![]() Bientôt 40h de travail pour 36h de salaire – Photo: Belga |
Les patrons européens veulent allonger la durée
du temps de travail sans augmenter les salaires. Ils disent que la main-d’œuvre
coûte trop cher. Ils menacent de délocaliser
leurs activités vers des pays aux salariés plus conciliants. Les
négociations
sociales commenceront en septembre. L’automne s’annonce chaud…
Le 19 août, les 127 salariés des fonderies Marichal
Ketin à Sclessin, ont refusé la proposition de la direction. Celle-ci
proposait de retourner aux 40 heures/semaine. Mais quelle mouche avait piqué
les patrons de cette entreprise sidérurgique liégeoise pour prendre
une telle décision? C’est principalement la situation financière
difficile de la société.
En effet, la hausse du prix des matières premières
et de l’énergie menace la rentabilité.
Pour la période 2003-2004, Marichal Ketin enregistre 1,7 millions d’euros
de pertes. Comme elle ne peut pas diminuer le prix des matières premières
et de l’énergie, ni modifier ses prix de vente, la direction s’est
tournée vers la masse
salariale.
Son objectif? Réduire les coûts salariaux de 10%.
Mais la direction ne veut pas agir de manière directe. Elle a proposé
aux salariés de passer de 36 à 40 heures de travail par semaine
et ce sans la moindre compensation salariale! C’est une autre manière
de dire que l’on diminue les salaires. Le personnel, appuyé par
les syndicats, a refusé la proposition patronale.
La menace allemande
Les propositions de la direction de Marichal Ketin ont fait beaucoup de bruit.
Et pour cause, elles sont bien plus qu’une lubie
isolée de chefs d’entreprise en panne d’inspiration. En fait,
c’est toute la vieille Europe qui est secouée par le débat
du temps de travail. Les Allemands ont, en quelque sorte, ouvert
le feu. En mars dernier, Siemens brisait un tabou.
Cette entreprise menaçait de supprimer 2000 emplois en Allemagne et de
délocaliser ses activités en Hongrie où elle trouverait
une main d’œuvre moins chère. Pour éviter d’en
arriver là, les patrons faisaient une proposition à leurs travailleurs:
accepter de travailler 40 heures au lieu de 35 pour le même salaire.
Trois mois plus tard, les puissants syndicats allemands acceptaient l’offre
du patronat. Une brèche était donc ouverte et les patrons sont
de plus en plus nombreux à s’y engouffrer. Chez Opel Allemagne,
par exemple, le plan est le suivant: passer à 40 heures dont 35 seulement
seraient rémunérées
et geler les salaires pendant cinq ans. D’autre part, les patrons de la
filiale
allemande de General Motors, avancent des “solutions novatrices et flexibles”.
Des exemples? Accélérer les rythmes sur les chaînes de montage,
réduire les primes pour le travail de nuit, de week-end ou à l’occasion
des fêtes de Noël.
Où est l’Europe sociale?
Aux Pays-Bas, le fameux “ modèle des polders “ est en danger.
Ce modèle privilégie, depuis les années 1980, le partage
équitable
des richesses produites. Fin juillet, le ministre néerlandais de l’Economie,
Jan Brinkhorst, s’est dit favorable au retour des 40 heures pour les fonctionnairespersonnes qui travaillent pour l'Etat.
Le message n’est pas passé inaperçu. Des géants comme
Philips et la banque ABN-AMRO ont imité le ministre de l’Economie.
Ces mouvements chez nos voisins devaient forcément avoir des répercussions
en Belgique. Le cas de Marichal Ketin est un premier pas. En Belgique, la durée
hebdomadaire de travail est, depuis janvier 2003, limitée à 38
heures. Cependant, depuis plusieurs mois, les patrons sont favorables au rallongement
du temps de travail. Selon la FEB,
il s’agit de sauver la compétitivité des entreprises. Les
droits sociaux sont donc, à nouveau, menacés. L’Europe du
capitalensemble des moyens financiers des entreprises marche à grands pas. Celle du social peut bien attendre…
Olivier Brouet