Tous égaux face au réchauffement climatique et aux pollutions ? Pas vraiment. Les populations les plus démunies sont les plus exposées. Pire encore : les effets des changements climatiques et des pollutions aggravent les inégalités.
Nous sommes toutes et tous exposés aux conséquences du réchauffement climatique : inondations, sécheresses, canicules, tempêtes… Mais certaines populations le sont plus que d’autres.
Comme le dit le climatologue belge Jean-Pascal van Ypersele : « On doit prendre conscience que, dans la plupart des cas, les événements extrêmes affectent de manière plus grave les personnes les plus pauvres – que ce soit à la Nouvelle-Orléans, au Bangladesh ou en Wallonie. » Essayons de comprendre pourquoi…
Face aux catastrophes, peu de moyens
Les populations les plus pauvres ont moins de moyens pour faire face aux catastrophes et aux phénomènes climatiques extrêmes. Les populations les plus pauvres vivent là où les logements sont les moins chers. Leurs habitations sont souvent fragiles et situées dans des zones à risque, avec plus de dangers. Et quand une catastrophe est annoncée, les personnes les plus démunies n’ont pas la possibilité de quitter leur habitation. Elles n’ont pas d’autre endroit où aller.
Prenons l’exemple de la Nouvelle-Orléans. En 2005, l’ouragan Katrina dévaste la Louisiane, aux États-Unis. Il y a 1800 morts et de nombreux sinistrés et sans-abris. Beaucoup de ces victimes habitaient un quartier défavorisé afro-américain de la Nouvelle-Orléans. Ce quartier pauvre était situé à proximité des digues qui ont cédé. Certaines personnes n’ont pas pu fuir à temps car elles n’avaient pas assez d’argent, pas de moyen de transport… Les habitations n’ont pas résisté à l’ouragan et aux inondations. Ces personnes habitaient là alors que leurs habitations étaient situées en zone inondable, donc à risque. Mais elles n’avaient pas fait le choix d’habiter là. Les logements étaient trop chers ailleurs.
Et après non plus…
Après une catastrophe, les populations perdent tout. Les personnes les plus pauvres n’ont pas les moyens pour faire face aux dommages subis. C’est très difficile pour elles de reconstruire un logement, de refaire leur vie.
En Wallonie, en 2021, de fortes inondations ont eu lieu dans la Vallée de la Vesdre. Les quartiers les plus détruits par ces inondations étaient les quartiers les plus pauvres. Des habitants démunis ont alors témoigné : « On n’avait déjà rien. Maintenant, on a moins que rien. C’est vraiment terrible… »
La pauvreté des personnes les plus démunies risque de se renforcer à cause des événements climatiques extrêmes. Les inégalités entre les personnes pourraient encore s’aggraver.
Qui pollue moins, trinque plus
Les personnes les plus pauvres sont donc les plus touchées par les changements climatiques. Pourtant, souvent, les populations les plus pauvres polluent moins. Comme elles ont peu de moyens, elles n’ont pas de voiture. Elles ne prennent pas ou peu l’avion. Elles consomment moins et produisent donc moins de gaz à effet de serre, ces gaz qui réchauffent la planète.
C’est la même chose pour les pays. De tous les pays du monde, les pays les plus pauvres rejettent moins de gaz à effet de serre que les pays plus riches. Et ce sont pourtant les pays pauvres qui sont le plus touchés par les changements climatiques.
La catastrophe au Népal et Tibet est un exemple récent. En août, un glacier s’est effondré. Cela a provoqué un gigantesque glissement de terrain qui a fait plus de 1 000 morts et 5 000 disparus. Les changements climatiques pourraient ? expliquer, en partie, cette catastrophe. Pourtant, le pays est loin d’être un gros pollueur, sa population non plus.
Fuir son pays
Dans certaines régions du monde, les changements climatiques font fuir les populations. Ces migrants climatiques quittent leur ville ou leur village suite à un glissement de terrain, une tempête extrême, la hausse du niveau de la mer… Ils n’ont plus de logement. Ils fuient aussi car à cause des sécheresses ou des inondations, ils n’ont plus d’eau potable et de nourriture saine.
Les personnes migrantes se retrouvent alors très démunies. Elles sont sans-abris. Elles vivent dans des camps où les conditions de vie sont très difficiles. Et comme les effets du réchauffement climatique pourraient encore s’aggraver, le nombre de migrants climatiques risque encore d’augmenter dans le futur.
Aussi les pollutions…
Les populations les plus pauvres sont aussi davantage touchées par les pollutions et les nuisances. Elles habitent à proximité de zones polluées (une usine, par exemple) ou à risque (une rivière), parce que les logements sont moins chers dans ces endroits-là. Elles n’ont pas les moyens de se payer une alimentation saine sans pesticides. Les personnes les plus démunies habitent aussi dans des endroits où il y a plus de nuisances sonores, à proximité d’une gare, d’une autoroute ou d’un aéroport. L’ensemble de ces pollutions et de ces nuisances ont des effets néfastes sur leur santé physique et mentale. Et là aussi, cela aggrave encore les inégalités entre les personnes.