samedi 20 juillet 2024

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Barbie, de mère en fille?

Barbie est un film réalisé par Greta Gerwig. C’est une cinéaste reconnue comme féministe. On peut donc s’attendre à un film féministe. Un film qui détruit le mythe de la poupée Barbie faite pour les gentilles petites filles. Barbie est aussi un film produit par la société multinationale Mattel qui fabrique la « vraie » poupée Barbie. C’est un film fait à Hollywood. C’est un film qui a couté très cher, mais qui a rapporté beaucoup beaucoup d’argent. Hollywood est aux États-Unis. C’est une véritable industrie du film, symbole du capitalisme et de la société patriarcale. Hollywood n’est donc pas le symbole du féminisme.

Barbieland, monde féministe 

Alors, Barbie est-il un film vraiment féministe fait pour défendre les droits des femmes et montrer la réalité de la société patriarcale ? Ou Barbie est-il un film qui a l’air féministe, mais en réalité un film récupéré par le système capitaliste et la société patriarcale, une société où les femmes sont dominées ? Barbie est sans doute un peu des deux. 

Dans une des premières scènes du film, on entend en voix off : « Grâce à Barbie, tous les problèmes de féminisme et d’égalité des droits avaient été résolus ! Ou en tout cas, c’est ce qu’on pensait à Barbieland. » Dans les scènes qui suivent, on voit que les Barbie occupent toutes les places dans la société. Elles sont juge, présidente, scientifique, etc.

Barbieland, no sex

Dans le monde de Barbie, il y a aussi les hommes, les Ken. Les Ken ne savent rien faire à part danser et être en apparence des « machines sexuelles ». Et pourtant, dans le film, Ken dit qu’il n’a pas de pénis et Barbie dit qu’elle n’a pas de vagin… Quand Ken veut aller chez Barbie, il ne peut pas, car c’est une « soirée entre filles » et tous les soirs, c’est « soirée entre filles ». Bref, Ken n’a de « machine sexuelle » que le nom.

Barbieland, l’illusion

À Barbieland, tout est rose et tout est en plastique. Tout est faux. Quand Barbie se lave, on ne voit pas d’eau sortir du pommeau de douche. Quand Barbie se sert une tasse de lait, on ne voit couler aucun liquide. Même pieds nus, Barbie marche sur la pointe des pieds comme si elle portait de hauts talons 24 heures sur 24. À Barbieland, on danse beaucoup. Et un soir, au milieu d’une danse, Barbie s’arrête et pose aux Barbies qui l’entourent cette question : « Est-ce que vous avez déjà eu peur de la mort ? » Cette question fait entrer le réel dans le monde artificiel de Barbie, le monde des poupées. On ne peut plus tout à fait croire au monde de ce féminisme « rose bonbon », féminisme artificiel.

A propos de cette scène, Hélène Frappat, écrivaine et critique de cinéma dit : « C’est cela que je trouve assez touchant, assez fort dans ce film. C’est la question de la peur de la mort et de la peur du temps. Car le temps affecte beaucoup plus le corps des femmes, évidemment. Cela va faire tomber Barbie littéralement de son piédestal. » En effet, dans le film, dès le lendemain, tout d’un coup, Barbie marche à plat et elle a un peu de cellulite… Pour redevenir une « poupée », Barbie doit aller dans le monde réel. Ken l’accompagne. Ce passage dans le réel va détraquer le monde parfait et lisse de Barbieland.

Qu’en pensent les féministes ?

Pour certaines militantes du féminisme, Barbie est bien un film féministe. Pour d’autres, Barbie ne l’est pas. Voici un avis modéré de la journaliste Victoire Tuaillon: « Je ne crois pas que ce soit une satire du féminisme. C’est une satire de la masculinité, et une critique qui porte juste. Ce n’est pas un exposé en profondeur sur pourquoi le patriarcat est un système nocif, mais ça l’explique de manière légère. Le film ne montre pas la réalité du patriarcat. Car il aurait fallu montrer l’ampleur des violences que subissent les femmes. »

De mère en fille

N’oublions pas que le film Barbie est un conte avant tout. Et le conte c’est surtout la transmission. Dans ce film, Barbie rencontre dans le monde réel une fille et sa mère, mère responsable de la situation de Barbie. Le plus important du film est peut-être dans ces scènes de rencontre. Et comme le dit encore Hélène Frappat : « Barbie est une poupée et l’usage d’une poupée s’inscrit dans la transmission entre une mère et une fille. C’est le sujet principal du film. On ne peut pas se demander ce qu’est une femme et ce que fait une femme sans en passer par une petite fille et la mère, inscrite dans une lignée de transmission qui nous ramène à des millénaires en arrière, à une histoire. Ce que Ken n’a pas. Ken, c’est la poupée sans histoire. Par contre, Barbie est traversée par l’angoisse de la mort parce qu’elle est traversée par cette historicité qui est, en réalité, celle des peuples opprimés. » CQFD!

Une réponse

  1. Ce film esthétique, bruyant, tourné comme un clipvidéo est bien à l’image de notre société : sans nuance. Le débat de la « mort » et du temps qui passe donnera peut-être à certain(e)s spectateurs/trices l’impression de ne pas avoir dépensé 12 balles pour une farce – ou un « conte » dopé aux LSD. Fâcheux que le personnage de Sasha (Ariana Greenblatt), en adolescente délicieusement insolente, troque ses répliques acidulées et son baggy pour un pyjama rose bonbon, elle aurait (peut-être) pu nous sauver du naufrage. Nonobstant, ces considérations tout personnelles, le film de Gerwig soulève toutefois une question sous-jacente : peut-on faire un film féministe sans verser dans le sexisme ? – A voir.

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