![]() Photo: Belga |
Le 1er septembre, le jour de la rentrée des classes,
des terroristes ont pris en otage plus de 1 100 personnes dans une école
de Beslan en Ossétie du nord dans le Caucase russe. Cette affaire s’est
terminée par un assaut et un carnage. Des centaines de morts, une situation
confuse, des incertitudes sur l’origine des preneurs d’otages et
leurs revendications. Et des questions à poser au pouvoir en Russie.
Située à l’ouest de la Tchétchénie,
l’Ossétie du nord fait partie du territoire très escarpé
du Caucase. Cette région au sud de la fédération de Russie
est une véritable poudrière depuis des années. Elle est
composée d’une dizaine de petites républiques qui n’ont
rien de réellement homogènes.
En effet, elles comprennent une multitude de peuples et de dialectes différents.
Sans entrer dans les détails, on peut diviser les habitants en trois
grands groupes: les Caucasiens (Abkhazes, Géorgiens, Tchétchènes…),
les Turcs (Balkars, Karatchaïs, Koumyks…) et les Indo-Européens
(Arméniens, Kurdes, Ossètes…). Une chose réunit néanmoins
ces peuples, c’est la religion musulmane. La plupart des habitants du
Caucase sont des musulmans sunnitesqui respectent l'enseignement, les dires, les faits et les gestes (vrais et/ou supposés) du prophète Mahomet. Il y a aussi un plus petit nombre de chrétiens
parmi ces populations.
Ecœurement et révolte
![]() Quelle responsabilité le pouvoir russe porte-t-il dans le carnage de Beslan? |
La prise d’otages de Beslan a duré deux jours. Le 3 septembre,
les forces d’intervention russes ont donné l’assaut. Avec
la même brutalité que lors de la prise d’otages du théâtre
de Moscou en 2002. Sans faire dans le détail. Aujourd’hui, beaucoup
de questions restent posées. Qui étaient les preneurs d’otages?
Combien étaient-ils ? Les témoignages divergent. Les prises de
position officielles se contredisent. Selon un responsable du ministère
de l’Intérieur ossète, “le commando comprenait des
Kazakhs, des Ingouches, des Tchétchènes, des Arabes, des Slaves,
toute l’internationale du terrorisme y était représentée.“
Certains disent ne pas avoir vu le moindre Arabe parmi les preneurs d’otages.
Le procureur adjoint de Russie expliquait sur une chaîne de télévision
russe que dix des preneurs d’otages étaient d’origine arabe.
Selon le Ministre ossète de l’intérieur “ils parlaient
très bien russe“.
Vladimir Poutine, lui, a repris à son compte le discours du président
américain Bush. Il a parlé de “terrorisme international”.
Il a déclaré officiellement la Russie en “état de
guerre” vis-à-vis de celui-ci. Vladimir Poutine s’est bien
gardé de rapprocher la prise d’otages avec la guerre en Tchétchénie.
Il n’a aucune envie d’obtenir le moindre accord de paix avec cette
région. Poutine a été élu pour succéder à
Boris Eltsine, puis réélu précisément parce qu’il
employait la force en Tchétchénie. Poutine est un ancien colonel
du KGB. Il a su cadenasser son pouvoir.
Black out médiatique
Nous avons vu les terribles images de ce drame à la télévision
et dans les journaux, mais que savons-nous réellement des circonstances
de la plus meurtrière prise d’otages de l’histoire ? Peu
ou pas encore grand chose. Cette affaire est un sommet de désinformation.
Ainsi, le patron du FSB d’Ossétie du nord, chargé de “l’information“,
a osé déclaré à la presse, après l’assaut
contre l’école : “L’opération de libération
des otages s’est achevée avec succès. Le nombre des victimes
aurait pu être considérablement plus élevé… Les
autorités russes ont aussi menti sur le nombre d’otages: elles
parlaient de 300, alors qu’ils étaient plus de mille détenus
par les terroristes.
La presse russe est muselée par le pouvoir de Poutine. Les journalistes
indépendants sont régulièrement appréhendés
par le FSB,
menacés ou mis hors d’état de “nuire”.
Deux journalistes, spécialistes du conflit en Tchétchénie
ont été empêchés de se rendre à Beslan pour
faire leur métier. L’un a été attaqué par
deux individus dans un aéroport de Moscou et a été finalement
condamné à cinq jours de prison pour fait de “hooliganisme”.
L’autre, Anna Politovkaïa a été victime d’un
violent malaise après avoir bu du thé, dans l’avion qui
l’emmenait vers Beslan. Après avoir été hospitalisée,
elle a été rapatriée vers Moscou. Quand on sait que le
rédacteur en chef de cette journaliste est mort en juillet 2003 d’un
empoisonnement, il y a de quoi se poser des questions. Ces journalistes payent
très cher d’écrire l’engrenage de la violence, le
cynisme et la haine du pouvoir. Mais tout se paye un jour ou l’autre !
Nicolas Simon
