lundi 22 avril 2024

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Meurtres en réseaux

France Télévisions a diffusé une émission qui s’appelle « Terroristes en réseaux », une émission de la série « La fabrique du Mensonge ». Dans cette émission, on montre 2 cas où les réseaux sociaux ont été une caisse de résonance aux discours de haine et cela a créé des drames.

La tuerie de Christchurch

Le 15 mars 2019, 51 personnes avaient été tuées pendant la prière du vendredi dans 2 mosquées à Christchurch, en Nouvelle-Zélande. Parmi les victimes, des hommes, des femmes et des enfants d’origine étrangère et de confession musulmane. Le tireur, Brenton Tarrant, un jeune extrémiste de droite australien, un suprémaciste blanc a filmé sa tuerie et a diffusé ces images sur le net.
Bien avant de passer à l’acte, il diffusait sur les réseaux des discours de haine contre les étrangers. Il défendait la théorie d’extrême droite du grand remplacement. C’est-à-dire que les « étrangers » sont une menace pour la civilisation blanche et qu’ils ont le projet de remplacer la population « blanche ». Il se définissait comme un soldat de la cause blanche. Il voulait une croisade contre les musulmans, dans la lignée de Charles Martel. Il était proche de groupes d’extrême droite. Il a même rédigé un manifeste, toujours présent sur les réseaux.
Ce qui semble avoir déclenché chez lui le passage au meurtre, c’est un autre acte de violence, aux Etats-Unis. A Charlottesville, un jeune conducteur avait foncé en voiture sur des manifestants venus s’opposer au rassemblement de suprémacistes blancs et de groupes d’extrême droite. Il avait tué une jeune femme de 32 ans et fait 19 blessés. Brenton Tarrant était de ceux qui avaient admiré et salué, sur les réseaux, cet acte comme un exploit.
Tous ces discours violents qui ont révélé et alimenté la haine de Brenton Tarrant jusqu’au meurtre étaient présents sur Internet bien avant qu’il passe à l’acte.

L’assassinat de Samuel Paty

Autre escalade de haine sur les réseaux jusqu’au meurtre: l’histoire de Samuel Paty. Comment à partir du mensonge d’une ado, d’un désaccord entre un parent d’élève, un enseignant et un professeur, en est-on arrivé à un assassinat?
Début octobre, Samuel Paty professeur d’histoire-géographie au Collège de Conflans-Sainte-Honorine montre deux caricatures de Mahomet tirées du journal satirique Charlie Hebdo lors de son cours sur la liberté d’expression. Il permet aux élèves qui peuvent être choqués de ne pas regarder.
Une jeune collégienne exclue pour 48h du collège pour des problèmes d’absence et de discipline aurait dû assister à ce cours. Pour justifier son renvoi auprès de son père, elle lui ment. Elle prétend avoir assisté au cours. Elle dit que Samuel Paty a demandé aux élèves musulmans de quitter la classe. Et qu’elle a été exclue parce qu’elle refusait.
Ce mensonge suscite la colère de son père. Il entre en contact avec l’école puis, via les réseaux sociaux, avec le militant islamiste Abdelhakim Sefrioui. Les 2 hommes publient sur les réseaux sociaux des vidéos dans lesquelles ils traitent Samuel Paty de « voyou » et de « malade ». Ils donnent son nom et l’adresse de son collège.
Ces vidéos diffusées largement sur les réseaux sociaux provoquent de nombreux messages de haine à l’encontre de Samuel Paty, qui finit par porter plainte. Les choses semblent s’apaiser. Mais Abdoullakh Anzorov, un jeune tchétchène de 18 ans qui habite à 80 kms de Conflans-Sainte-Honorine voit les vidéos. Il est connu pour ses messages complotistes, antisémites, homophobes et misogynes.
Il est radicalisé et cherche une cible sur les réseaux sociaux pour passer à l’action, comme on le voit dans ses posts précédents. Il fixe son choix sur Samuel Paty et une semaine plus tard, le 16 octobre, il se rend à Conflans-Sainte-Honorine, se fait désigner Samuel Paty. Il le décapite en pleine rue, peu après sa sortie du collège. Il poste un message avec une photo de son meurtre sur les réseaux.

Le rôle des réseaux

On ne peut évidemment pas accuser les réseaux sociaux d’être responsables de ces 2 affaires. Pourtant, ils y ont joué un rôle.
Tout d’abord, les réseaux ont permis à des trajectoires très éloignées de se rencontrer. Sans les réseaux, jamais ces 2 mondes ne se seraient rencontrés. Ils auraient continué à s’ignorer et il n’y aurait pas eu d’affrontement. Avec les réseaux sociaux, des personnes et des discours qui étaient très éloignés se rapprochent. Cela crée des situations nouvelles qu’il va falloir apprendre à gérer.
Ensuite, on voit que dans les deux cas, les discours de haine étaient présents sur les réseaux sociaux avant que les meurtriers passent à l’acte. Cela montre la difficulté de modérer sur Internet des discours dangereux. Il y a peu de contrôle des plateformes. Les logiciels de détection automatique ont leurs limites. Les rares modérateurs n’ont que quelques secondes pour juger si un message est dangereux ou non. Il y a bien une plateforme de surveillance Pharos, mais elle manque de moyens.
Internet donne une caisse de résonance à des discours monstrueux qui se développent alors et se diffusent partout. Il y a des lois qui condamnent les incitations à la haine, mais comment les faire respecter sur Internet ? La justice est souvent bien démunie face à la montée de haine sur les réseaux sociaux.

L’émission est visible gratuitement jusqu’au 29 juillet, mais il faut une adresse Internet répertoriée en France, voici le lien

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