L’assassinat de Rafic Hariri, milliardaire et homme politique libanais,
va-t-il amener la démocratie au Liban? Certains le pensent. Suite aux
manifestations dans le pays et aux pressions internationales, la Syrie annonce
que ses troupes se retireront bientôt du Liban. Pour d’autres, il
s’agit d’une nouvelle étape de la démocratisation « à l’américaine ».
Dangereuse pour la Syrie, pour le Liban, pour l’équilibre du
Proche et du Moyen-Orient.
![]() Des partisans de Hariri manifestent – Photo: Belga |
Quatorze février 2005. Rafic Hariri, milliardaire en dollars et important
homme politique libanais, est assassiné à Beyrouth. L’attentat
a fait 18 morts. Tout le monde accuse la Syrie. Hariri a été Premier
ministre du pays pendant 10 ans. Il a démissionné en octobre
2004 et s’opposait à la présence syrienne au Liban. Suite à son
assassinat, la population manifeste contre le gouvernement favorable aux Syriens.
La France et les Etats-Unis réclament le retrait des troupes syriennes
du Liban. Le gouvernement libanais pro-syrien démissionne à la
demande de l’opposition. Le président syrien annonce le retrait
prochain de son armée. Est-ce le retour de la démocratie au Liban
? Ce n’est pas évident. Dans le pays et la région, la paix
n’est jamais vraiment gagnée.
Une paix fragile
Au Liban d’abord. La paix est officielle depuis 1990 mais elle est fragile.
En 1975, une guerre civile commençait. Elle a déchiré le
pays et fait plus de 300 000 morts. Cette guerre a opposé les Chrétiens
maronites, les musulmans divisés entre chiites et sunnitesqui respectent l'enseignement, les dires, les faits et les gestes (vrais et/ou supposés) du prophète Mahomet, les Druzes,
les Palestiniens chassés de Jordanie après avoir été expulsés
d’Israël. Israël qui, pendant la guerre civile, est intervenue
plusieurs fois militairement au Liban, a bombardé Beyrouth et laissé les
milices chrétiennes massacrer les Palestiniens des camps de Sabra et
Chatila.
Ensuite, la paix n’est pas gagnée dans la région. Le Liban
est entouré de la Syrie et d’Israël au sud. Pendant la guerre
civile, les Chrétiens ont fait appel à la Syrie pour éviter
d’être débordés parce que l’on appelait alors
les forces palestiniennes et progressistes. En 1990, la paix est revenue. La
Syrie doit retirer son armée du Liban. En 2005, il reste encore 14 000
des 50 000 soldats syriens présents en 1990. Les services secrets syriens
sont très présents. Un retrait de l’armée syrienne
pose donc beaucoup de problèmes.
Jeu dangereux
Dans le pays, les Chiites sont majoritaires et sont plutôt favorables
aux Syriens. En plus, on estime qu’environ 250 000 Palestiniens vivent
au Liban et plus de 500 000 civils syriens y travaillent. Dans la région,
Israël occupe toujours une partie du territoire syrien. Le retrait syrien
du Liban ne doit donc pas être vécu comme une humiliation par
la Syrie.
Le Liban est né, en 1943, d’un accord entre puissances occidentales
et monde arabe. Chacun promettait de laisser le Liban vivre son indépendance.
Cela n’a jamais été vraiment le cas. Le pays a souvent été sous
l’influence des uns puis des autres, soumis aux interventions militaires étrangères.
Si les autorités syriennes ont assassiné Rafic Hariri, elles
ont joué la «politique du pire». Au moins… pour la Syrie.
Et on peut se demander alors quel est son intérêt? Ce qui certain,
par contre, c’est que l’appel à la démocratisation du
Liban sert la politique américaine dans la région. La partie
qui se joue dans et autour du Liban est une partie dangereuse. Il ne faudrait
pas que le retour de la démocratie soit en fait le retour des massacres.
Thierry Verhoeven