Les 30 et 31 juillet, plusieurs dizaines de personnes ont traversé illégalement la frontière entre le Maroc et la ville de Ceuta en Espagne. Ceuta est une petite ville de 18 km2 et 82 787 habitants. L’arrivée de ces milliers de personnes a donc été spectaculaire. Presque tous ces migrants clandestins ont été très vite refoulés vers le Maroc.
De jeunes Marocains
Ceuta est un morceau d’Espagne sur le territoire africain. D’un côté, Ceuta a une frontière avec le Maroc. De l’autre côté, c’est la mer Méditerranée. Ceuta est donc à côté du Maroc au sens propre du mot. On peut donc passer la frontière soit par la terre soit par la mer. Ce n’est pas la 1ère fois que des personnes migrantes essaient d’entrer à Ceuta, c’est-à-dire en Espagne. Les 30 et 31 juillet, c’était plus de 50 000 personnes, la plupart de jeunes Marocains. Le Maroc vit une crise économique et sociale. Plus de 37% des jeunes Marocains sont au chômage. Ils ont l’espoir de vivre mieux en Europe. Le « débarquement » de ces dizaines de milliers de migrants était impressionnant. Très vite, la plupart d’entre eux ont été refoulés vers le Maroc. Ceux qui sont encore à Ceuta, sur les plages sont laissés sans eau et sans nourriture…
Le pouvoir marocain
Comment une arrivée de dizaines de milliers de personnes en quelques heures est-elle possible ? L’Etat marocain est un état policier qui contrôle et surveille sa population. Selon Pierre Vermeren professeur d’université et grand spécialiste de l’Afrique du Nord, la frontière entre le Maroc et la ville espagnole de Ceuta est une des frontières les mieux gardées du monde. Le pouvoir marocain a favorisé le départ en masse de migrants. C’est une manière d’avertir le gouvernement espagnol. C’est l’avertir que si le Maroc contrôle moins la frontière, plusieurs dizaines de milliers de migrants clandestins entreront à Ceuta, donc en Espagne. Le Maroc n’a jamais accepté que la ville de Ceuta appartienne à l’Espagne et pas au Maroc. Moins contrôler la frontière, c’est montrer qu’il a quand même un certain pouvoir sur Ceuta et qu’il peut affaiblir le gouvernement espagnol.
Le pouvoir espagnol
Le gouvernement contrôle l’entrée des migrants sur son territoire comme les autres pays de l’Union européenne. Dès l’arrivée des milliers de migrants à Ceuta, l’armée espagnole a refoulé la plupart d’entre eux au Maroc. Le gouvernement espagnol montre qu’il obéit aussi aux règles de l’Union européenne car le gouvernement espagnol a souvent des positions différentes des autres pays de l’Union européenne. Par exemple, sur le droit international et sur l’immigration.
Sur le droit international, l’Espagne défend les droits des Palestiniens et la paix au Moyen-Orient. Il critique très fort la politique des Etats-Unis et d’Israël. Sur l’immigration, le gouvernement fait une grande régularisation des migrants clandestins. Entre 500 000 et 850 000 migrants clandestins vivent et travaillent en Espagne. Le gouvernement va les autoriser à y vivre légalement pendant 1 an. Cela ne va pas dans le sens de la politique de l’Union européenne. Par contre, la réaction forte et militaire face à l’arrivée des migrants à Ceuta va, elle, dans le sens de la politique de l’Union européenne.
Le pouvoir européen et les droits humains
Il ne faut pas oublier que dans cette arrivée de jeunes migrants, 72 sont morts noyés en essayant d’entrer en Europe dans l’espoir d’une vie meilleure. Comme l’écrit le journal Le Monde Diplomatique : « Les personnes qui franchissent la clôture deviennent alors une « vague », un « afflux », une menace (…) Leur nombre sert à effacer leur condition : ouvriers, chômeurs, réfugiés, jeunes sans avenir. » Et pourtant, l’Europe a besoin de ces migrants clandestins. Ils travaillent et sont exploités dans les entreprises privées et publiques. Comme l’écrit encore Le Monde Diplomatique : « L’Europe réclame leur travail tout en organisant leur infériorité(…): des immigrés, oui ; des égaux, surtout pas. » Et les droits humains dans tout ça ? les migrants n’en ont pas . On vient de le voir à Ceuta. Il n’y en a pas.