mercredi 22 mai 2024

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La « sécu », une longue histoire belge

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A la fin du 18e siècle, la Révolution industrielle commence en Belgique. C’est d’abord dans les bassins de Wallonie que l’industrie se développe. La Wallonie est la 2e région en Europe qui connaît ce développement, juste après l’Angleterre. Les usines qui naissent un peu partout ont changé la manière de vivre des gens car il y a besoin de main d’oeuvre. Beaucoup de paysans deviennent ouvriers.
Au départ, ces ouvriers vivaient dans une grande pauvreté et étaient très résignés. Leurs conditions de travail étaient pourtant très dures et souvent dangereuses. Les enfants travaillaient dès leur plus jeune âge. Il n’y avait pas de règles de sécurité, pas de congés payés, pas d’aide en cas de chômage ou de maladie. Les familles se retrouvaient sans revenu quand un des leurs était malade, blessé ou mourait.

Les premiers systèmes d’entraide

Petit à petit, les ouvriers vont créer des caisses d’entraide. Le principe est que chacun donne une partie de son salaire pour une caisse commune. Ce pot commun est alors géré par les ouvriers eux-mêmes. Il sert à aider les familles en cas de maladie, accident, décès, chômage… C’est le début des caisses de secours mutuels. Mais ce système reste précaire. D’abord, parce que les caisses ne sont pas obligatoires. Et puis, beaucoup d’ouvriers ont de trop petits salaires pour pouvoir cotiser. Donc beaucoup ne pourront pas bénéficier de l’aide s’ils en ont besoin. De plus, en cas de crise, l’argent perd de sa valeur. L’argent épargné ne vaut plus rien et les ouvriers ne reçoivent pas l’aide ou les pensions prévues. Il faudra attendre 1886 pour que les choses commencent à changer.

Premières grèves

A cette époque, les usines sont devenues de plus en plus grosses. Les travailleurs sont engagés et licenciés selon les besoins. Les ouvriers ont de plus en plus peur du chômage et de la misère. Vers 1870, les usines belges commencent à avoir du mal à vendre leurs produits. Du coup, le chômage augmente. La peur du chômage fait gonfler la colère. Les ouvriers s’organisent en partis. Ils déclenchent une grande grève générale en 1886. Cette grève sera réprimée dans le sang. Mais cette grève, qui sera suivie de plusieurs autres, sera le premier pas vers la création du système social belge. A partir de cette grève, l’Etat se rend compte qu’il n’y a pas de développement économique sans une paix sociale…

Plusieurs étapes vers notre sécu

Petit à petit, l’Etat va reconnaître les caisses de secours mutuels. Les ouvriers vont mieux s’organiser. En plus des caisses de secours mutuels, ils vont créer des syndicats pour défendre leurs droits et des coopératives pour assurer leur survie alimentaire. Des partis politiques qui défendent le monde ouvrier se créent aussi : le Parti Ouvrier Belge (ancêtre du parti Socialiste) et la Démocratie Chrétienne.

Chômage et maladie

L’entraide va peu à peu toucher différents domaines de la vie des ouvriers : la vieillesse, les maladies professionnelles, les familles nombreuses, le chômage, la maladie et l’invalidité. Les ouvriers (pas les femmes) obtiennent le droit de vote en 1919. Les hommes politiques élus après cette date vont voter des lois qui renforceront la sécurité sociale. En 1925, l’assurance-vieillesse sera obligatoire pour tout le monde. Chacun y laisse une part de son salaire et retouchera plus tard en fonction de ce qu’il aura versé. En 1927, une autre loi est votée. Elle oblige à indemniser le travailleur en cas de maladie professionnelle.

Allocations pour les enfants

Les patrons créent un système d’allocations familiales. Ils distribuent l’argent aux ouvriers en fonction du nombre d’enfants qu’ils ont. Les patrons espèrent ainsi limiter les demandes d’augmentation de salaires. En 1930, l’Etat rend ce système obligatoire pour tous les travailleurs.
Au début de la sécurité sociale, l’Onem et l’INAMI n’existent pas. Ce sont les syndicats qui gèrent seuls les caisses de chômage. Et ce sont les mutuelles qui s’occupent seules des maladies et des invalidités. Et l’assurance n’est pas obligatoire. Elle ne le sera qu’en 1945.

Une vraie sécurité sociale après la guerre

En Angleterre, une commission met au point le premier système officiel de sécurité sociale en 1941. En Belgique, alors occupée par l’armée allemande, il y a des discussions clandestines. En décembre 1944, un arrêté de loi est voté : il rend obligatoire l’assurance maladie-invalidité et l’assurance chômage. A la fin de la seconde guerre mondiale, la sécurité sociale se généralise.
La sécurité sociale a pu être créée car toutes les parties ont trouvé la même solution pour défendre leurs propres intérêts. L’Etat voulait la paix sociale et la reconstruction rapide du pays. Les patrons des industries voulaient produire et vendre beaucoup. Les travailleurs voulaient avoir un niveau de vie suffisant.

Pouvoir vivre et acheter

L’économie est basée sur la production de masse et la compétition entre les industries. Cela ne peut marcher que si la population a les moyens d’acheter les biens produits. Si les gens vivent dans la misère, ils n’achètent pas et c’est mauvais pour les industries.
La solution est donc de mettre au point un système qui assure à tout le monde les moyens de vivre, même en cas de maladie, de chômage ou de vieillesse. L’Etat s’y retrouve en touchant les impôts sur le travail et les taxes sur la consommation (TVA).

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