mardi 23 avril 2024

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Omar, en grève de la faim pour Gaza

Omar Karem est originaire de Gaza. Depuis un an et demi, ce journaliste palestinien a trouvé asile en Belgique. Et depuis le 31 décembre 2023, il fait une grève de la faim, pour dénoncer la guerre menée par Israël dans la bande de Gaza et le massacre du peuple gazaoui. Nous l’avons rencontré.

Lorsqu’il nous reçoit, Omar Karem est allongé sur un canapé et enveloppé d’une épaisse couverture. A proximité, un petit radiateur diffuse un peu d’air chaud dans une grande pièce, un local non loin du campus universitaire de l’ULB. Au sol, une bouteille d’eau avec un peu de sel. C’est la seule chose qu’Omar ingurgite depuis qu’il a démarré sa grève de la faim, le 31 décembre 2023. Nous discutons en anglais. Omar répond aux questions d’une voix affaiblie, son smartphone en main comme pour garder le contact à chaque instant.

Comment vous sentez-vous aujourd’hui ?

Je n’ai plus beaucoup d’énergie depuis une semaine. Ça fait 45 jours maintenant que je suis en grève de la faim. Physiquement, mais surtout mentalement, c’est très difficile. Dans la bande de Gaza, chaque jour est plus sanglant que le précédent.

Vous avez des nouvelles de vos proches à Gaza ?

Certains jours j’ai des nouvelles, d’autres pas… Les contacts sont compliqués. Et les gens se séparent pour ne pas mourir ensemble.

En entamant cette grève de la faim, que souhaitiez-vous dénoncer ?

Tout le monde connait la situation actuelle à Gaza. Le gouvernement belge et les gouvernements européens ne font pas grand-chose pour condamner et arrêter le génocide qui a lieu là-bas. Si on compare la situation avec celle de l’Ukraine, les déclarations et les réactions des gouvernements sont très différentes. Pourtant, dans la bande de Gaza aussi, les lois internationales et les droits humains ne sont pas respectés. La Belgique et les autres pays européens ont signé ces conventions de protection des droits humains, ils ont donc une part de responsabilité. Et en restant silencieux, ils participent aux crimes perpétrés à Gaza. La violence doit cesser. Un cessez-le-feu doit être exigé. L’aide humanitaire doit être apportée. Les civils doivent être protégés.

Avez-vous le sentiment d’être entendu par les responsables belges et européens ?

J’ai rencontré le Premier Ministre belge et le président du Parlement. Je me suis aussi exprimé au Parlement européen. J’ai participé à plusieurs manifestations et mobilisations pour parler de ma grève de la faim et de la situation à Gaza. Mais les gens ne semblent pas prendre leurs responsabilités. Il s’agit pourtant de rendre justice au peuple palestinien.

Cesser de vous nourrir était le seul moyen pour vous d’être entendu ?

Ma grève de la faim fait partie d’une campagne plus globale. D’autres personnes en Europe et dans le monde font aussi une grève de la faim, des activistes, des avocats, des parlementaires… Ils veulent dénoncer la situation. Pour moi, faire une grève de la faim n’a pas été une décision facile à prendre. J’ai mis un mois à m’y préparer et à essayer de toucher d’autres personnes pour joindre l’action. Quand j’ai commencé cette grève, c’était à un moment particulièrement triste. C’était en fin d’année. Voir des gens célébrer la nouvelle année alors que d’autres personnes sont opprimées et victimes de violence, ça devenait trop difficile à vivre pour moi…

Etes-vous soutenu dans votre action par des citoyens ?

Certains collectifs d’activistes et citoyens me soutiennent et m’aident. Mais j’ai aussi été déçu lorsque je me suis rendu compte que certains groupes utilisent la cause palestinienne pour obtenir plus de voix aux élections. J’ai créé une association palestinienne pour faire entendre la cause palestinienne sans influence des partis politiques. Il y a beaucoup de façons de se mobiliser et de manifester. Aujourd’hui, le plus important pour moi est de mettre la pression sur les gouvernements pour qu’ils prennent leurs responsabilités en regard des lois internationales.

La situation est dramatique depuis les bombardements sur Gaza en octobre. Mais cela fait des décennies que la situation est préoccupante en Palestine. Vous souhaitez dénoncer cela aussi ?

J’ai commencé cette grève de la faim pour sensibiliser les gens à ce qu’il se passe en Palestine. La situation ne date pas de quelques mois, mais depuis 76 ans. Les droits des Palestiniens sont ignorés depuis la guerre de 1948. Cela fait longtemps que les civils sont victimes de violence en Palestine. Donc, oui, mon action souhaite dénoncer une situation qui dure depuis longtemps.

Vous avez encore de l’espoir ?

L’espoir reste, mais il y a encore beaucoup de chemin à parcourir pour que cet espoir se concrétise… La loi et la protection des droits humains doivent être appliquées à tout le monde, peu importe la couleur de peau et l’origine. Les Palestiniens sont opprimés depuis trop longtemps, leurs droits ne sont pas respectés. Je poursuivrai mon action jusque quand les gens porteront davantage attention à la situation et que les gouvernements prendront les décisions nécessaires pour protéger le peuple palestinien.

Propos recueillis par Céline Teret le 13/02/2024

Appel à le soutenir

Plus d’informations:

Pour suivre l’action d’Omar Karem sur Instagram, cliquer ici

sur le site Vice, cliquer ici

Sur le site de la RTB, cliquer ici

Sur le site de l’association Belgique-Palestine, cliquer ici

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