. Le sociologue Pierre Bourdieu l’a montré.


Photo: Flémal

Dès les années 1960, le système scolaire est de plus en plus critiqué. Deux livres de Pierre Bourdieu font grand bruit : Les Héritiers en 1964 et La Reproduction en 1970. Pierre Bourdieu a montré que l’école ne diminue pas les inégalités sociales. Au contraire, l’école les reproduit.
Pierre Bourdieu était un sociologue français, il est né en 1930 et est mort en 2002. Comme tous les sociologues, il a beaucoup analysé la société. Il a montré que la société créait des rapports de pouvoirs entre les différentes catégories de personnes. Il y a des groupes sociaux qui dominent et d’autres qui sont dominés. Il a aussi montré que cela se reproduit d’une génération à l’autre.

Il a montré que les enfants de dirigeants deviennent le plus souvent eux aussi dirigeants, que les enfants des médecins devenaient eux aussi souvent médecins ou savants, et que les enfants d’ouvriers devenaient presque toujours des ouvriers. De plus, il a expliqué que tout le monde trouve cela normal. On pense généralement que c’est parce qu’on a hérité des dons de ses parents, que c’est naturel.

L’école et les inégalités

Pour Pierre Bourdieu, c’est un peu trop facile de dire que la reproduction sociale est naturelle. Cela permet de justifier le pouvoir et la position de certains individus sur d’autres. Pour Bourdieu, l’école joue un grand rôle dans ce système. Selon Bourdieu, l’école oriente les enfants vers des métiers proches de ceux de leurs parents. L’école encourage, par exemple, les fils de maçon à exercer une profession dans le bâtiment, les fils d’avocat à aller vers un métier du même niveau social, les enfants d’enseignants à devenir des enseignants.

Et aujourd’hui encore, les chiffres sur l’échec et l’orientation scolaires montrent qu’il se passe bien quelque chose qui ressemble à ce que Pierre Bourdieu a analysé.

Ecole, famille et échec

En Belgique, plus de la moitié des élèves du secondaire ont doublé au moins une fois. C’est dans le technique et le professionnel qu’il y a le plus d’échecs. 80 % des élèves de 5ème professionnelle ont déjà doublé au moins une fois. Alors qu’il y a «seulement» 30% de doubleurs dans le général.

Cet échec scolaire est fortement lié à l’origine sociale des élèves. L’école se représente les familles d’une certaine façon. Elle oriente les enfants selon ces représentations. L’école dirige souvent les élèves vers des filières d’enseignement qui ressemblent aux métiers de leurs parents sans vraiment prendre le temps de chercher ce que chaque élève a vraiment en lui.

Comment l’école s’y prend-t-elle pour faire cela ? Tout d’abord par le contenu de ce qu’elle enseigne. L’école enseigne des savoirs qui sont ceux des classes dominantes. Ensuite, par les compétences et les comportements nécessaires pour être de bons élèves. L’école attend des élèves des comportements, des compétences : rester assis toute une journée, être capable de demander et de prendre la parole selon certaines règles précises, faire des synthèses, mémoriser, trouver des informations, chercher de l’aide. Mais elle ne prend pas toujours la peine d’enseigner cela aux enfants.

Elle compte pour cela sur les familles. Or, toutes les familles sont différentes. Certaines connaissent bien le mode de fonctionnement de l’école.

Elles peuvent dès le plus jeune âge, en apprendre les règles du jeu à leurs enfants. Mais d’autres ont des connaissances, des manières d’être qui ne sont pas appréciées à l’école. Elles apprennent beaucoup de choses à leurs enfants mais pas toujours ce qui est nécessaire pour être un élève qui réussit.

Une chance pour toutes les familles

Les missions de l’école d’aujourd’hui sont très claires. Il faut former des adultes épanouis, former des travailleurs capables de se former toute sa vie, former des citoyens actifs. Il faut aussi veiller à aider plus ceux qui ont le moins de chances au départ. Mais il faut l’école comprenne que toutes les familles sont différentes. Cela ne sert à rien de vouloir les changer. C’est à l’école de s’adapter.

Il est donc important que l’école voie les différences comme une richesse et pas comme un frein à son travail. L’école doit aussi accepter d’apprendre aux enfants tout ce qui est indispensable pour réussir et sans attendre que les familles le fassent.

Marie-Luce Scieur

En Communauté française de Belgique, un adolescent de 15 ans doit normalement être en troisième de l’enseignement secondaire. S’il est encore en 1re ou 2e dans l’enseignement secondaire, c’est qu’il a redoublé. Si l’on observe les graphiques, on remarque que les adolescents des familles les plus favorisées sont très nombreux dans l’enseignement général. Bien peu d’entre eux sont en retard de scolarité. On remarque au contraire que les adolescents des familles les moins favorisées sont très nombreux dans l’enseignement professionnel. Et que beaucoup d’entre eux ont redoublé.

5 réponses

  1. Après la lecture de votre article, je voudrais vous en féliciter pour son côté accessible . Je suis professeur de sciences économiques et de sciences sociales en rhétorique et j’ai plusieurs années consécutives abordé l’oeuvre de Bourdieu. Je voudrais ces vacances réaliser une brochure qui contribuerait à vulgariser son oeuvre, essentielle mais difficile d’accès, en m’appuyant sur des extraits de son oeuvre, en l’actualisant avec des articles de presse récents que ses idées aideraient à décrypter, avec des photos (un peu comme il le fait dans la distinction ou dans certains numéros des ARSS). A tout hasard, je vous laisse mon adresse :polguillaume@hotmail.com

  2. Moi aussi je ne puis que féliciter les auteurs de ces lignes pour la clarté des propos émis. En ce qui concerne le fond, il semble évident, donc, que le milieu social ait une grande influence sur l’orientation des élèves. Cela ne m’étonne pas: le rôle des parents et de la famille est primordial dans la transmission non seulement des connaissances mais aussi des moeurs, des croyances, etc.
    Une chose cependant m’effraie: tous semblent d’accord que l’école doive niveler ces différences. Ne faudrait-il pas plutôt s’adapter à la réalité plutôt que toujours vouloir la nier ou la contrer? Doit-on empêcher le chêne de pousser sous prétexte que le persil est, lui aussi, un végétal?
    Je crois tout simplement que cette idéologie égalitariste est un leurre qui fait plus de victimes que de bénéficiaires. On s’étonne de ne plus avoir de Mozart ni de Pic de la Mirandole. Mais en veut-on encore réellement?
    Entendons-nous bien: Je suis pour l’égalité des chances… mais actuellement, une idéologie désincarnée nous fera obtenir « l’égalité de la malchance pour tous », si on continue ainsi.
    Je préfère de loin celle qui veut proposer à tous l’instruction « de la classe dominante ».
    Personnellement, j’ai créé une école familiale privée où le latin parlé est imposé à tous, quel que soit le milieu social. Quel bonheur de laisser à chacun la possibilité d’atteindre un sommet, même si, comme en sport (où personne ne conteste la sévère sélection…) on sait que chacun ne l’atteindra pas nécessairement. Voilà une dignité humaine proposée et acceptée par des parents de tous milieux.

  3. c’est interessant ce que vous publiez j’ai bien apprecsier. bon courage

    je veut bien que vous aborderiez les concepts bourdieusins de faconne generale

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