mercredi 19 juin 2024

L’ESSENTIEL L’information simple comme bonjour

Drôle d’assassin à Torgny

Rencontre avec Jean-Claude Servais, auteur de bandes dessinées. Dans «L’assassin
qui parle aux oiseaux», il raconte le retour d’un présumé criminel à Torgny,
son village natal. La haine et la méchanceté y attendent le héros
de pied ferme.

-L’Essentiel: Votre description des habitants de Torgny n’est pas
très
positive: ils n’aiment pas les étrangers et n ‘hésitent
pas à en venir aux mains.

– Pourtant, les habitants de Torgny sont particulièrement flattés
que j’aie pris leur village comme décor pour mon histoire. Ils
savent bien qu’il ne s’agit pas d’eux. L’histoire commence
par un flash-back où l’on voit une petite famille flamande s’installer
dans le village. Aujourd’hui, une bonne partie du village appartient à des
Néerlandais qui ont été bien intégrés. Le
climat décrit ne correspond pas du tout à la situation actuelle.
Peut-être était-ce celui d’une époque révolue.

– Vous pointez du doigt, et vous l’avez déjà fait dans
d’autres albums, la difficulté pour une communauté d’accepter
la différence.

– Chez nous, il y a pas besoin d’être Flamand pour être étranger.
Dans ma région, il y a deux villages distants de quelques kilomètres,
Jamoigne et Paliseul. Si vous déménagez d’un village à l’autre,
vous serez toujours un étranger. C’est vrai ailleurs aussi.

– Votre héros collectionne les «défauts»: il est étranger
et en plus il sort de prison.

– Oui, c’est l’assassin qui revient sur les lieux du crime. Roitelet
est rejeté depuis le départ. Il a pourtant essayé de s’intégrer
en communiquant aux autres sa passion pour le monde des oiseaux. Il était
assez ouvert et il a dû affronter la cruauté des parents et des
enfants du village. L’espèce humaine n’est pas tendre. La
méfiance envers quelqu’un de différent, l’égoïsme,…
tout cela est démontré dans cette BD. Mon héros n’est
pas du tout agressif. Il essaye de faire les choses simplement et ne désire
pas se venger même s’il a été emprisonné à tort.
Il revient dans le village et veut se réintégrer. Il va être
complètement rejeté et même agressé lorsqu’il
va vouloir occuper la maison héritée de sa mère. Il s’enfuit
et construit une cabane en haut d’en arbre pour se réfugier, une
sorte de nid. Les oiseaux vont à partir de ce moment envahir le village
dans une ambiance digne d’Alfred Hitchcok.

– Les oiseaux occupent une place importante dans cet album. Etes-vous
un passionné d’ornithologie?

– Non, mais j’ai souvent dessiné des oiseaux dans mes histoires.
Ici, je leur donne une place plus importante grâce au livre d’André Bossus
et François Charron. Mon voisin, ornithologue amateur, m’a conseillé dans
la description des volatiles. Chaque oiseau doit être à sa place.

– Votre nouvel album est également publié en gaumais.

– C’est une idée du syndicat d’initiative de Torgny qui
avait déjà voulu adapter « La petite reine ». Un
instituteur retraité, Georges Themelin, a réalisé la traduction.
Ce bouquin a eu un très bel accueil en Gaume. En un week-end, j’ai
dédicacé 1 000 albums, la moitié en gaumais, l’autre
moitié en français. J’aurais été incapable
de traduire moi-même en patois et surtout de l’écrire.

– Tous vos albums se passent en Gaume. N’avez-vous jamais été attiré par
un univers plus urbain?

-Je le fais de temps en temps, dans Fanchon, j’ai réalisé quelques
planches sur Paris. Je m’y suis un peu forcé. Je ne pourrais pas écrire
tout un album sur la ville. Le public m’associe à la Gaume, aux
paysages authentiques, à la nature, aux grandes forêts, aux petits
villages,…

– Aux jolies filles...

-Je les invente (rires)… Il n’y en a pas tant que cela dans ma région.
J’en connais certaines…

 

Vincent Thomasson

L’assassin qui parle aux oiseaux, Jean-Claude Servais,
Editions Dupuis.
Site : www.jc-servais.com

Drôle d’assassin à Torgny

Il y a 5021 caractères et 827 mots dans ce texte

Rencontre avec Jean-Claude Servais, auteur de bandes dessinées. Dans «L’assassin
qui parle aux oiseaux», il raconte le retour d’un présumé criminel à Torgny,
son village natal. La haine et la méchanceté y attendent le héros
de pied ferme.

