lundi 27 avril 2026

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Quand la mer monte…


la mer monte…

Plein succès pour un «petit film» belge. A la grande surprise
générale, il a décroché deux Césars le mois
dernier. Il est vrai que l’actrice Yolande Moreau y est sublime.

L’histoire se passe dans le Nord de la France, pas loin de la frontière.
Irène, comédienne de théâtre venant de Bruxelles,
est en tournée et joue dans de petites salles obscures son one-woman
show
«Sale affaire – du sexe et du crime». Chaque soir, elle enfile
son masque au long nez avant d’entrer sur scène. Rêvant
du grand amour, elle va choisir un spectateur masculin dans la salle qui sera «Le
Poussin», le temps de la soirée.

Le spectacle fini, Irène se retrouve seule, dans sa petite chambre d’hôtel
aux murs fleuris. Elle téléphone à son mari et prend des
nouvelles de son fils. Rien de bien excitant. Le lendemain, elle repart sur
les routes, au volant de sa voiture, pour rejoindre la prochaine ville de sa
tournée. Pendant le trajet, pour se sentir un peu moins seule, elle écoute
des grands airs d’opéra comme la Traviata.

De la vie de théâtre au théâtre de la vie

Un jour, une panne l’immobilise sur une petite route de campagne, où débarque
un jeune gars du coin qui la sort du pétrin. Dries, c’est son
nom, est un Flamand un peu loufoque qui habite dans une grange remplie de ces
géants que l’on voit défiler lors de kermesses. Libre de
son temps – il n’a pas vraiment de boulot -, il se sent fasciné par
Irène. Il va la suivre pendant ses tournées en se mêlant
discrètement aux spectateurs. Irène, elle, se sent attirée
par ce gaillard au grand cœur. Elle le remarque dans la salle et le choisira
pour jouer le rôle de «Poussin». Mais elle le choisira aussi
comme confident après son spectacle. Car tous les deux sont en mal d’amour:
Dries, rejeté par sa famille, et Irène qui en a un peu son compte
de sa vie d’artiste ballottée d’une ville à l’autre.
Ils vont alors connaître quelques moments de grand bonheur dans un décor «bien
de chez nous». On les verra se soûler à la bière
dans les cafés, se rouler dans le sable des dunes, danser au milieu
de la foule des kermesses.

Cette belle histoire d’amour, pleine de poésie, est particulièrement émouvante.
On se sent vite pris par cette petite folie à deux. Il ne faut pas longtemps
pour comprendre qu’Irène et Dries ne sont pas du même bord,
que «cela ne va pas durer» mais qu’ils vivent quelque chose
de très fort. Il n’y a pas de grand discours, mais des dialogues
très vrais, des gestes et des regards, et surtout des silences, qui
nous rendent les personnages très attachants. Wim Willaert est attendrissant
dans son rôle de personnage un peu fêlé.

Du Festival du Rire aux Césars


Photo: Belga

Mais qui se cache derrière l’actrice Yolande Moreau? Certains
la connaissent sans doute et se souviennent qu’elle a joué Yoyo
dans la série des Deschiens

sur Canal+ en 1989. Elle avait aussi gagné le
premier prix du Festival du Rire de Rochefort dans les années 80 avec
son spectacle «Sale affaire – du sexe et du crime» qu’elle
a écrit en 1982. Un spectacle qu’elle a joué un nombre
impressionnant de fois, en France, en Belgique, en Suisse. C’est dire
si elle connaît bien la vie d’artiste itinérante. C’est
d’ailleurs autour de ce show que tout le film a été construit.
Le scénario a été écrit par le Français
Gilles Porte, qui est aussi un ami de longue date. Confrontés à de
nombreux problèmes de financement, ils ont mis six ans à le terminer.

 

En recevant des mains de Gérard Depardieu le double trophée des
Césars 2005: prix de la meilleure actrice et du meilleur premier film,
Yolande Moreau, toute habillée de noir, s’est empressée
de dire qu’elle le déposerait sur son appui de fenêtre côté rue
et qu’elle le partagerait, symboliquement, avec Wim Willaert. Tout à l’image
du personnage qu’elle incarne dans ce petit bijou de film…

Marguerite Loute

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