vendredi 19 juillet 2024

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Grève et fraternité par temps de COVID

Charleroi est une ville au centre d’une ancienne région industrielle. L’histoire industrielle de Charleroi, et son histoire tout court d’ailleurs, c’est beaucoup de luttes ouvrières. Beaucoup de ces anciennes industries sont aujourd’hui fermées, d’autres entreprises les remplacent, mais les luttes ouvrières sont toujours là.

Notre Maison et Maison des 8 heures

Dans la ville, 2 bâtiments témoignent de l’histoire ouvrière de la région. Notre Maison, café-restaurant du bas de la ville, est une coopérative du Mouvement ouvrier chrétien. La Maison des 8 heures, café-restaurant du haut de la ville, est une coopérative d’une centrale syndicale de la FGTB,  » 8 heures » pour l’ancienne revendication ouvrière, 8 heures de travail. On aime bien les 2 bâtiments, mais on a dû faire un choix…

6H30 au « 8 heures »

On est donc allé au rendez-vous de la FGTB à la Maison des 8 heures. Evidemment, le café-restaurant est fermé comme tous les autres. Six heures trente du matin, on sonne. Vincent responsable syndical vient ouvrir la porte. On le suit dans l’arrière-salle, encore vide, qui sera le quartier général du syndicat en ce jour de grève. Puis arrive Constantina, une permanente syndicale.

5 bus qui roulent!

On discute d’école et de formation en temps de COVID et du manque de « présentiel » pour les enseignants, formateurs, élèves, étudiants et adultes en formation. Vincent parle aussi de la commémoration de la révolte ouvrière de 1886 qui vient de se dérouler… Une quinzaine de militants et militantes arrivent, Vincent les envoie renforcer un piquet de grève devant un atelier protégé.
Pour le reste, il n’ y a pas d’appel pour renforcer d’autres piquets. La consigne des syndicats est que les grévistes restent au maximum chez eux et ne pas « mélanger les bulles ». Autrement dit, ce sont juste quelques travailleurs et travailleuses qui font piquet devant leur entreprise. Beaucoup d’autres, grévistes aussi, sont restés chez eux, COVID oblige. La grève est bien suivie. On apprend que 5 bus roulent quand même à Charleroi sur… 250 au total !

Un peu d’histoire

Arrivent Christian, ancien permanent de centrale syndicale prépensionné et Paul, lui aussi ancien permanent. On discute de la longue interview du président du PS parue samedi dans la presse. On reparle de la révolte ouvrière de Roux. On constate que les gens sont de plus en plus demandeurs de promenades touristiques et historiques liées à l’histoire de la région et aussi l’histoire ouvrière. On se souvient des grandes grèves passées des cheminots et des services publics et du talent d’orateur de Robert aujourd’hui disparu, délégué syndical aux ACEC, une grosse entreprise de la région disparue elle aussi…

La boulangère

Huit heures trente, on laisse les camarades et on quitte la Maison des 8 heures. On va acheter un pain. Dans la boulangerie, une dame : « Ils font grève, mais cette fois, ils n’auront pas les 10 euros en plus de leur salaire.» En effet, quand il y a grève et manifestation, les grévistes reçoivent 10 euros du syndicat pour s’acheter, à midi, un sandwich et une boisson. On intervient quand même: « Euh, Madame, les gens en grève ne sont pas payés par le patron, ils ont juste une indemnité du syndicat de 30 euros. » Silence… Silence rompu par la boulangère : « Moi, je suis en commerce, je peux rien dire. »

Le gout de la fraternité

Voilà, jour de grève en temps de COVID à Charleroi. A la Maison des 8 heures, on a parlé de l’informatique qui ne remplace pas l’école et le présentiel, de l’histoire ouvrière, de vieux tribuns syndicaux, de la grève bien suivie. Il n’y a pas eu l’agitation et l’excitation habituelles d’autres jours de grève. COVID oblige. Mais il y a eu dans nos conversations, le jour présent pour un proche avenir peut-être un peu meilleur et puis ce rappel du passé… Et tout ça fort modestement, sans prétention. N’empêche, le café que nous avons partagé en gardant nos distances (COVID oblige) dans cette arrière-salle de la Maison des 8 heures avait le goût de la fraternité.

Lire aussi Fini de rire, c’est la grève

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