mardi 23 avril 2024

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Le balai libéré

En 1975, les nettoyeuses de l’Université Catholique de Louvain (UCL) se sont battues pour de meilleures conditions de travail et un meilleur salaire. Elles ont même viré leur patron. Elles ont créé leur société coopérative.  Comment cela a-t-il pu être possible ?

Dans les années 1970, on les appelait des nettoyeuses ou des femmes de ménage. Aujourd’hui, on les appelle des est techniciennes de surface. En 1975, elles sont une cinquantaine à travailler dans la société « ANNICK ». C’est une société de nettoyage en contrat avec l’Université catholique de Louvain pour nettoyer les locaux de l’université. Les femmes travaillent dans des conditions difficiles pour des très petits salaires.

En 1975 donc, l’UCL décide de faire des économies sur les coûts de nettoyage. La société va alors envoyer moins de travailleuses à l’UCL. On envoie les autres travailleuses sur un autre chantier,  à une heure de trajet de chez elles. Elles ont des familles, des enfants, ce n’est pas possible pour toutes de passer 2 heures par jour sur les routes. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

Elles se mettent en grève. Au début, c’est juste pour protester contre cette décision de les envoyer loin de chez elles. Elles se réunissent, elles discutent de leurs revendications en réunion syndicale. Le syndicat et les ouvrières demandent des rendez-vous avec la direction pour négocier. Cela se fait en temps de grève. Au bout de 2 semaines, leur patron ne réagit pas.

Alors, cette idée un peu folle va naitre… Et si elles créaient leur propre coopérative de nettoyage autogérée ? Ce serait une société où chacune serait à la fois patronne ET travailleuse. Dans les années 1970, il y avait pas mal de luttes sociales et il y avait aussi pas mal d’expériences de coopératives. C’était un peu dans l’air du temps, mais tout de même ! Ces nettoyeuses ne sont pas du tout formées à ça. Elles ne connaissent rien en gestion d’entreprise, en comptabilité, etc. Par contre, elles connaissent bien leur boulot et l’organisation de leur boulot.

Pour créer la coopérative, les travailleuses rencontre beaucoup de difficultés. Cela les rend encore plus solidaires. Le syndicat CSC les aide pour tout ce qui est législatif et administratif. Ce projet fou devient une réalité ! Elles adressent une lettre de licenciement à leur patron. C’est symbolique, bien sûr, on ne peut pas virer un patron. Mais par cette lettre, elles font savoir qu’elles se libèrent, elles-mêmes, de l’autorité de leur patron.  Voici cette lettre:

« Monsieur,

Réunies depuis une semaine dans des groupes de travail et en assemblée générale, les ouvrières de feu votre firme ont constaté ce qui suit :

Tout d’abord, nous constatons, après une étude approfondie de notre travail, que nous pouvons parfaitement l’organiser entre nous, nous en concluons donc que vous êtes inutile et parasitaire.

Ensuite, nous découvrons que votre rôle principal a été de nous acheter notre force de travail à un prix négligeable pour la revendre à prix d’or à l’UCL. Nous en concluons que vous n’étiez pas seulement inutile mais également expert en vol légalement organisé. Enfin, nous nous rendons compte à quel point vous nous aviez dressées les unes contre les autres afin de mieux nous exploiter. Nous sommes au regret de vous signifier votre licenciement sur le champ pour motif grave contre vos ouvrières. Le reste de nos décisions ne vous regardent plus.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur, nos salutations autogérées,

Les ouvrières de feu la société Annick

Grâce au soutien du syndicat, elles créent leur coopérative: Le balai libéré. A partir de là, les travailleuses s’autogèrent. Chaque ouvrière participe à la gestion et à l’organisation de « l’entreprise ». C’est un fonctionnement démocratique : une personne, une voix. Elles gèrent les contrats, l’organisation du travail, les tâches,… et leur salaire. D’ailleurs, la première chose qu’elles ont fait, c’est d’augmenter leur salaire pour avoir un salaire digne. L’aventure durera 14 ans!

C’était une histoire presque oubliée, jusqu’à la sortie en 2022 du documentaire « Le balai libéré.», réalisé par Coline Grando.  Ce documentaire rend hommage à ces travailleuses qui ont su se battre pour obtenir ce qu’elles estimaient juste. Dans ce film, Coline Grando a rencontré les travailleuses de l’époque et aussi des travailleurs d’aujourd’hui. Ils se rencontrent, ils discutent des conditions de travail actuelles. Le film pose aussi la question : « Et aujourd’hui, ce serait encore possible ? »

Bande-annonce

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