mardi 27 février 2024

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Congo : de la colonie à l’indépendance

Le 30 juin 1960, après 75 ans de colonisation belge, le Congo signait son indépendance. Ce moment était très attendu par le peuple congolais. Replongeons-nous dans cette période sombre de l’histoire de Belgique.

La propriété de Léopold

De 1885 à 1908, c’est la première phase de la colonisation.
En 1885, suite à la Conférence de Berlin, les grandes puissances européennes se partagent l’Afrique. Léopold II, alors roi des Belges, obtient le Congo. Depuis plusieurs années, il cherchait à avoir une colonie, pour étendre son règne et enrichir son pays. Léopold s’intéressait à la région du Congo. A la Conférence de Berlin, le territoire congolais devient officiellement sa propriété personnelle. Léopold II est d’ailleurs proclamé roi du Congo. Il a tous les droits dans ce nouvel état, appelé « État Indépendant du Congo ». Par contre, les habitants noirs congolais n’ont plus aucun droit sur leur propre terre.
Léopold II « développe » le Congo à son seul profit et au profit de la Belgique pas au profit des Congolais. Le nouveau souverain s’empare surtout des richesses locales : le caoutchouc et l’ivoire. Pour transporter ces richesses, il va faire construire des routes, des chemins de fer et d’autres moyens de communication. Les populations locales sont forcées de travailler pour exploiter ces ressources. Le système est très cruel. Si les Congolais ne travaillent pas assez, s’ils n’obéissent pas, on leur coupe la main, on les tue, on viole les femmes…
On commence à critiquer Léopold II pour ces cruautés au Congo. En 1904, une Commission d’enquête part au Congo. Ses conclusions : des soldats belges et des mercenaires commettent des atrocités et on pille le pays.

Le Congo belge

Entre 1908 et 1960, c’est la seconde phase de la colonisation.
En 1908, Léopold II est fort critiqué à cause de l’extrême violence faite aux Congolais. Il doit léguer le Congo à l’État belge. Le territoire congolais devient une possession coloniale belge. La colonie est rebaptisée « Congo belge ». Le pays est dirigé par la Belgique. Les fonctionnaires coloniaux de l’administration sont tous des hommes blancs. La population locale n’a toujours aucun droit.
À l’époque, les Européens sont convaincus de leur « supériorité » sur les populations africaines. L’Europe se considère comme plus « civilisée » que l’Afrique. Beaucoup de Belges partagent cette vision raciste et paternaliste. Elle poursuit la « mission civilisatrice » entamée par Léopold II. Des missionnaires belges partent au Congo pour « éduquer » les peuples « indigènes » et « barbares ». Les missionnaires veulent leur « montrer le bon exemple » et les convertir à la religion chrétienne. On développe un système scolaire pour les noirs, les Congolais, mais l’école s’arrête presque toujours pour eux à l’école primaire. La Belgique, pouvoir colonial, ne veut pas que les noirs, les colonisés suivent des études.
Le système médical se développe lui aussi pour garantir une main-d’œuvre en bonne santé. Il y a donc toujours cette idée que les « Blancs » (les colons belges) doivent dominer les « non-Blancs » (les Congolais colonisés).
Les ressources du pays sont pillées et utilisées pour enrichir l’État belge et les grandes entreprises privées belges et étrangères. Des entreprises privées sont détenues par des hommes blancs. Le réseau ferroviaire s’étend. De nouvelles exploitations se mettent en place : minerais (uranium, or, étain, cuivre), coton… Le travail forcé, les violences et l’oppression continuent.

Vers l’indépendance

En janvier 1959, des émeutes éclatent à Léopoldville (l’actuel Kinshasa). La foule attaque les symboles de la domination coloniale. La répression est sévère. On compte entre 250 et 500 morts. Cet évènement marque un tournant important vers l’indépendance, déjà demandée depuis de nombreuses années par le peuple et les partis politiques congolais. Peu de temps après, le gouvernement belge met fin au régime colonial. Les négociations sont rapides. Le futur pays indépendant en sort perdant au niveau économique.
Lumumba devient le premier Premier ministre du Congo indépendant et Kasa-Vubu en devient le Président. Lumumba et Kasa-Vubu sont deux personnalités politiques congolaises qui se sont battues pour l’indépendance, mais ils n’ont pas les mêmes idées pour construire un Congo indépendant. En plus, l’indépendance a été mal préparée. Les grandes entreprises du pays et les moteurs économiques sont restés aux mains des Belges.
Le 30 juin 1960, l’indépendance du Congo est proclamée. Il y a une cérémonie officielle. Ce jour-là, Baudouin, le roi des Belges, fait un discours où il parle du « génie de Léopold II ». A la surprise générale, Patrice Lumumba prend la parole. Lumumba parle au nom du « peuple congolais » et dénonce les brutalités des Belges contre les Congolais pendant la colonisation. Il dénonce un régime colonial « d’oppression et d’exploitation» et annonce que le nouveau Congo sera vraiment indépendant.

Le Congo assassiné

Le discours de Lumumba n’est pas prévu et il fait scandale. Si les Congolais applaudissent Lumumba, ce n’est pas le cas des dirigeants belges et occidentaux. Pour les Belges et les Occidentaux, Lumumba était déjà un ennemi politique. Par son discours devant la presse du monde entier, Lumumba confirme qu’il veut développer un vrai Congo indépendant avec le peuple congolais.
Les dirigeants belges et occidentaux ne peuvent pas l’accepter et vont soutenir tous les adversaires politiques congolais de Lumumba. Lumumba sera arrêté quelques mois plus tard et assassiné le 17 janvier 1961. 60 ans plus tard, on ne connait pas encore toute la vérité sur son assassinat, mais ce qui est prouvé c’est que la Belgique est au moins en partie responsable de cet assassinat.

Extrait du film de Raoul Peck sur Lumumba avec le fameux discours de Lumumba

[(Un extrait du discours de Lumumba,
« Nous avons connu le travail harassant exigé en échange de salaires qui ne nous permettaient ni de manger à notre faim, ni de nous vêtir ou de nous loger décemment, ni d’élever nos enfants comme des êtres chers. Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des nègres.
Qui oubliera qu’à un noir on disait ‘Tu’, non certes comme à un ami, mais parce que le ‘Vous’ honorable était réservé aux seuls blancs !
Nous avons connu nos terres spoliées au nom de textes prétendument légaux, qui ne faisaient que reconnaître le droit du plus fort.
Nous avons connu que la loi n’était jamais la même, selon qu’il s’agissait d’un blanc ou d’un noir, accommodante pour les uns, cruelle et inhumaine pour les autres.
Nous avons connu les souffrances atroces des relégués pour opinions politiques ou, croyances religieuses : exilés dans leur propre patrie, leur sort était vraiment pire que la mort elle-même.
Nous avons connu qu’il y avait dans les villes des maisons magnifiques pour les blancs et des paillotes croulantes pour les noirs ; qu’un Noir n’était admis ni dans les cinémas, ni dans les restaurants, ni dans les magasins dits ‘européens’ ; qu’un Noir voyageait à même la coque des péniches au pied du blanc dans sa cabine de luxe.
Qui oubliera, enfin, les fusillades où périrent tant de nos frères, ou les cachots où furent brutalement jetés ceux qui ne voulaient plus se soumettre au régime d’une justice d’oppression et d’exploitation ! »
Extraits du discours de Patrice Lumumba, alors tout nouveau Premier ministre du Congo, lors de la proclamation de l’indépendance de son pays le 30 juin 1960.

Le lien vers le discours complet
)]

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