jeudi 25 juillet 2024

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Le sionisme, c’est le pessimisme

Michel Staszewski a été professeur d’Histoire dans l’enseignement secondaire en Belgique francophone. Michel Staszewski est membre de l’Union des progressistes juifs de Belgique. Il a publié, en juin 2023, un livre intitulé « Palestiniens et Israéliens. Dire l’Histoire. Déconstruire mythes et préjugés. Entrevoir demain. » Nous l’avons rencontré.

Michel Staszewski: Je fais une différence entre  l’idéologie du sionisme et sa mise en pratique, mais les deux ont un point commun. Ils partent du principe que les Juifs forment une nation et veulent créer un État refuge pour tous les Juifs du monde. Cette idéologie est née à la fin du 19e siècle. À cette époque, les Juifs étaient persécutés, surtout dans l’Empire russe où ils étaient les plus nombreux. Le sionisme est un mouvement de pensée pessimiste. Pour le sionisme, l’antisémitisme ne disparaitra jamais. La seule solution est donc de rassembler tous les Juifs dans un État. 

O.B.: Le sionisme doit-il être vu comme un seul mouvement de pensée et d’action ? 

M.S.: Non et je l’explique dans mon livre. Il y a plusieurs mouvances, mais le courant d’idées qui a dominé est le courant éradicateur. Le mot est un peu fort, mais les partisans de ce courant étaient obsédés par la création d’un État le plus juif possible. Un État où les Juifs seraient majoritaires et maitres chez eux. Il y a bien eu, entre les deux guerres mondiales, un courant appelé l’Alliance pour la paix, Brit Shalom en hébreu. Ce mouvement voulait aussi rassembler des Juifs en Palestine, mais il voulait l’égalité entre les Juifs et les Arabes de Palestine. Cette tendance était minoritaire. Elle a perdu face au courant éradicateur.

O.B.: Pourquoi appeler ce courant, le courant éradicateur ?

M.S.: Pour ceux qui sont dans ce courant d’idées, il s’agit de faire d’abord un nettoyage ethnique. Ensuite, il s’agit de séparer les Juifs et les Arabes que l’on n’a pas réussi à faire partir. C’est la politique de l’entre-soi, entre Juifs. On voit à quoi cela aboutit aujourd’hui.

O.B.: Cela rappelle clairement le régime d’apartheid de l’Afrique du Sud où blancs et noirs étaient séparés.

M.S.: Tout à fait. On peut qualifier la politique d’Israël d’apartheid. Les Juifs et les Palestiniens vivent séparément et n’ont pas les mêmes droits. Les Palestiniens n’ont pas les mêmes droits selon l’endroit où ils vivent. Les Palestiniens qui vivent dans les territoires occupés ( Jérusalem-Est, la bande de Gaza, le plateau du Golan et une partie de la Cisjordanie ) n’ont pas les mêmes droits que ceux qui vivent en Israël et qui ont la citoyenneté israélienne. Et ils souffrent tous de discriminations.

O.B.: Quels types de discrimination ?

M.S.: Toutes sortes. Si on prend les moins mal lotis, c’est-à-dire les Palestiniens qui ont la citoyenneté israélienne, ils sont discriminés sur le plan de leurs droits politiques. Ils ne peuvent pas se déclarer antisionistes, par exemple. Sur le plan social, ils ne bénéficient pas des mêmes avantages que les Juifs pour les soins de santé ou l’éducation. 

Sur le plan économique, ils n’ont pas le même accès à la terre, à la propriété et aux permis de bâtir. Il faut aussi parler des « comités d’admission ». Une municipalité a le droit de refuser des gens comme résidents sur son territoire parce qu’elle déclare ces gens « inadaptés à la vie sociale de la communauté » ou « au tissu social et culturel de la ville ». Dans la pratique, cela revient à rejeter les populations arabes. Sur le plan culturel, c’est l’hébreu qui est mis en avant et les fêtes juives qui occupent presque tout le calendrier. 

O.B.: Sur le plan légal, il y a aussi la Loi du retour ?

M.S.: C’est la plus importante des discriminations. La Loi du retour et son pendant, le refus du droit au retour. La Loi du retour veut dire que n’importe quel Juif dans le monde peut demander et avoir la citoyenneté israélienne. Par contre, Israël nie le droit au retour des Palestiniens expulsés de Palestine et de leurs descendants. Pourtant, ce droit est reconnu par plusieurs résolutions de l’ONU. Par conséquent, plus de la moitié du peuple palestinien se voit refuser le retour sur la terre de ses ancêtres et le droit de récupérer ses propriétés.

O.B.: La situation est encore plus dure pour les Palestiniens qui n’ont pas la citoyenneté israélienne…

M.S.: C’est vrai. Prenons l’exemple de la Cisjordanie. Ses habitants palestiniens n’ont aucun des droits dont jouit un citoyen. Ils vivent en territoire occupé et sous des lois et une justice militaires. Par contre, les 700 000 colons juifs de Cisjordanie voient leurs droits de citoyen pleinement reconnus et protégés. Quant à Gaza, c’est une grande prison à ciel ouvert. Ce territoire est complètement isolé. Les Gazaouis sont soumis depuis longtemps à la volonté d’Israël pour tous les aspects de leur vie. Israël empêche tout développement économique. Avec l’attaque lancée par Israël au lendemain du 7 octobre, les Gazaouis meurent par milliers. Les survivants souffrent énormément. Mais malheureusement, la malnutrition, le manque d’eau potable ou d’électricité ne datent pas d’aujourd’hui. 

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