mercredi 22 mai 2024

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L’Arabie Saoudite à la condition de la femme : un pyromane chef des pompiers

Il y a des pays où il n’est pas facile du tout d’être une femme. L’Arabie Saoudite est un de ces pays. Là-bas, les femmes ont besoin de l’autorisation d’un tuteur masculin, mari, père, frère…, pour sortir, travailler, se marier, divorcer, voyager ou même se faire examiner par un médecin. Elles n’ont pas le droit d’ouvrir de compte en banque ni de conduire. Les Saoudiennes sont obligées de porter le voile et un tissu noir recouvrant tout le corps (l’abaya).
Comme dans d’autres pays qui appliquent la charia, elles risquent des coups de fouet ou même la peine de mort par lapidation si elles trompent leur mari. Les mêmes condamnations peuvent s’appliquer aussi aux hommes, mais les hommes gagnent souvent en justice dans ces affaires-là.

En Arabie Saoudite, autant de femmes que d’hommes vont à l’école et suivent des études. Pourtant, ce sont surtout les hommes qui obtiennent un emploi. Ce n’est que depuis 2011 que les femmes ont le droit de voter et d’être élues. Lors des élections communales de 2015, 14 femmes ont été élues… sur 2000 postes à pourvoir. Pas étonnant, donc, que l’Arabie Saoudite soit classée 141e pays sur 144 au classement de l’Organisation des Nations unies (ONU) sur l’égalité des sexes.

Vote en Commission

Et pourtant… L’Arabie Saoudite vient d’être élue à la Commission de la condition de la femme de l’ONU pour une durée de 4 ans. C’est-à-dire de 2018 à 2022. Cette Commission a pour but de promouvoir les droits des femmes. « Elle reflète la réalité vécue par les femmes dans le monde entier et contribue à l’établissement des normes mondiales relatives à l’égalité des sexes et à l’autonomisation des femmes », peut-on lire sur le site internet de l’ONU. Ce sont les 54 États membres du Conseil économique et social (ECOSOC) des Nations unies qui élisent les membres de la Commission de la condition de la femme.

Le dernier vote a eu lieu en avril. On y a élu pour 4 ans les 13 membres qui remplaceront les pays actuels à la fin de leur mandat. En tout, 45 États membres composent cette Commission. Ces élections se font à bulletin secret : personne ne sait quels sont les Etats qui votent pour ou contre les États candidats.

Ce que l’on sait, c’est que l’Arabie Saoudite a obtenu 47 voix sur 54. Ce que l’on sait aussi, c’est que la Belgique a voté pour l’Arabie Saoudite à cette Commission. En effet, l’information a été révélée et a créé une polémique dans le monde politique belge. Le Premier ministre Charles Michel et le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders ont dit « regretter » le vote de la Belgique et ne pas avoir été mis au courant. Les procédures devraient changer à l’avenir, afin que le ministre des Affaires étrangères et le gouvernement soient directement concernés dans ce genre de décision.

Redorer son image ?

Ce vote pour l’Arabie Saoudite a fait grand bruit sur la scène internationale. Notamment suite à la réaction de Hiller Neuer, le directeur général de l’ONG de défense des droits de l’homme qui a déclaré : « Élire l’Arabie Saoudite à la protection des droits des femmes, c’est comme nommer un pyromane chef des pompiers. » Ceci dit, d’autres pays très conservateurs à l’égard des femmes, tels que l’Iran ou le Qatar, siègent à cette Commission de la condition de la femme. Et cela n’a pas fait autant de bruit…
Ce qu’Hiller Neuer reproche aussi au vote pour l’Arabie Saoudite, c’est le signal envoyé par les Nations unies au monde entier : « Les pétrodollars permettent de tout acheter, même un profit politique ». En effet, l’Arabie Saoudite a de larges réserves de pétrole et la plus grande capacité de production de pétrole au monde. C’est pourquoi les autres États préfèrent entretenir de bonnes relations avec l’Arabie Saoudite. Les raisons économiques l’emportent sur les droits de l’homme, et ici, de la femme.

Occasion en or ?

Certains disent cependant que cette adhésion fera peut-être avancer les droits des femmes en Arabie Saoudite. Lore Van Welden, représentante d’Amnesty International-Flandre (en Belgique), a déclaré : « Ce siège est une façon de parler aux Saoudiens des droits de la femme. C’est une occasion en or. Avec cela, on peut faire pression au niveau international pour mettre le sujet sur le tapis. »
Si seulement cela pouvait être vrai… Espérons que ce siège accordé à l’Arabie Saoudite ne soit pas seulement une manière de redorer son image. Et qu’il va permettre d’améliorer les conditions de vie et le quotidien des femmes saoudiennes.

Site internet de la Commission des Femmes de l’ONU

Une réponse

  1. L’Arabie Saoudite à la condition de la femme : un pyromane chef des pompiers
    Ce n’est pas vraiment étonnant! Quand le pays est riche, on ferme souvent les yeux sur bien des choses.
    Pauvres femmes, dont le sort se joue à cause des intérêts du commerce. C’est vraiment lamentable…

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