mercredi 29 mai 2024

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Dire la pandémie

Pour désigner les réalités nouvelles, de nombreuses expressions nouvelles, de nouveaux mots sont apparus. Des mots déjà existants ont pris des sens nouveaux. Ces nouveaux mots se sont répandus très rapidement.

Edouard Trouillez, lexicographe au Petit Robert nous parle de ces nouveaux mots dans une émission de TV5 Monde

Voici la transcription de cet entretien

– Bonjour Édouard Trouillet

– Bonjour Linda

– Vous êtes lexicographe Édouard Trouillez, pour le petit Robert qui sort cette semaine ses nouveaux dictionnaires. Le fait marquant de ces nouvelles éditions pour moi, c’est l’impact qu’a eu la pandémie sur la langue française. Comment vous la décririez cette période? Comment la qualifier cette période incroyable pour notre langue?

– Tout simplement le mot que j’emploierais, c’est « exceptionnel ». On a vécu une situation mondiale exceptionnelle et de ce fait, ça s’est ressenti dans la langue. On a eu des mots qui sont apparus et qui se sont répandus très très rapidement et c’est vrai qu’une telle rapidité, pour l’arrivée de nouveaux mots c’est aussi exceptionnel.

– Alors la crise sanitaire donc a fait apparaître, vous le dites, des mots nouveaux, des expressions nouvelles, des sens nouveaux à des mots existants. On pense à Covid, gestes barrière, déconfinement. Vous en tant que lexicographe, quel est le mot, le sens ou l’expression qui vous a le plus marqué?

– Alors parmi les mots qui concernent effectivement la pandémie, je pense que le mot le plus intéressant pour un lexicographe, c’est le mot Covid parce qu’il y a eu beaucoup de débats autour de l’emploi de ce mot. Est-ce qu’il faut l’employer au masculin, au féminin? Nous, finalement on a décidé de ne pas trancher: On a mis les deux genres dans l’article du petit Robert. Donc on peut l’employer au masculin ou au féminin. Tout simplement parce que nous, on cherche à rendre compte de l’usage. Or les Français emploient ce mot plutôt au masculin mais les Québécois l’emploient plutôt au féminin. Donc on a mis les deux tout simplement .

– Et l’Académie française qui recommande l’usage du féminin, ça ce n’est pas un argument qui est assez solide pour le le petit Robert?

– C’est pas vraiment un argument solide pour nous puisque l’Académie a un rôle plutôt normatif. Nous on a une démarche plutôt descriptive. On cherche à rendre compte de l’usage et dans les faits, il y a tellement de gens qui emploient ce mot au masculin qu’on ne pouvait pas faire comme si il ne s’employait qu’au féminin.

– Alors, il y a un autre mot qui a fait beaucoup parler de lui durant cette crise qui se poursuit. C’est pas encore fini malheureusement. C ‘est l’horrible cluster, le foyer épidémique. Là encore, le petit Robert lui a ouvert ses pages. Pourquoi, Edouard Trouillez l’avoir accueilli ce mot, alors que l’équivalent français, le terme français existe bel et bien?

– il y a plusieurs raisons mais l’une des raisons c’est le fait que ce mot était déjà employé par les spécialistes. C’est pas juste un anglicisme qui se serait répandu comme ça à cause de la pandémie qui est donc mondiale. Et souvent les phénomènes mondiaux sont marqués par des anglicismes. Là , en France, les spécialistes, les médecins utilisaient déjà ce mot. Donc ça nous a paru naturel d’ajouter ce sens pour ce mot qui était déjà dans le petit Robert. On a ajouté un sens nouveau.

– Voilà un exemple de sens nouveau qui s’est ajouté. Il y a d’autres mots qui vous ont amusé et qui vous ont frappé?

– On peut noter que réserviste a eu également un sens nouveau. Autrefois, ça s’employait uniquement pour l’armée de réserve. Et là ça désigne maintenant aussi tout le personnel médical qui n’est pas en activité mais qui reste disponible en cas de crise sanitaire.

– Alors c’est un peu comme dans le langage de guerre qu’Emmanuel Macron avait lancé dès le début de la crise: « on est en guerre » avait-il dit. et ce terme réserviste effectivement c’est un mot qui appartient au langage militaire

C’est vrai au départ ça uniquement un sens militaire, donc on a ajouté ce sens médical. On a eu beaucoup de polémiques autour de ce vocabulaire militaire d’Emmanuel Macron. Est-ce que c’était justifié ou pas? Nous, on ne se prononce pas tellement. Simplement on rencontre des faits. Or c’est vrai que ce mot réserviste dans ce sens a été très employé donc on a ajouté ce sens également.

– Comment vous le voyez le futur de ces mots qui ont marqué la crise et La Langue Française? Est-ce que ça va être durable ce phénomène ou est-ce que , allez dans 2-3 mois, un an peut-être , on va oublier tous ces mots?

– Nous on fait le pari que ces mots vont rester puisque dans le petit Robert, on ne supprime pas de mots. Donc quand on ajoute un mot, c’est pour toujours si je puis dire. Donc ces mots-là, on pense qu’ils vont rester tout simplement parce que cet événement était tellement marquant qu’il va rester dans l’histoire. Donc, même s’il n’y a plus de crise identique et que ces mots ne s’emploieront plus pour de nouvelles situations, on se souviendra de cet événement donc on se souviendra de ces mots.

– Et ces mots-là, donc de la pandémie, je le précise, ne figurent pas dans les éditions papier du dictionnaire qui sortent actuellement puisqu’ils étaient déjà l’impression au début du confinement.

– Voilà les dictionnaires étaient déjà en cours d’impression mais puisque nous avons des versions numériques, on s’est dit: allons-y, autant les mettre tout de suite donc on les retrouve dans le petit Robert dans sa version numérique et également dans notre nouveau dictionnaire gratuit en ligne qui s’appelle Dico en ligne le Robert.

– Il va rester gratuit ce dictionnaire, Edouard Trouillez?

– Il va rester gratuit absolument.

– Ah super c’est une très bonne nouvelle parce que c’est un indispensable… Et donc Edouard Trouillez, lexicographe au petit Robert. Merci beaucoup pour cet entretien

– Merci

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