-L'Essentiel: Votre description des habitants de Torgny n’est pas
très
positive: ils n’aiment pas les étrangers et n ‘hésitent
pas à en venir aux mains.

- Pourtant, les habitants de Torgny sont particulièrement flattés
que j’aie pris leur village comme décor pour mon histoire. Ils
savent bien qu’il ne s’agit pas d’eux. L’histoire commence
par un flash-back où l’on voit une petite famille flamande s’installer
dans le village. Aujourd’hui, une bonne partie du village appartient à des
Néerlandais qui ont été bien intégrés. Le
climat décrit ne correspond pas du tout à la situation actuelle.
Peut-être était-ce celui d’une époque révolue.

- Vous pointez du doigt, et vous l’avez déjà fait dans
d’autres albums, la difficulté pour une communauté d’accepter
la différence.

- Chez nous, il y a pas besoin d’être Flamand pour être étranger.
Dans ma région, il y a deux villages distants de quelques kilomètres,
Jamoigne et Paliseul. Si vous déménagez d’un village à l’autre,
vous serez toujours un étranger. C’est vrai ailleurs aussi.

- Votre héros collectionne les «défauts»: il est étranger
et en plus il sort de prison.

- Oui, c’est l’assassin qui revient sur les lieux du crime. Roitelet
est rejeté depuis le départ. Il a pourtant essayé de s’intégrer
en communiquant aux autres sa passion pour le monde des oiseaux. Il était
assez ouvert et il a dû affronter la cruauté des parents et des
enfants du village. L’espèce humaine n’est pas tendre. La
méfiance envers quelqu’un de différent, l’égoïsme,...
tout cela est démontré dans cette BD. Mon héros n’est
pas du tout agressif. Il essaye de faire les choses simplement et ne désire
pas se venger même s’il a été emprisonné à tort.
Il revient dans le village et veut se réintégrer. Il va être
complètement rejeté et même agressé lorsqu’il
va vouloir occuper la maison héritée de sa mère. Il s’enfuit
et construit une cabane en haut d’en arbre pour se réfugier, une
sorte de nid. Les oiseaux vont à partir de ce moment envahir le village
dans une ambiance digne d’Alfred Hitchcok.

- Les oiseaux occupent une place importante dans cet album. Etes-vous
un passionné d’ornithologie?

- Non, mais j’ai souvent dessiné des oiseaux dans mes histoires.
Ici, je leur donne une place plus importante grâce au livre d’André Bossus
et François Charron. Mon voisin, ornithologue amateur, m’a conseillé dans
la description des volatiles. Chaque oiseau doit être à sa place.

- Votre nouvel album est également publié en gaumais.

- C’est une idée du syndicat d’initiative de Torgny qui
avait déjà voulu adapter « La petite reine ». Un
instituteur retraité, Georges Themelin, a réalisé la traduction.
Ce bouquin a eu un très bel accueil en Gaume. En un week-end, j’ai
dédicacé 1 000 albums, la moitié en gaumais, l’autre
moitié en français. J’aurais été incapable
de traduire moi-même en patois et surtout de l’écrire.

- Tous vos albums se passent en Gaume. N’avez-vous jamais été attiré par
un univers plus urbain?

-Je le fais de temps en temps, dans Fanchon, j’ai réalisé quelques
planches sur Paris. Je m’y suis un peu forcé. Je ne pourrais pas écrire
tout un album sur la ville. Le public m’associe à la Gaume, aux
paysages authentiques, à la nature, aux grandes forêts, aux petits
villages,...

- Aux jolies filles...

-Je les invente (rires)... Il n’y en a pas tant que cela dans ma région.
J’en connais certaines...

 

Vincent Thomasson

L’assassin qui parle aux oiseaux, Jean-Claude Servais,
Editions Dupuis.
Site : www.jc-servais.com

Une réponse

  1. Gaumais « exilé » à Bruxelles …
    Merci MONSIEUR Servais pour le plaisir que je ressens à lire chacun de vos livres .
    Les murs de mon bureau sont d’ailleurs décorés parla belle Violette …

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